Parchemins Instantanés

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samedi 11 octobre 2008

Les sans visage

Dans un ballet lent et terrible

Au bord de leur grillage

les sans visage

Passent au crible

Leurs jeux électroniques

Remplaçant la poésie

Par la technique

Ils sont déconnectés

De la réalité

Des vraies personnes

Humaines trop humaines

Qui résonnent

Seulement dans leur esprit

Mais voilà qu'à peine

Les portes ouvertes

Nos hommes gris

Pfui !

Partis !

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Voilà ma participation au jeu du diptyque 4.4 Cette semaine il s'agissait d'écrire au sujet de cette photo de Bladsurb.

Mais en fait cette rétention de mots vient de mon manque d'inspiration.

Ces personnes ne m'inspirent pas. Trop triste. Même si la photo est graphique et bien composée, elle prend note de l'individualité croissante qui habite notre société.

Et ça me fait peur, je le rejette.

Personne ne regarde plus personne, personne ne s'approche des autres : chacun a une bulle de protection énorme si l'on peut. Et quand on est obligé de se toucher, dans les ascenseurs et transports en commun, chacun regarde au plafond ou s'absorbe dans un objet : carte ou inscription au mur, téléphone, PDA, livre ou journal, lecteur MP3 dans les oreilles ou appareil photo.

Personne ne se dit bonjour, principe basique de politesse plus du tout en cours.

Avec pour corollaire que des groupes mal intentionnés peuvent voler, violer, frapper, sans que les individus présents ne tentent rien pour l'empêcher. L'impunité nait de cette individualité. Personne ne se sent plus faire partie du genre humain. Alors qu'il est sans doute plus difficile de dérober son sac à quelqu'un qui vous a dit bonjour, fait un sourire.

Je note aussi que les rares personnes qui parlent à haute voix dans un transport en commun, les enfants qui s'extasient, remarquent, posent des questions, sont perçus comme des sortes de martiens. Alors que ce sont les seules personnes vivantes du groupe !

Notre société marche sur la tête

Cette photo m'aurait juste inspiré un texte où le premier personnage à gauche prévoit, une fois dans le train, de trucider les autres. Je me refuse à écrire ça. Trop nocif.

vendredi 3 octobre 2008

A la manière de...

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Mon cousin et moi nous aimions faire l'amour dans ce lit tout simple, bas, dans lequel nous mettions parfois des draps de lin naturel quand il faisait chaud, parfois des draps de satin foncé et des coussins lorsque nous étions plutôt d'humeur aux cachotteries, aux secrets, que nous voulions nous soustraire à tout ce monde qui nous semblait si barbare et si hostile parfois.

Nous aimions faire l'amour

inévitablement, quand nous nous frolions dans le noir,

indéfectiblement, quand nous sentions si fort que nos liens s'étayaient depuis si longtemps,

irrégulièrement lorsque nos chemins se croisaient et nos vies se dispersaient,

illusoirement les jours où nous étions amers et déçus de la vie,

puissamment parce que nous étions fous amoureux et jeunes, si jeunes !

Jazzistiquement en écoutant John Coltrane siffler Blue Train,

baroquement lorsque la pièce était pleine de la musique de Mikis Théodorakis orchestrant le Canto General de Pablo Neruda,

littérairement lorsque nous lisions ensemble Anaïs Nin,

ludiquement le jour où j'ai amené un godemichet, et lui des boules de geisha et un anneau pénien,

les yeux plissés et en ronronnant parce que nous aimions les chats, leur douceur et leur puissance (et Baudelaire),

souplement quand nous expérimentions les positions du kama sutra,

à la va vite lorsque nous n'avions que 10 mn avant un rendez-vous,

élégamment pour un jour de carnaval où nous étions déguisés en personnages distingués,

sans se voir parce que nous aimions jouer dans le noir,

avec gourmandise le jour où il m'a enduite de chocolat, puis de miel, a laissé couler du champagne entre mes cuisses, où j'ai fait tomber goutte à goutte de la crème anglaise au bout de son gland...

librement parce que nous n'avions aucun tabou,

délibérement,

respectueusement,

lassivement,

Et enfin palliativement lorsque j'ai rencontré un autre homme et que je ne pensais qu'à cet autre.....

Ceci est ma participation au Diptyque 4.3 d'Akynou . Il s'agit d'écrire un texte évoqué par cette photo de Michel Clair.