Parchemins Instantanés

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vendredi 28 août 2009

Sagesse qui avance

J'avais 27 ans. Toujours étudiante. Toujours en recherche de connaissances et d'expériences, surtout intellectuelles. Pas assez dans l'action. D'autant plus que l'action était souvent une fuite. Je n'habitais pas ma vie, n'en étais pas actrice complètement.

Je vivais une situation émotionnelle difficile, un choix arraché à mes tripes.

Et je me suis vue un matin telle que j'étais : avec mes premières rides visibles et marquées sur le front et autour des yeux.

Fini la première jeunesse

J'abordais la maturité sans avoir eu le temps de vivre entièrement (du moins c'est l'impression que j'en avais) une adolescence et une jeunesse.

Une page se tournait. Et j'étais dans un creux.

Remonter. Petit à petit. Mais toujours dans la difficulté. Pour moi jamais de réussite du premier coup dans mes entreprises, aussi bien intellectuelles que concrètes.

Contente d'avoir 30 ans cependant, de commencer à devenir celle que j'aspirais à être.

A 40 ans j'étais pleine de force et dans la réalisation de projets personnels, dans le travail aussi. J'ai aussi fabriqué deux petits garçons à 18 mois d'intervalle.

Je me sentais encore invincible.

Je voyais encore mon père dans une forme incroyable pour ses 70 ans.

Et puis il a été malade.

Et moi je m'en voulais d'être fatiguée alors que je venais de vivre 4 ans de stress, de bouleversements hormonaux et nerveux, et psychologiques.

J'ai maintenant 45 ans. Je me vois plus reposée, reprenant le cours de mes désirs et le cours de ma vie créatrice. Et en même temps je sens une fragilité, de ma peau, de mes muscles plus assez entrainés, une usure, des rides bien marquées. Des douleurs qui me marquent physiquement, qui sont le rappel psychologique de mes indécisions et questionnements.

Constat de sagesse qui avance.

mercredi 22 octobre 2008

Caminando

Les mots de Pablo en commentaire de ce billet m'ont fait avancer encore dans la réflexion.

J'ai d'abord écouté la chanson par J M Serrat, mais comme je ne comprenais pas tout, et que j'ai besoin du support écrit pour comprendre mieux l'espagnol (je ne suis pas bilingue) j'ai cherché les paroles d'Antonio Machado.


Caminante, no hay camino

se hace camino al andar

Caminante, son tus huellas

el camino, y nada mas ;

caminante, no hay camino,

se hace camino al andar

Al andar se hace camino,

y al volver la vista atras

se ve la senda que nunca

se ha de volver a pisar

Caminante, no hay camino,

sino estelas en la mar


''Campos de Castilla, 1917"


Et la traduction en français


Marcheur, il n'y a pas de chemin,

Le chemin se construit en marchant.

Marcheur, ce sont tes traces

ce chemin, et rien de plus ;

Marcheur, il n'y a pas de chemin,

Le chemin se construit en marchant.

En marchant se construit le chemin,

Et en regardant en arrière

On voit la sente que jamais

On ne foulera à nouveau.

Marcheur, il n'y a pas de chemin,

Seulement des sillages sur la mer.


(Traduction de José Parets-LLorca )

Et je me suis rendu compte que cette philosophie de vie qui me tient depuis des années (je pense : depuis toujours) a été explorée et mise en mots par d'autres.

J'ai trouvé par exemple ce texte du géographe Jacques Lévy, intitulé Serendipity qui relie tout à fait les thèmes qui m'habitent en ce moment.

Je vous en cite des extraits : ''Ce mot anglais désigne à la fois la faculté de faire des trouvailles par hasard, la réalité de ces découvertes ainsi que le dispositif les rendant possibles.... Il participe de ce que nous pouvons appeler l'univers des virtualités : dans une ville, la possibilité d'interactions non prévues, en particulier celles rendues possibles par le contact multisensoriel dans les espaces publics, donne accès, lorsque le potentiel est actualisé, à des trouvailles inattendues. On cherche une chose, on en trouve une autre – ou on rencontre quelqu'un. On va quelque part et on se retrouve ailleurs, tout en restant éventuellement dans le même lieu. ... Umberto Eco, qui a écrit à ce sujet, exprime dans son livre le fait que dans la définition des conditions du voyage réside une grande part des caractéristiques de la destination effective.''

J'ai trouvé aussi qu'Edgar Morin cite les vers d'Antonio Machado dans le premier tome de La Méthode, p 21 pour dire que ''la méthode ne peut se former que pendant la recherche". Ajoutons que les premiers vers Caminante, no hay camino se hace camino al andar, sont devenus depuis la devise symbolique du programme européen ''Modélisation de la complexité".

Mise en abîme, miroir, élan, profondeur du thème.

