Parchemins Instantanés

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lundi 2 février 2009

Un dimanche à la campagne

Mon grand Lumineux (pensez donc : 5 ans !) s'éclate à faire du vélo. Voilà, il pédale comme un fou en ville, freine de ses chaussures et expérimente l'équilibre avec les yeux brillants. Je sens en lui cette nouvelle possibilité d'exploration du monde. C'est un bonheur de le lire, de le suivre.

Alors c'est vrai qu'en ville on est limité, il faut rouler sur les trottoirs... mais il crie aux passants « attention, poussez vous ! » et surtout, le petit frère qu'il faut pousser dans la poussette, empêche d'aller trop loin. Mais c'est d'ores et déjà un moyen supplémentaire de rencontrer des personnes de tout âge.

Nouvelle expérience aujourd'hui : on a passé l'après midi chez mes parents, dans une petite ville, dans leur quartier tranquille. J'ai donc pris le vélo de mon père pour suivre mon grand et commencer de lui apprendre à rouler à droite, le long du trottoir, même quand un chien aboie derrière la haie. Et ça, ce n'est pas facile ! Le chien aboie, le petit gars a peur et vient rouler sur moi (qui le protège de la circulation éventuelle) et on se retrouve au milieu de la route parce que j'ai voulu éviter la chute collective....

Mais il veut apprendre.

Et surtout il sent que le vélo, comme la marche, ça permet d'aller plus loin !

Quand il a marché, à 11 mois, il n'arrivait plus à s'asseoir.

Avec la draisienne on avait déjà exploré d'autres coins de la ville, à coups de « on va par là ? »

Maintenant je sens qu'une nouvelle étape est franchie. Il sait qu'il peut aller plus loin, et qu'il doit maitriser son engin (freinage, environnement) pour en profiter pleinement.

Et moi j'ai pris plaisir à explorer par ses yeux le quartier où j'ai fait du vélo quand j'avais son âge.

« Quand tu étais petite, Papy et Mamie ils étaient jeunes ? » Oui

Je lui ai raconté : « Tiens, je prenais ce chemin et j'allais dans un bois (maintenant c'est un champ, le bois est tout ratatiné) où on faisait des cabanes avec les copains »

« Tes parents, ils t'aidaient ? »

« Non, on faisait ça avec les copains seulement »

« Avec des outils, des scies ? »

« Oui, parfois, moi j'avais mon couteau, on prenait de la ficelle, des clous aux parents, on coupait des fougères pour le toit de la cabane »

« Tu avais quel âge ? »

« Je ne sais plus bien, 8 à 10 ans peut-être ? »

Je roule et je regarde, je me souviens.

Les rues ont un peu changé. Surtout, des maisons ont poussé partout, ces endroits ne sont plus sauvages, il n'y a plus de terrain vague comme celui où nous faisions des feux, le bois est très petit maintenant, il a rétréci déjà quand l'autoroute a été construite.

La grange où nous allions, quand j'avais 13 ans, avec mon premier amoureux sérieux (celui qui voulait toucher mon corps, qui me montrait le sien, quoi...), en sortant du collège, en vélo, je l'ai revue il y a quelques années, elle semblait petite et fragile, et surtout très exposée, plus du tout un endroit abrité et un peu secret. En moi il y a toujours ce film des moments magiques que j'ai passé là, dans l'odeur du foin, après une échappée du collège un peu plus tôt quand un prof était absent le samedi matin. Il fallait éviter les copains qui proposaient une activité, dire qu'on était attendu chez nous. Partir chacun de son côté. On était dans la même classe, c'était un redoublant, déjà ado, moi même pas, on faisait du judo ensemble, on connaissait déjà des moments d'intimité, on connaissait nos odeurs, on se faisait confiance. On s'était donné rendez-vous là. Et on grimpait dans la grange par l'échelle, vélos planqués, oreilles aux aguets parce que parfois le propriétaire venait, avec son chien, et là il fallait filer vite... Le point de vue était superbe d'en haut : des champs, un endroit hors du temps, des moments magiques de peu de paroles et de beaucoup de retenue, de regards, sans aucune cérébralité. Merci Pascal !

