Je suis au ralenti.

Prise dans les replis de l’hiver. Prisonnière de la chaleur de l’appartement, de la couette, de l’eau chaude avant de me coucher, nécessaire à mon endormissement.

Plus assez d’énergie pour lutter à la fois contre le froid de l’extérieur, et l’idée de ces fêtes qui me freinent chaque année davantage. S’il y en a qui sont enthousiastes à l’idée de la fin de l’année, de son cortège de…. Quoi ? Il me vient juste des mots dépréciatifs quand j’y pense : débauche, pléthore, clinquant, trop-plein, factice, commercial, faux et honteux…

Je tente de vivre comme d’ordinaire, d’éloigner de mon esprit ce moment que je trouve chaque année plus difficile.

Mais je m’écoute davantage. Alors je parle de la nature qui s’endort, des graines qui sont sous terre en attendant le printemps, du besoin de dormir davantage.

J’ai envie d’être en accord avec la nature, et d’hiberner pour me réveiller en janvier, quand les jours rallongent un peu plus.

J’ai besoin de beaucoup d’énergie pour vaquer comme d’habitude à mes obligations. Chantier du bureau en berne alors qu’il y a 15 jours j’avais 30 idées à la minute. J’ai mis en vente des livres et du matériel photo, je m’en occupe. Mais j’ai l’impression que cela me mange tout mon temps et toute ma sève.

Ralentie. Je suis ralentie. Comme un arbre en hiver, un ours dans sa tanière, un hérisson sous un tas de bois, une marmotte dans son terrier. C’est le froid, le manque de lumière, l’intérieur.

Mes muscles sur le mur d’escalade sont raides et durs : comment ai-je pu perdre en 15 jours ma puissance et ma souplesse ? Je suis comme ma chatte, lovée sur le vieux pull en laine, dans la chaleur de son fauteuil, qui ne se déplace que pour se mettre sur le lit, sur la couverture en laine douce du Népal. Elle ne sort qu’une ou deux heures par jour, dort le reste du temps, la patte sur les yeux si les garçons sont trop bruyants.

Samedi je m’étais organisée une journée sympa : escalade, hammam, et salon du livre. Mais après le hammam, le retour dans le cocon de l’appartement, la tisane, je n’avais plus envie de bouger. On a été au salon du livre le lendemain.

Je n’écris plus, je ne lis plus de livres, seulement mon ordinateur, les listes de discussion, les conversations brèves. Je sais que tout est en sommeil, que c’est en moi. Je constate mon inertie et mon manque d’énergie.

Pourtant quand je sors et que je marche, je prends plaisir à sentir mes muscles, l’élasticité du sol (j’aime marcher dans l’herbe et pas forcément dans les chemins) à bouger. Je regarde les Pyrénées enneigées, leur beauté au loin.

Je me demande si je vais aller skier. Trop froid.

J’ai juste envie d’aller vivre dans un endroit chaud, de manger des fruits, de me laisser caresser par le soleil.

J’ai juste envie d’oublier qu’il va falloir offrir des cadeaux, faire bonne figure quand je vais voir les nôtres. Je fais des listes pour donner des idées pour mes garçons, de manière à éviter qu’ils aient des trucs en plastique inintéressant, des jeux éducatifs mal faits ou des jouets pour enfants plus jeunes.

C’est grave docteur ?