Les mots de Pablo en commentaire de ce billet m'ont fait avancer encore dans la
réflexion.
J'ai d'abord écouté la chanson par J M Serrat, mais comme je ne comprenais
pas tout, et que j'ai besoin du support écrit pour comprendre mieux l'espagnol
(je ne suis pas bilingue) j'ai cherché les paroles d'Antonio Machado.
Caminante, no hay camino
se hace camino al andar
Caminante, son tus huellas
el camino, y nada mas ;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar
Al andar se hace camino,
y al volver la vista atras
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar
Caminante, no hay camino,
sino estelas en la mar
''Campos de Castilla, 1917"
Et la traduction en français
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
Marcheur, ce sont tes traces
ce chemin, et rien de plus ;
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
En marchant se construit le chemin,
Et en regardant en arrière
On voit la sente que jamais
On ne foulera à nouveau.
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Seulement des sillages sur la mer.
(Traduction de José Parets-LLorca )
Et je me suis rendu compte que cette philosophie de vie qui me tient depuis
des années (je pense : depuis toujours) a été explorée et mise en mots par
d'autres.
J'ai trouvé par exemple ce texte du géographe Jacques Lévy, intitulé
Serendipity qui
relie tout à fait les thèmes qui m'habitent en ce moment.
Je vous en cite des extraits : ''Ce mot anglais désigne à la fois la
faculté de faire des trouvailles par hasard, la réalité de ces découvertes
ainsi que le dispositif les rendant possibles....
Il participe de ce que nous pouvons appeler l'univers des virtualités :
dans une ville, la possibilité d'interactions non prévues, en particulier
celles rendues possibles par le contact multisensoriel dans les espaces
publics, donne accès, lorsque le potentiel est actualisé, à des trouvailles
inattendues. On cherche une chose, on en trouve une autre – ou on rencontre
quelqu'un. On va quelque part et on se retrouve ailleurs, tout en restant
éventuellement dans le même lieu. ... Umberto
Eco, qui a écrit à ce sujet, exprime dans son livre le fait que dans la
définition des conditions du voyage réside une grande part des caractéristiques
de la destination effective.''
J'ai trouvé aussi qu'Edgar Morin cite les vers d'Antonio Machado dans le
premier tome de La Méthode, p 21 pour dire que ''la méthode ne peut se former
que pendant la recherche". Ajoutons que les premiers vers Caminante, no hay
camino se hace camino al andar, sont devenus depuis la devise symbolique
du programme européen ''Modélisation de la complexité".
Mise en abîme, miroir, élan, profondeur du thème.
Outre le fait que je suis bien évidemment d'accord avec Pablo : si les
chemins n'existent plus sur le terrain, ma quête saura les retracer ailleurs,
dans un lieu qui m'appartiendra, sera une part constituante de ma famille, fera
le lien entre mes ascendants et mes descendants; mais aussi ils contribuent à
faire du lien dans ma vie présente : en reliant ce que je suis à ce que
j'étais, à ce que je souhaite devenir, à ceux que j'aime, à ceux que je
rencontre.
Je pense que ce thème du cheminement, de l'avancée personnelle vers une
amélioration, est à la fois une façon de se centrer dans sa vie, et aussi de
faire la part de soi dans celle de son Histoire.
J'en veux pour preuve les discussions avec mon amie A. dont la double
culture et la recherche de soi mènent aussi sur un chemin.... qui est le sien.
Mais nos préoccupations de fond sont parfois semblables. Comme si les chemins
que nous suivons, le sien et le mien, étaient ce qu'ils sont à cause de (et
grâce à) nos origines. Je veux dire que, peut-être, des personnes ancrées dans
un pays depuis des générations ne ressentent pas ce besoin viscéral de suivre
un chemin. Je n'en sais rien. Je m'interroge.
En fait, en écrivant Cheminement
c'est à elle que je parlais. Elle est mon inspiratrice.
Mon chemin est toujours à interroger, à créer en le vivant.
Enfin, cela m'a rappelé ces vers : «Enfonce-toi dans l'inconnu qui
creuse. Oblige-toi à tournoyer.» René CHAR A suivre....