Outre le fait que je suis bien évidemment d'accord avec Pablo : si les chemins n'existent plus sur le terrain, ma quête saura les retracer ailleurs, dans un lieu qui m'appartiendra, sera une part constituante de ma famille, fera le lien entre mes ascendants et mes descendants; mais aussi ils contribuent à faire du lien dans ma vie présente : en reliant ce que je suis à ce que j'étais, à ce que je souhaite devenir, à ceux que j'aime, à ceux que je rencontre.

Je pense que ce thème du cheminement, de l'avancée personnelle vers une amélioration, est à la fois une façon de se centrer dans sa vie, et aussi de faire la part de soi dans celle de son Histoire.

J'en veux pour preuve les discussions avec mon amie A. dont la double culture et la recherche de soi mènent aussi sur un chemin.... qui est le sien. Mais nos préoccupations de fond sont parfois semblables. Comme si les chemins que nous suivons, le sien et le mien, étaient ce qu'ils sont à cause de (et grâce à) nos origines. Je veux dire que, peut-être, des personnes ancrées dans un pays depuis des générations ne ressentent pas ce besoin viscéral de suivre un chemin. Je n'en sais rien. Je m'interroge.

En fait, en écrivant Cheminement c'est à elle que je parlais. Elle est mon inspiratrice.

Mon chemin est toujours à interroger, à créer en le vivant.

Enfin, cela m'a rappelé ces vers : «Enfonce-toi dans l'inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer.» René CHAR A suivre....

dimanche 19 octobre 2008

Cheminement

Les chemins sont choisis et de toutes les manières liés puisqu'un chemin mène à l'autre.

Si nous les choisissons ils seront notre et nous pourrons les prendre bras dessus bras dessous pour deviser de concert, de conserve, de recettes, de sorcières, et autres, et plus si affinités ....

Mais je m'égare.

Vite, sortons la boussole, la carte, le GPS pour être modernes (et surtout fichés), c'est pour ça que je reste fidèle à la bonne vieille et belle carte IGN, lisible, relisible, montrable, explicable, sur laquelle je passais des heures à me repérer, à me réparer, à lire et prononcer les noms de villes et de villages, de lieux dits, pour oublier les non-dits et me perdre dans les noms.

Toute petite déjà (vers 8/9 ans) je listais les noms de villes que nous traversions lors des départs en vacances dans l'Ariège, et je remplissais mon carnet de poèmes et de bleds. J'étais donc capable de réciter dans l'ordre le chemin qui nous menait vers les montagnes et les grottes ariégeoises.

Bien plus tard, une année que je partais le lundi matin vers 5h pour rejoindre Bordeaux (2 h 15 de route), seule, à cours de phrases à me dire, ne trouvant pas dans les extraits que je connaissais suffisamment de points communs avec mon périple et ma vie de cette année-là, je me suis surprise et amusée de me réciter les noms des villages que je traversais.

Les chemins me parlent.

Je les élis si je veux.

J'aime faire des boucles, prendre un chemin à l'aller, un autre au retour. Me demander où va celui-ci, explorer l'autre.

On peut les suivre à l'oreille, pour écouter de plus près un chant d'oiseau (à ressort ? voir Haruki Murakami, dont un recueil de nouvelles sort, là, je viens de le lire dans Télérama), une cascade, un bruissement, un son de cloche..

Et puis dans le brouillard ils sont trompeurs, plus ouatés, cotonneux et silencieux, sauf s'il y a un troupeau de moutons qui nous guident de leurs cloches. Et comme la carte est alors inefficace : on est perdu, les moutons sont bienvenus de sonner, montrer que nous sommes dans un endroit habité.

Alors ça y est : on s'y retrouve! Pas forcément là où nous voulions arriver, mais on est capable de se situer sur une carte, et donc de retrouver notre chemin initial.

Mais revenons à la carte : celle que l'on a pris pour la randonnée; celle du pays tout entier; celle du continent; le planisphère qui contient le monde et nous le donne à voir dans son ensemble, incluant les masses d'eau.

C'est un régal, une référence, un chemin à deviner, créer, tracer, que j'aime montrer à Lumineux, qui aime voir où nous sommes, qui interroge les images...

Cela me parle, fait revenir à la surface la prof d'HG.

Cela fait référence à mon Histoire familiale : je n'aime pas les chemins seulement pour leur beauté intrinsèque, mais aussi pour leur sens. Je pense en ce moment à ce chemin de mon père, petit garçon de 5 ans (bientôt l'âge de Lumineux, tiens,donc le moment...) qui a marché en compagnie de sa mère et de sa soeur de 3 ans, pour quitter le pays qu'il avait toujours connu, pour rejoindre par les montagnes la France qui l'a si mal accueilli. Il faut savoir que les Espagnols de 39, qui sont arrivés sur la côte des Pyrénées Orientales, ont été parqués dans des camps de concentration, les hommes mis sur les plages d'Argelès, les femmes et les enfants ailleurs, que les familles ont mis beaucoup de temps à se retrouver... Cela mûrit, cette envie de suivre le chemin, qui serait un peu mon chemin de Compostelle, version mémoire familiale et historique, si jamais le chemin existe encore...de_Collioure_a_Argeles.jpg