J’ai fini la chambre. J’ai remis les tatamis et les meubles dans une autre disposition. L’atmosphère est belle, la petite lampe éclaire les stores et la façade de bois clair, sous la baie vitrée. La chatte a tout flairé, est revenue s’installer sur ma couverture de laine rouge. Ça me plait.
J’ai peint des toiles d’araignées avec mes garçons. Et joué aux pirates mathématiciens.
J’ai refait des baumes à lèvres. Je recule encore le moment de faire d’autres cosmétiques et des savons. Je suis toujours partagée entre l’écriture, les loisirs concrets, la lecture.
Mais l’énergie est là.
Hier une copine m’a dit qu’elle me sentait centrée.
J’ai fait du pain, des cookies à la purée de potimarron. Mais je suis partagée entre ces réalisations, qui me font envie, et le non désir de les manger. Parce que je suis mieux dans mon corps quand je mange essentiellement du végétal, et moins de céréales. Et que si j’ai fait des biscuits, du pain, des tartes, je vais en manger au-delà de mes besoins physiques, par gourmandise.
En ce moment mes livres de cuisine, empruntés en médiathèque sont :
Et comme j’aime faire des expériences, je teste des recettes, ce qui me conduit à trop manger.
Amicalement je continue à faire des liens, à tisser des réseaux d’ondes qui permettent de me sentir à ma place et me nourrissent. J’ai revu mon cousin, a un tournant de sa vie, nous avons échangé très amicalement et nous sommes quittés contents de nous êtres vus. J’apprends de ces échanges avec ma famille de sang et celle de vie. Et je n’aurais jamais cru, il y a quelques années, que j’aurais tant de contacts vrais et profonds avec des personnes si diverses.
Cette semaine, M (21 ans), qui termine sa formation, était là pour ses cours. Quel chemin parcouru depuis janvier, où elle débarquait, pleine de volonté mais aussi de peur parce qu’elle n’avait pas confiance en ses capacités intellectuelles ! Maintenant elle sait qu’elle peut y parvenir, elle fait des projets pour plus tard, après avoir travaillé. Elle vient de s’installer dans un appartement avec son amoureux. Elle a la vie devant elle. Elle la prend à bras le corps. Je dois lui corriger un document important, puis l’amener sur son lieu de formation. Elle sait qu’elle peut me faire confiance. J’ai gagné ma place dans sa carapace. Et je sais bien que cette victoire, sur les années de scolarité qui l’ont brisée, aussi bien que la séparation de ses parents, va la rendre bien plus forte.
Hier j’étais à la ludothèque et j’ai écouté S. qui avait besoin de parler. De son tout petit aux besoins intenses, de son grand dyspraxique aux troubles de l’attention. Au-delà, elle me racontait en filigrane le manque de lien qui la fait souffrir, dû aux conditions de la naissance de l’ainée, alors que le lien semble évident avec le bébé, né à la maison.
J’ai passé la matinée à cuisiner et ranger pour pouvoir l’après midi échanger, écouter, et faire du papier mâché. Dans le même temps, selon une alchimie qui m’est propre, j’ai pris connaissance de concours de nouvelles qui pourraient m’intéresser. Cette idée m’habitait pendant que je vaquais à d’autres occupations. Je sais qu’elle occupe un pan de mon esprit et fait son chemin. Les garçons jouaient. Il faisait froid dans cette grande maison à la bonne atmosphère, mais aux fenêtres petites. J’avais les doigts gourds et les pieds gelés, malgré ma veste. En rentrant en ville j’ai déposé les garçons et leur père pour aller grimper. Et là, je me suis sentie vivante. Je me suis réchauffée. Mon corps a retrouvé sa forme, sa force. Je grimpe mieux. Je peux expliquer à un débutant comment faire son nœud de huit, le guider. Mes collègues sont heureux des photos que j’ai faites lors de la dernière sortie.


Je pense au retour que j’aime la campagne mais pas avoir froid, que j’aime la chaleur de la ville d’autant plus que les montagnes sont proches. Que j’aime l’escalade et bouger, que j’en ai besoin.
Comme j’ai besoin de sillonner la ville pour sentir le paysage, habiter l’endroit pour pouvoir m’en tracer une image mentale encore différente de l’image cartographique, j’ai besoin de sentir mon corps fonctionner, sa souplesse et sa force, ses habiletés acquises à force d’entrainement, pour me sentir vivante.
De même, j’ai besoin de me sentir nourrie par du végétal vivant, de sentir la faim, et mon ventre se creuser, pour me sentir bien. De même, j’ai besoin d’avoir des mots, les miens ou ceux de poètes, comme René Char.
Demain est un autre jour. Et la semaine n’est même pas terminée.