J’ai rejoint Facebook à l’invitation de mon neveu de 16 ans.
- Par curiosité.
- Pour savoir ce que peut bien dire et donner à voir un ado.
- Parce que j’ai été heureuse de la confiance qu’il m’a témoignée ce faisant.
Mais quoi ?
- Je ne comprends pas à quoi ça sert
- est-ce une sorte de vitrine de soi ?
- pour moi il n’y a là dedans aucune relation avec d’autres personnes, c’est juste dire : je suis là et je connais machin
Et alors ?
Pourtant, j’y ai retrouvé certaines personnes, mais sans développer là des relations plus poussées que celles que je peux avoir à l’extérieur.
Et aussi, le jour où j’ai appris un élément rédhibitoire à mon sens – que Facebook gardait, s’appropriait nos images sans vergogne- et donc que je voulais me désinscrire, une ancienne connaissance d’enfance resurgit. Bon. Je reste encore un peu alors… pour voir encore. Après tout je n’ai rien de compromettant à dévoiler ni à cacher, rien qui ne me fasse honte ou que je trouve trop personnel.
D’autant plus que cela survient à un moment où plusieurs personnes de ma petite ville d’enfance croisent ma route. Partie depuis plus de vingt ans, à 20 km mais sans avoir jamais gardé contact avec quiconque. Et puis, lors d’une manifestation, je revois quelqu’un qui me dit « je connais ton visage, je t’ai déjà vue. Au lycée ? à l’université ? » « Non, ce devait être au collège. « Bon. Je ne sais pas quoi en faire, de ce regard lointain, amusé et rieur autant qu’interrogateur ? Lui raconter ma vie ? Alors que je n’ai rien en commun sauf le fait d’avoir partagé la même cours d’école ? Vu les mêmes têtes ? Impression bizarre, dans cette assemblée, devant ces groupes de personnes qui se connaissaient presque toutes, au moins de vue. Je me suis sentie toujours autant décalée, pas à ma place, pareil que pendant mon adolescence. Et j’en ai conclu que décidément l’anonymat de la grande ville m’allait mieux à la sensibilité.
Et puis, de nouveau, une promenade en vélo avec mon ainé dans le quartier de mes parents, là où j’ai fait du vélo enfant. Et un autre homme m’interpelle depuis chez lui pour me dire : « ton visage ne m’est pas inconnu » « Ah. Je suis Lyjazz » « Oui on devait être ensemble au collège ». Air connu. Bon. Et alors ? Je n’ai rien à dire d’autre. Quoi partager ? Nos noms ? Oui, son visage m’est connu, de loin, son nom peut-être aussi, mais je ne lui ai pas demandé et il ne m’a rien dit. Par contre il a semblé heureux de connaître le mien, et sa femme a ajouté « tu n’as pas changé ».
Justement, ce jour-là mes parents venaient de me donner une liasse de documents : bulletins scolaires du collège et comptes rendus de visite médicale scolaire. J’avais été interloquée de lire qu’en 1979, en classe de 3ème, je pesais et mesurais déjà pareil qu’aujourd’hui. Trente ans dans la même dimension de peau !
Et voilà que je m’interroge. Que veut dire cette incursion de mon passé dans mon présent ? Qu’est-ce que ces personnes qui resurgissent, avec lesquelles je n’ai partagé que peu : seulement des rues, des lieux, des moments peut-être, peuvent me dire aujourd’hui ? Pour moi je n’ai rien à leur dire il me semble. Et je me sens toujours aussi circonspecte, gauche et à côté, parce que je ne sais pas avoir une conversation simple avec personne. J’ai fuit. J’aurais pu dire « qui es-tu ? que fais-tu ? comment est composée ta famille ? Et tes parents ? « Mais je n’ai pas su. Je ne me sens rien en commun, pas plus qu’il y a 30 ans, avec ces personnes.
J’aime échanger, partager, me sentir « parente » avec d’autres personnes. Mais mes familles ne sont pas de hasard, elles sont de sensibilité, de centres d’intérêts, d’indignations ou même de réflexions, elles sont de vive voix ou bien virtuelles, mais toujours nées d’un échange profond et personnel qui n’a rien à voir avec la pluie et le beau temps.
Je dois être foncièrement solitaire et en même temps très sauvage. Mais je ne sais pas faire autrement.