Les chimpanzés sont nos cousins. Nous avons une branche commune dans l'arbre généalogique des primates, et puis elle se sépare et nous voici donc cousins des chimpanzés. Jusque là rien que du connu. Mais je voudrais faire un parallèle de plus entre les chimpanzés et nous : il concerne l'éducation du petit.
La maman chimpanzé reste avec son petit en permanence, elle l'allaite, il est transporté sur son dos. A tel point que le cycle de cette maman ne se remet en marche qu'au bout de 4 ans. A ce moment son petit pourra supporter de laisser la place à un autre bébé qui naitra l'année d'après. C'est simple. Logique et naturel. Dans un parc animalier, un soigneur est ainsi resté avec un petit chimpanzé 3 ans, sans autre interruption qu'une sortie de 24 h pour le « papa ».
Chez les humains, la maman est censée, poussée par les professionnels, laisser son bébé dès ses 3 mois, après son congé maternité, pour repartir travailler. On l'encourage à le donner à garder à des professionnels qui ont plusieurs enfants à charge. On l'exhorte à laisser dormir son bébé dans une autre pièce, dans un autre lit. On lui demande insidieusement combien de temps elle compte l'allaiter, si elle le fait (les industries laitières sont toujours présentes dans les maternités, mais de manière déguisée). On lui vend du matériel de puériculture très onéreux, toujours plus performant, pour lui permettre de pousser son enfant devant elle sans le toucher, l'écouter quand il pleure à l'autre bout de la maison, le rassurer quand il est seul et à besoin de présence. On favorise les objets transitionnels. La maman est invitée à redevenir femme le plus tôt possible, c'est à dire à reprendre très vite son rôle d'épouse et d'amante, puisque ses seins sont avant tout des objets sexuels du compagnon (selon Rufo). L'allaitement long est proscrit car castrateur, ou inhibiteur, ou incestueux, selon les psychologues qui se réclament de Freud. Alors même que l'OMS conseille un allaitement exclusif pendant 6 mois et parle de sevrage vers 2 ans. Sachant que le lait maternel change à mesure que l'enfant grandi, et qu'il est donc toujours le meilleur aliment pour lui.
Tout est fait pour que notre rôle de mammifère soit réduit à sa portion congrue, jusqu'à l'accouchement qui doit être indolore et totalement aux mains des accoucheurs, qui savent, eux, comment ça doit se passer -lire : selon le protocole, au lieu de : selon la nature- alors que les femmes savent donner naissance depuis des millénaires.
Je veux dire qu'il n'y a pas de choix possible. Ou plutôt que le choix culturel est en train de passer pour le seul choix possible, qu'il devient la norme. Au point qu'une jeune mère marocaine donnera le biberon à son enfant, disant que l'allaitement « c'est bon pour le bled ». Au point que des mères africaines achèteront une poussette, et regarderont les occidentales qui portent leur enfant dans une écharpe avec un drôle de regard (d'envie ? De regrets ? De réminiscence ?)
Heureusement que certains peuples, et pas des plus défavorisés, comme les japonais ou les suédois, continuent de dormir avec leurs enfants, d'accoucher à la maison sans recours à la péridurale.
Moi je me demande : quel est le choix inhumain ? Celui du soigneur de primates ? Celui de maman dans notre société ? Sachant que la maman qui fait le choix de rester avec son enfant, de s'en occuper jusqu'à 3 ou 4 ans, voire davantage, ne sera pas payée. Sachant que le soigneur spécialiste des chimpanzés reçoit une paye pour son travail.