Lundi, je fus prise d’un grand coup de blues. Alors je suis allée faire un tour du côté de mes balades adolescentes. Je me suis remise à penser à mes vieux vynils et, comme ils sont dans le grenier de mes parents (enfin, je crois), j'ai plutôt ressorti les cassettes audio.
J'ai ainsi reécouté Who's next, en revoyant en pensée les posters qui étaient punaisés sur la tapisserie à grandes fleurs jaunes et oranges de ma chambre. J'ai pensé à l'émission de radio que je mettais le soir, tard, lorsqu'objectivement je devais être endormie, avec mon écouteur en mono, tandis qu'à la lampe de poche je lisais sous les draps. En cachette, bien évidemment.
Je mesure le temps à l'aune des progrès techniques : je n'ai même jamais eu de walkman et nous en sommes aux téléphones qui font aussi agenda et lecteurs de fichiers mp3, appareils photos. Qui sait comment se présentera le lecteur de musique de mes enfants quand ils auront le désir d'avoir leur musique personnelle ?
Et puis, pour me donner la pêche et faire pétiller mes yeux, j'ai cherché les Supertramp que j'écoutais à fond les mercredi après midi. Les Doors, les Blues Brothers. Stanley Clarke, vu en concert à Biarritz, au stade, une fin d'après midi de camping sauvage avec des copains : nous avions forcé l'entrée en poussant le grillage du stade, à une bonne centaine, et nous n'avions pas payé. Dans les jours suivants nous nous sommes fait cueillir par la brigade des mineurs dans nos tentes, parce que 2 potes étaient partis faire un tour en moto dans les dunes (strictement interdit) alors que ma copine et moi, étions en compagnie amoureuse, chacune dans nos tentes. Retour chez l'oncle (très cool) de ma copine, où nous avons écouté du reggae en faisant brûler de l'encens, tandis que l'on fumait des Camel... en refaisant le monde.
Pas eu envie de remettre AC/DC, que j'ai vu en concert à 16 ans : expérience saisissante mais la musique ne m'inspirait déjà pas.
Je ne sais plus ce que j'écoutais lors de mes voyages en Angleterre, mais je me souviens qu'on avait été en boite et il me semble bien que c'était l'année de Grease et de John Travolta. C'était curieux, j'étais complètement décalée, j'observais et ça ne me concernait pas. Je me souviens que la dernière fois que j'y ai été tout était aussi suranné et hors du temps, je n'ai aucun souvenir de sons de ce mois, mais seulement à l'esprit mon bouquin préféré du moment Les fleurs du mal, dont je lisais des fragments à tous ceux qui voulaient bien m'écouter. J'avais réussi à toucher une fille qui a été mon amie cette année-là, et qui s'appelait Nathalie (je crois).
Dans le carton musique française j'ai retrouvé les premiers Higelin : l'histoire du prince Charles (the prince Charles is jalous), Irradié, les délires (déjà) poétiques qui nous mettaient en joie. Les chansons de Dick Annegarn et celles de Julos Beaucarne. Il y avait aussi Edith Piaf, Jacques Brel et Georges Brassens, que je chantais.
Plus tard je me souviens du Canto General de Pablo Neruda, écouté en faisant l'amour l'après midi, fenêtres ouvertes chez les parents de ce garçon. Du bolero de Ravel qu'il m'avait fait connaître, et de son rythme hypnotique...
Décidément, l'adolescence se nourrit de sons, d'images, et de mots.
Où bien est-ce la vie tout entière qui est peuplée de ces traces sonores, qui permettent de revoir des moments, des couleurs ?
Malgven a trouvé cette amorce sur le blog de Zub, dans le billet Nostalgie, nous jouons aux sabliers givrés organisés par Kozlika.

