Elle s'était levée, confiante, avait lu un peu, parlé avec les enfants et bu un café, surtout, en se levant. Elle ne pouvait pas faire autrement que boire un café pour se sentir d'aplomb.
Et puis elle avait pris son élan, avait décidé d'aller se doucher, pour se sentir parfaitement propre, apte à recevoir et à donner, pour prendre de la force et laisser de côté ces jours derniers et affronter les jours prochains, se faire une douce violence pour affronter les sentiments et les moments suivants.
Toujours en pantalon léger et débardeur, simple et frais par cette chaleur, pieds nus sur le sol ami, elle a pris son petit garçon dans ses bras, elle l'a embrassé et consolé parce qu'il n'avait pas aimé que son père lui lave un peu le visage et lui passe un tee shirt propre. Elle ne lui a pas parlé de ses sentiments, ne lui a pas dit qu'elle était désolée de lui faire quitter les jeux avec les autres enfants. Et puis elle a enfilé ses bras dans les manches d'une grande tunique, destructurée, qu'elle a zippé jusqu'à son cou, tout en mettant ses pieds dans des ballerines vernies noires . Elle me disait alors qu'elle n'avait pas revu ses grands parents depuis des années, que leurs rapports étaient compliqués parce qu'ils se sentaient comme ses parents puisqu'ils l'avaient en partie élevée. Elle était un peu nerveuse, ne savait pas ce qu'allaient être ces nouvelles relations.
Dans la précédente maison familiale (celle de son compagnon) les parents avaient critiqué le petit garçon, disant qu'il n'était pas assez si ou trop ça. Cela avait été difficile pour lui et pour elle.

Le soir, en revenant, elle disait « Ah, ça fait du bien de revenir chez vous ! »
La visite chez les grands parents avait été sereine et pleine de compréhension mutuelle. Comme si les vieilles personnes sentaient, avec leur bon sens et leur sagesse, qu'il ne fallait pas tenir rigueur à ces jeunes de vivre comme ils l'entendaient, de reparaître après des années....que seul le moment présent et le partage ici et maintenant comptaient.
C'était surtout le contact avec le père qui avait été difficile. Sa lente transformation du soixante huitard proche et respectueux de la population locale en un potentat adulé par les politiques régionaux, vivant dans une maison bourgeoise du centre ville, décorée selon les canons en vogues sur les magasines. Compromis, faux semblants et pression sur les enfants adolescents, vérité revisitée par une sorte de lavage de cerveau par lui-même et sa deuxième femme. Elle avait cru revivre sa propre adolescence, le moment où elle s'était dit qu'il fallait qu'elle parte. Tout son poil hérissé, toutes ses griffes dehors dans ce décor clinquant, sans âme, ni poussière, ni humanité, elle avait subi les paroles blessantes envers la jeune fille de 18 ans (sa soeur), que ses parents s'ingéniaient à rabaisser, disant qu'elle n'aurait pas son bac parce qu'elle n'avait pas assez travaillé et autres phrases blessantes.
Là, devant une bouteille de Côte de St Mont rouge (du Monastère 2002), mangeant camembert et compote de pêches, ils avaient raconté tous les deux leur famille, tourmentée, aux liens et aux vies distendus et inadéquats, mais qui, néanmoins, leur importait d'une certaine manière. Mais leur pesait terriblement.
Plus tard, apaisée par les paroles et le vin, elle avait été heureuse de pouvoir partager tisane de fruits et odeurs, parler de parfums, de recettes et de comment ces odeurs représentaient une partie de nous même qu'on voulait donner à voir, ou à sentir, pour être perçus tout à fait comme on était à ce moment. Alchimie de paroles amies, de sorcellerie, sur fond de ciel d'orage, de grondements de ciel, fenêtres ouvertes sur le vent et la pluie, les averses venant laver les affronts de la journée.