En sortant du centre aéré
Les garçons installés dans leur siège auto, je roule.
Lumineux : « Maman, je veux une petite soeur » (air connu)
Moi : « Ah »
Solaire : « Moi aussi »
Moi : « ?? » (sans parole, mais jusque là il se considérait comme le bébé, pas tout le temps, mais sur ce point précis oui)
Lumineux : « Oui, et je veux qu'elle s'appelle Rebecca ! »
Moi : « Vous avez rencontré une petite fille qui s'appelle Rébecca ? »
Lumineux et Solaire : « Oui, une toute petite. Et on veut une petite soeur. »
Moi : « hmmm.... »
Mes petits gars aiment les bébés et aiment protéger les plus petits qu'eux. Ils ont des peluches qu'ils appellent leur « bébé ».
Est-ce parce qu'on a toujours rencontré des bébés lors des réunions de la LLL ?
Mais ils n'ont jamais été jaloux quand j'en porte un, et ce sont les premiers à aller parler au parc avec les mamans. Elles sont souvent surprises de leur attitude. Lumineux pose des questions précises : combien a-t-il de dents, ce qu'il mange, quel âge il a, s'il marche, il caresse la joue, prend la main, fait des grimaces et parle à l'enfant...
J'espère que ce comportement ne sera pas oublié lorsqu'ils seront en âge d'être papa.
Et ce soir au coucher on en reparle, parce que Solaire dit qu'il veut être mon bébé, je lui dis que s'il veut une petite soeur, lui ne sera plus le bébé. Il réfléchit, puis dit que oui, il veut une petite soeur. Lumineux le prend par le cou, lui fait un câlin, me dit qu'ils la caresseront, me montre le sac de jouets de bébés que j'ai triés pour les donner à une future petite nièce et me dit qu'elle aura plein de chouettes jouets....
C'est vraiment vrai alors, cette histoire de petite soeur !
Ils ont l'air prêts à jouer les grands frères protecteurs pour un petit enfant, à renforcer leur complicité pour devenir plus autonomes ensemble...
C'est étrange de penser que l'ainé a été délaissé lorsqu'il avait à peine 18 mois à cause de l'arrivée du cadet, qu'il en a été blessé intimement, mais surtout avant son arrivée, et qu'ensuite il l'a aimé très vite. Et que l'alchimie s'est opérée, le cadet regardant depuis sa naissance son ainé avec des yeux d'envie, ET son caractère propre. Depuis janvier ils jouent ensemble très souvent et longtemps, même s'il y a des chamailleries, des envies de jeux différents pour chacun aussi.
Je les sens très très complices et complémentaires. Je sens qu'ils apprennent l'un de l'autre. Et ce soir je me rends compte qu'ils peuvent projeter ensemble de vivre autre chose, d'ouvrir leur vie et leur espace à un bébé.
J'ai toujours pensé qu'un enfant seul ratait quelque chose, et que des parents d'enfant unique ne pouvaient avoir une dynamique suffisante pour être à la fois dans le recul et dans l'attitude juste vis à vis de l'enfant. Enfin : non, je crois que certains parents y parviennent, mais que pour moi ce n'était pas envisageable.
Et d'ailleurs mon cadet, qui m'a fait la divine surprise de s'installer en moi sans prévenir, m'a permis de trouver une dynamique, certes, très fatigante (18 mois de différence entre 2 enfants, c'est dur !), mais porteuse d'apprentissages personnels et d'équilibre. C'est à sa naissance que je me suis dit « on est 4, on est donc une famille maintenant ».
Jusque là en effet je nous considérais comme un couple avec un enfant, et j'aurais sans doute fait ce qu'il faut pour retourner à ma vie d'avant, sans tenir vraiment compte de la sensibilité de mon ainé, à fleur de peau. Je l'avoue, j'étais prête à le laisser souvent pour m'occuper ailleurs, tellement je trouvais énorme l'investissement personnel qu'il me demandait. En réaction, et pas par devoir quelconque. Mais aussi parce que j'avais peur de cette demande d'attention, de ce qu'elle me renvoyait.
Et l'arrivée du cadet m'a poussée dans mes retranchements, mais m'a permis de mesurer le chemin accompli. Je savais être mère, le quotidien, l'intendance étaient connus, et j'ai pu ainsi fusionner et réparer avec mes 2 garçons.
Je me souviens aussi avoir dit, environ 15 jours après la naissance de Solaire, encore éblouie par cet événement, que je ferais bien un troisième enfant.
Emouvant comme une simple demande de mes garçons, qui me semblait au départ un peu factice, guidée par la rencontre d'une enfant plus jeune, a remué en moi ces souvenirs. Récents, mais déjà dépassés par la vie qui va, leur évolution et mes envies de projeter vers l'avenir, maintenant que j'en ai un peu plus le loisir intellectuel.
Je me suis toujours demandée aussi, ce qui faisait qu'une famille choisissait d'avoir un ou plusieurs enfants, pourquoi 2 étaient bien pour les uns, mais 3 ou davantage pour d'autres ?
Et pour vous : comment s'est fait le choix du nombre d'enfants ?