Hier soir je suis sortie seule. Pas souvent que ça m’arrive. J’ai d’abord tenu à aller à la distribution de l’AMAP : j’aime bien aller discuter, voir les enfants jouer ensemble, ils sont une bonne douzaine entre 3 et 6 ans et très contents de se retrouver là pour courir. En règle générale nous partageons autre chose que de bons produits avec les personnes qui sont là.

Ensuite, dans ce soleil de fin d’après midi de printemps timide, encore frais mais prometteur de douceurs futures, j’ai longé les arbres en fleurs pour rentrer chez moi prendre mon sac.

J’ai rejoint un bâtiment neuf au bout de la ville pour 2h de solitude à m’occuper de moi.

Hall noir, sas d’entrée, cabines et vestiaires. Je suis en maillot.

Je découvre un itinéraire simple qui mène au pédiluve puis au bassin intérieur.

Grande salle ronde carrelée de blanc, émaillé d’ocre, de noir et d’or, sol de marbre, grès rouge par endroit, toit rond en bois comme celui d’une yourte, percée d’une ouverture sur le ciel. Baies arrondies sur le paysage : nuages orangés de fin de journée, arbres aux pousses vertes qui débutent. L’eau fait des bulles. Des jets tombent par endroits sur les épaules et la tête, comme la fontaine centrale.

Il y a de superbes photos à prendre. J’ai bien choisi mon heure.

Je pense à moi : massages de tout le corps par les jets à pressions diverses, un peu de nage. L’eau est vraiment à température idéale, bien chaude. Je regarde, à l’extérieur, à l’intérieur. Je fais des photos dans ma tête. Ce jeune homme qui se hisse au bord de la fontaine et que je vois de profil. Ces amoureux qui s’enlacent et s’embrassent et dont seule la tête sort du bassin : que se passe-t-il dessous ? Les maitres nageurs en short et tee shirt blanc qui n’ont rien d’autre à faire que mater les nageurs, voient-ils les mains caresser les courbes et les creux ?

Je ferme les yeux sous les jets, je me concentre sur l’endroit où ils tombent, je me laisse porter par les bulles et donne mon corps à la portance de l’eau, je suis retenue par mes mains qui enserrent la barre en inox, toute entière dans les sensations apaisantes et fortes.

Je vois des personnes descendre en direction d’une porte dérobée à nos regards, qui mène aux bassins extérieurs. J’irais une autre fois.

Aujourd’hui mon programme est simple : je veux tester les bulles, les jets, les lieux, et passer du temps au hammam pour finir de tuer mon rhume. Neuf ans que je n’ai pas mis les pieds dans un hammam !

Après 30 mn de concentration sur moi et sur le paysage, je passe sous l’arc outrepassé et j’entre dans le vestibule. A droite les douches, à gauche les portes de verre, les écriteaux qui invitent au silence. Première salle. Brouillard. Je m’habitue un peu avant de discerner 2 formes allongées. Je prends place en bas. Puis en haut, plus chaud. Mon nez est un peu bouché. Je commence par me masser le pied gauche : un point sous le deuxième orteil qui est très douloureux à la marche et qui semble céder à l’odeur d’eucalyptus, à la pression, à la chaleur ? J’aurais dû prendre mon gant pour parfaire le travail de la vapeur et ôter toutes les peaux mortes de ma peau. Puis je me mets en tailleur sur le banc et je ferme les yeux. Je me concentre sur ma respiration. Les portes s’ouvrent et se referment. Je reste longtemps dans cet état, les gouttes tombent de mon front, mais pas exagérément. Quand j’ouvre les yeux je suis seule. Je vais dans la salle suivante, bien plus chaude. J’apprécie mais cela fait presque 45 mn que je sue et je sens que je m’agite, m’étire. Je décide de sortir.

Il valait mieux : ma tête tourne légèrement. Douche chaude : je me masse pour exfolier.

J’hésite, puis je décide de me replonger dans l’eau. Massage revigorant du dos et des épaules sous la cascade chaude. Puis de nouveau des bulles, mais le jet le plus puissant. Je suis surprise de ne pas trouver l’eau froide. Mon énergie est revenue.

Avant de sortir je fais le tour du bassin pour regarder encore le paysage, les bassins extérieurs et les nuages, les arbres. La nuit commence. C’est l’heure d’aller me doucher.

Encore un moment, trop rare, où je peux être seule et prendre le temps que je veux.

J’entends des jeunes hommes parler de leur repas : ils prévoient d’aller dans un fast food. J’ai envie de leur dire que ce n’est pas en accord avec ce qu’ils viennent de procurer à leur corps.

Dehors le ciel est dégagé, les personnes qui sortent ont un sourire franc, dégagent une énergie très saine et positive. La lune nous guide.