
Serais-je capable d'expliquer pourquoi j'ai beaucoup aimé le livre de
Siri Hustvedt ? Erik et
Inga sont New yorkais, ils viennent de perdre leur père et de s'approprier ses
mémoires ainsi qu'une lettre au sujet d'un passage de sa vie qu'ils ne
connaissent pas. Ils vont donc faire des recherches à ce sujet.
Lars est divorcé et psychanaliste, sa soeur est écrivain et veuve d'un
écrivain célèbre. Tous les deux sont à la fois dans leur époque, dans
l'Histoire de leur père et de sa famille, et dans la reconstruction de leur vie
après le 11 septembre 2001.
Siri Hustvedt a dédié ce livre à sa fille Sophie (dont le père est Paul
Auster, autre écrivain new yorkais) et elle explique que les passages du
journal du père sont tirés des mémoires de son propre père Lloyd, décédé en
2003 au moment où elle commençait la rédaction d'Elégie pour un américain.
Elle nourrit donc son récit de sa propre histoire d'immigration, mais je
n'ai pas senti cela comme un thème particulier, plutôt comme une évidence pour
un roman sur New York et ses facettes multiculturelles diverses. Peut-être
aussi parce que j'ai lu il y a peu Brooklyn Follies de Paul
Auster, que j'ai encore présent à l'esprit cette atmosphère des films
Smoke et
Brooklyn boogie, leur cosmopolitisme naturel. Je n'ai jamais été à New
York, j'imagine donc la ville à partir de cette base, mêlée aux films de Woody
Allen, et aux images des reportages sur le 11 septembre 2001.
L'autre personnage immigré est Miranda (jamaïcaine), accompagnée de sa fille
Eglantine, qui sont les locataires d'Erik et représentent un peu l'éclaircie
dans sa vie actuelle, le rayon de soleil. Avec Miranda c'est le dessin et les
arts graphiques qui entrent dans la vie d'Erik et dans le roman, et aussi la
photographie en la personne du père, peu présent de la petite Eglantine.
L'écriture est fluide et profonde, élégante. Je ne me suis jamais perdue
dans les profondeurs des détails des pensées des protagonistes : tout est
clairement mais finement décrit. Et pourtant je ne l'ai pas lu d'une traite,
mon esprit a été pris par bien d'autres sujets pendant ce dernier mois. Mais
toujours je revenais à ce récit avec plaisir et en sachant où j'en étais, même
si je n'avais le temps que pour une page. De même j'ai réussi sans peine à lire
au milieu de mes enfants jouant et m'interrompant.
J'ai été prise par cette histoire, ces allers et retours entre hier et
aujourd'hui et les pensées personnelles d'Erik et Inga, parfois croisées quand
il s'agit de démêler à la fois le mystère de la lettre de leur père, ou encore
celui de la vie de Max, feu le mari d'Inga; et parfois très intimes quand on
évolue dans les désirs, les souvenirs, les patients et les fantasmes d'Erik. Il
est un archéologue patient et précis, rigoureux et très humain, des
émotions : les siennes et celles des autres.
Un grand roman, vraiment, que je recommande !
J'y ai trouvé des lignes qui décrivent des sentiments et expériences dont je
viens juste de prendre conscience, des phrases que j'ai envie de garder. C'est
d'ordinaire, pour moi, signe que le livre est important, à ce moment, dans ma
vie. Et qu'il est aussi important parce qu'en racontant une histoire il touche
à l'universalité de l'âme humaine.