Mardi déjà.
Impression d'être là depuis si longtemps !
Pas du tout envie de me connecter ni ne pense à internet.
Pourtant heureuse de mettre en ligne quelques pages sur mon blog.
Journée spéciale : ce soir nous allons tous les deux au concert. Une jeune fille gardera les garçons.
Hier Solaire était très fatigué et a pleuré quand je suis partie. J'ai dû revenir pour le coucher. Lumineux, lui, à fait pipi les deux premières nuits. Maintenant je leur dis : « n'oubliez pas que je pense à vous tout le temps, et que je viendrais vous faire un bisou en rentrant, pendant que vous dormirez ».
Les animateurs du « Coin des gamins » ont amené hier des instruments et mes deux gars ont produit des sons avec trompette et saxophone. A l'admiration des musiciens. Il semble que ce ne soit pas évident. C'est encore un signe qu'il faut qu'ils fassent quelque chose avec la musique.
Donc ce soir....
Jan Garbarek est bon. Trilok Gurtu est un phénomène, l'ingénieur du son réussit à faire entendre tous les instruments divinement. Il est bon de rester en coulisse un moment pour parler avec les amis. Les discussions ont une autre saveur, une autre teneur lorsqu'elles sont portées par cette musique, ces vibrations, ces émotions.
Ensuite se plonger dans le chapiteau, dans le coeur, rejoindre les 5000 autres pour vibrer à l'unisson dans l'odeur d'herbe et de terre propre au terrain de rugby. Sentir quand même l'air frais de la nuit nous caresser. Etre avec les autres dans le tout, partager les émotions et les transmettre aux musiciens qui absorbe et rayonne et nous renvoie des notes spécialement créées. A Marciac je suis totalement dans le village. Je veux dire que j'ai le sentiment palpable d'être dans l'atmosphère... je sais où je suis et je peux me situer géographiquement, j'ai la conscience de mon environnement et des bonnes vibrations qui le constituent. Je sens, je sais qu'il y a le cimetière tout contre le chapiteau, les champs de maïs, le chemin qui en fait le tour, les routes étroites à angle droit de la bastide qui mènent vers l'église ou la place, le chemin de ronde qui encercle le village. Je suis consciente de l'Histoire du lieu et je sens que l'air y est porteur d'énergies positives. Et tout cela est présent dans mes sensations quand j'écoute un concert sous le chapiteau.
Et puis Charles Lloyd. Une révélation il y a 6 ou 7 ans, ici-même.
Je me souviens de cette sensation. Assise dans la fosse, les yeux écarquillés, suivant du regard ce qui se jouait entre les musiciens, entendant la qualité du silence qui produisent 5000 personnes sous le charme, en attente, vibrantes. On a laissé se dérouler la vague. Le saxophone poétique et méditatif, Charles Lloyd avait su nous emporter dans son histoire, en nous racontant la notre. Il avait su toucher si profond que mon estomac s'était noué, mes larmes coulaient, alors que je ne pouvais mettre en mots ce qu'il me disait. Puissance de la musique en public. Et je veux croire, parce que les musiciens aussi le disent, que c'est CE public et CET endroit qui sont magiques.
Le jazz est une musique exigeante, qui demande du temps pour être comprise. Ou alors c'est à moi qu'il a fallu du temps pour me départir de tout ce fatras cérébral occidental et laisser parler mes émotions, mon coeur, les laisser s'exprimer et comprendre ce que la musique me disait. Je me souviens des premiers concerts où j'aimais sans connaître, où j'écoutais et ne pouvais voir en même temps la scène. Mes deux perceptions étaient trop différentes et ne savaient pas cohabiter, je ne parvenais pas à les mêler pour comprendre le tout ensemble.
Ensuite j'ai photographié. Et il m'a fallu apprendre la technique et aussi à voir et entendre, à sentir les liens subtils qui existent entre ces deux perceptions pour les exprimer en images.
Une phrase importante dans une interview d'un musicien dans le journal quotidien du festival « Jazz Au Coeur ». A la question « quel instrument auriez-vous aimé être ? », il répond : un appareil photo, c'est avec ça qu'on capte le meilleur d'un concert.
C'est exactement ça. J'ai beaucoup de mal à écouter un concert de loin, sans voir les musiciens et lire sur leurs visages et dans leurs silhouettes et mouvements ce qu'ils sont.
A peine vu Charles Lloyd il y a 6 ans, j'étais conquise et émue par son humanité. Je le reconnaissais pour un homme tel que mon coeur les aime. Et son humanité s'est révélée encore bien davantage dans sa musique. Visible en photo, écoutée et comprise sans avoir besoin de parler.
Ce soir il nous présente une formation plus extravertie. Beaucoup de place pour la batterie, un piano presque latin par sa vélocité. Des émotions qui ont envie d'aller de l'avant, de pousser à agir.

Le public ne s'y trompe pas, qui rythme et applaudit, scande et se réjouit. Tam tam et balancement lancinant, danse et douceur ensorceleuse de la flûte traversière. Je souris. Charles Lloyd, dans la nuit étoilée, nous promet des rêves heureux.
En sortant du chapiteau une dame blanche nous survole, elle va vers le clocher de l'église, à notre droite.
Tout est bien.





