Mon grand Lumineux (pensez donc : 5 ans !) s'éclate à faire du vélo.
Voilà, il pédale comme un fou en ville, freine de ses chaussures et expérimente
l'équilibre avec les yeux brillants. Je sens en lui cette nouvelle possibilité
d'exploration du monde. C'est un bonheur de le lire, de le suivre.
Alors c'est vrai qu'en ville on est limité, il faut rouler sur les
trottoirs... mais il crie aux passants « attention, poussez vous ! »
et surtout, le petit frère qu'il faut pousser dans la poussette, empêche
d'aller trop loin. Mais c'est d'ores et déjà un moyen supplémentaire de
rencontrer des personnes de tout âge. 
Nouvelle expérience aujourd'hui : on a passé l'après midi chez mes
parents, dans une petite ville, dans leur quartier tranquille. J'ai donc pris
le vélo de mon père pour suivre mon grand et commencer de lui apprendre à
rouler à droite, le long du trottoir, même quand un chien aboie derrière la
haie. Et ça, ce n'est pas facile ! Le chien aboie, le petit gars a peur et
vient rouler sur moi (qui le protège de la circulation éventuelle) et on se
retrouve au milieu de la route parce que j'ai voulu éviter la chute
collective....
Mais il veut apprendre.
Et surtout il sent que le vélo, comme la marche, ça permet d'aller plus
loin !
Quand il a marché, à 11 mois, il n'arrivait plus à s'asseoir.
Avec la draisienne on avait déjà exploré d'autres coins de la ville, à coups
de « on va par là ? »
Maintenant je sens qu'une nouvelle étape est franchie. Il sait qu'il peut
aller plus loin, et qu'il doit maitriser son engin (freinage, environnement)
pour en profiter pleinement.
Et moi j'ai pris plaisir à explorer par ses yeux le quartier où j'ai fait du
vélo quand j'avais son âge.
« Quand tu étais petite, Papy et Mamie ils étaient jeunes ? »
Oui
Je lui ai raconté : « Tiens, je prenais ce chemin et j'allais dans
un bois (maintenant c'est un champ, le bois est tout ratatiné) où on faisait
des cabanes avec les copains »
« Tes parents, ils t'aidaient ? »
« Non, on faisait ça avec les copains seulement »
« Avec des outils, des scies ? »
« Oui, parfois, moi j'avais mon couteau, on prenait de la ficelle, des
clous aux parents, on coupait des fougères pour le toit de la cabane »
« Tu avais quel âge ? »
« Je ne sais plus bien, 8 à 10 ans peut-être ? »
Je roule et je regarde, je me souviens.
Les rues ont un peu changé. Surtout, des maisons ont poussé partout, ces
endroits ne sont plus sauvages, il n'y a plus de terrain vague comme celui où
nous faisions des feux, le bois est très petit maintenant, il a rétréci déjà
quand l'autoroute a été construite.
La grange où nous allions, quand j'avais 13 ans, avec mon premier amoureux
sérieux (celui qui voulait toucher mon corps, qui me montrait le sien,
quoi...), en sortant du collège, en vélo, je l'ai revue il y a quelques années,
elle semblait petite et fragile, et surtout très exposée, plus du tout un
endroit abrité et un peu secret. En moi il y a toujours ce film des moments
magiques que j'ai passé là, dans l'odeur du foin, après une échappée du collège
un peu plus tôt quand un prof était absent le samedi matin. Il fallait éviter
les copains qui proposaient une activité, dire qu'on était attendu chez nous.
Partir chacun de son côté. On était dans la même classe, c'était un redoublant,
déjà ado, moi même pas, on faisait du judo ensemble, on connaissait déjà des
moments d'intimité, on connaissait nos odeurs, on se faisait confiance. On
s'était donné rendez-vous là. Et on grimpait dans la grange par l'échelle,
vélos planqués, oreilles aux aguets parce que parfois le propriétaire venait,
avec son chien, et là il fallait filer vite... Le point de vue était superbe
d'en haut : des champs, un endroit hors du temps, des moments magiques de
peu de paroles et de beaucoup de retenue, de regards, sans aucune cérébralité.
Merci Pascal !
Même si je n'envisage pas de vivre dans ce village, que je ne suis pas
attachée à cette maison dans laquelle j'ai grandi, je me retrouve maintenant,
regardant avec les yeux de mon fils ainé (je suis l'ainée moi aussi) tous ces
endroits dans lesquels j'ai expérimenté beaucoup de sensations, avec la
fraicheur de l'enfance retrouvée....
Outre le fait que ça réactive en moi ce questionnement récurrent :
vivre en ville ou à la campagne ? Je me dis que c'est précieux de pouvoir
de nouveau pédaler, à hauteur d'enfant, dans cet endroit qui existe toujours,
même s'il est transformé.
Ah, voilà un billet écrit au fil de la plume (du clavier, ma plume est au
chômage et mon écriture hiéroglyphique reste tout à fait indéchiffrable pour
les non initiés) alors que je voulais seulement parler de vélo...
Au départ je voulais expliquer comment, de la draisienne, on est passé sans
aucun accroc au vélo avec pédales, sans course après un enfant qui a peur de
tomber et qui n'a pas la sensation d'équilibre (ce que j'ai expérimenté
enfant). Mais c'est déjà du passé, ça : il sait faire du vélo, la
draisienne est remisée au garage, on n'en parle plus, elle servira pour son
frère quand il voudra s'y mettre...
Je voulais juste faire un petit tour de la semaine écoulée, dire que j'avais
eu 45 ans hier (enfin, le 31), que mes petits m'ont offert des graines trouvées
en promenade pour que je me fasse un collier....que mon amoureux m'a offert 2
fois 2 heures dans une piscine où je pourrais profiter des jets d'eau, des
bulles et du hammam ....
Mais mon grand fait du vélo.
Et c'est bien !