Ce matin il neige. Je ne sais pas si ça va tenir (édit de la nuit : non, ça n'a pas tenu, peut-être demain?). C'est si rare ici. Il fait froid. Envie de rester à l'intérieur.
Le dernier hiver de grand froid je me souviens qu'on venait de s'installer ici, on campait dans l'appartement en travaux, la cloison entre la cuisine et le séjour était encore là, avec ses placards vert prairie. On avait encore les menuiseries en bois d'origine, et leurs jours d'un ou deux centimètres. On ne pouvait pas manger devant la baie vitrée et on restait contre le chauffage, à regarder nos reflets dans la vitre noire. Il y avait 2°c de différence dans le lit entre le côté fenêtre et le côté placard.
Cet hiver-là on a organisé en un mois notre mariage, pour que l'enfant qu'on voulait adopter porte nos deux noms, pour qu'on soit tous les deux ses parents.
L'agrément pour l'adoption devait être validé mi décembre. L'assistante sociale nous a appelé pour nous le dire le 22 novembre, nous demandant quel nom elle devait utiliser. On sortait de la mairie et nous avions choisi la date du mariage : le 21 décembre 2001.
On a vite envoyé quelques mails, demandé à une vingtaine de personnes de venir, sans aucun cadeau, pour partager ce moment, un apéritif et un repas au restaurant libanais. La seule chose qu'on voulait : qu'ils viennent coiffés d'un chapeau.
Il faisait tellement froid en ce samedi que les trottoirs étaient gelés en soirée. Le centre ville était impraticable en voiture alors on est partis à la mairie à pieds, en une sorte de colonie de vacances dissipée, chapeautée et vigilante. Mon frère ouvrait la marche, et disait à intervalles assez réguliers « mines ! » quand il voyait une merde de chien.
Nous étions en retard, on s'est fait engueuler par le cerbère de l'entrée. L'adjoint au maire était nul et nous a fait un laïus sur la vie commune et ses implications alors qu'on vivait ensemble depuis 17 ans. Sur les photos je lève les yeux au ciel et j'ai bien failli lui expliquer ce que j'en pensais. Bien entendu je ne porte pas de robe, et je ne suis pas habillée de blanc (mais de noir), et je n'ai pas de bouquet, mais une écharpe violette en soie.
Heureusement en redescendant, les premiers, on a croisé le maire, André Labarrère, lui aussi chapeauté comme à son habitude. Il nous a pris dans ses bras, nous a dit « la prochaine fois il faudra demander que je vous marie » le frère d'Humain était là et a fait la photo. C'est celle que je préfère.
Le rhum arrangé concocté par Aigue Marine et présenté dans la grande bassine à confiture en cuivre a réchauffé l'atmosphère. Les invités buvaient et me demandaient des stylos, du papier, de la colle, des agrafes. Bizarre. Nous sommes retournés dehors pour gagner le restaurant. Les mezzés libanais ont été une découverte pour certains. Tout était convivial et bon enfant. Jusqu'à ce jeu organisé par mes témoins (mon frère et Aigue Marine) qui a vu se jouer un bon moment de mise en scène et s'est terminé par une démonstration de danse orientale par quelques unes des filles présentes.
Voilà ce qui me reste de cette journée. Les photos n'ont rien d'inoubliable puisque c'était les débuts du numérique, la fin de l'argentique grand public, la vogue du format APS qui produisait des merveilles de grain et de flou. Et que d'ordinaire c'est moi qui prend les photos !
Bref. Un mariage pour le papier, qui n'a rien changé à ma vie. Mais qui a permis à l'amitié indéfectible que je porte à Aigue Marine de prendre une force plus grande parce que je lui ai demandé d'être mon témoin de ce jour.
Je n'avais pas prévu de parler de ça dans ce billet, mais le froid inhabituel m'a fait remonter ces souvenirs à l'esprit/la plume/le clavier.
J'avais pensé parler de ce cadeau que j'ai envoyé à mon amie Aigue Marine. Ce sera pour demain...