Même si je n'envisage pas de vivre dans ce village, que je ne suis pas attachée à cette maison dans laquelle j'ai grandi, je me retrouve maintenant, regardant avec les yeux de mon fils ainé (je suis l'ainée moi aussi) tous ces endroits dans lesquels j'ai expérimenté beaucoup de sensations, avec la fraicheur de l'enfance retrouvée....

Outre le fait que ça réactive en moi ce questionnement récurrent : vivre en ville ou à la campagne ? Je me dis que c'est précieux de pouvoir de nouveau pédaler, à hauteur d'enfant, dans cet endroit qui existe toujours, même s'il est transformé.

Ah, voilà un billet écrit au fil de la plume (du clavier, ma plume est au chômage et mon écriture hiéroglyphique reste tout à fait indéchiffrable pour les non initiés) alors que je voulais seulement parler de vélo...

Au départ je voulais expliquer comment, de la draisienne, on est passé sans aucun accroc au vélo avec pédales, sans course après un enfant qui a peur de tomber et qui n'a pas la sensation d'équilibre (ce que j'ai expérimenté enfant). Mais c'est déjà du passé, ça : il sait faire du vélo, la draisienne est remisée au garage, on n'en parle plus, elle servira pour son frère quand il voudra s'y mettre...

Je voulais juste faire un petit tour de la semaine écoulée, dire que j'avais eu 45 ans hier (enfin, le 31), que mes petits m'ont offert des graines trouvées en promenade pour que je me fasse un collier....que mon amoureux m'a offert 2 fois 2 heures dans une piscine où je pourrais profiter des jets d'eau, des bulles et du hammam ....

Mais mon grand fait du vélo.

Et c'est bien !

mercredi 12 novembre 2008

Une entrée dans ma bibliothèque

Divagations.

J'ai un jour rencontré les livres d'Ella Maillart : je les collectionne (écrire sur Ella Maillart) croisement de mes passions : photo, écriture, voyages, montagne, solitude et Femme. Je la mets de côté, elle est hors jeu, c'est une femme exceptionnelle.

Tous les livres de John Irving : verve et invention du monde selon Garp, gratitude qui continue devant le métier de cet homme, mais ce qu'il écrit me touche moins. C'est une partie de ma vie cependant, je lui garde une tendresse, une gratitude.

Maintenant, ce que j'aime ce sont les livres de Haruki Murakami. Finesse de touches, onirisme et poésie du quotidien à la japonaise, et puis Jazz et Japon. Difficile à décrire, il faut aller le lire, y entrer. Ou pas.

Un jour j'aurais tous les DVD de Hayao Miyazaki : positif, esprit japonais (qu'y mettre dedans ?), beaux dessins, personnages récurrents, histoires qui sont peuplées de ses passions, de sa vie. C'est comme cela que je comprends une oeuvre : mêler de soi à la vie qui va, mais aussi travailler dans sa propre chronologie, reprendre contact avec ses envies et aspirations d'enfance pour les garder fraiches, ne pas faire l'impasse sur les blessures et en tirer un terreau universel. Ce ne sont pas des livres, mais j'y trouve autant de profondeur, même après plusieurs passages sur mon écran.

Mon 3ème japonais c'est Jiro Taniguchi, auteur de manga découvert en 2005, grâce aux 5 tomes du Sommet des Dieux. La montagne, la photo, la quête, des dessins somptueux de détails, un noir et blanc qui colle au sujet excellemment. Tous ses autres mangas sont superbes et même accessibles aux enfants comme La montagne magique que j'ai lu à mon fils alors qu'il avait 4 ans.

A un moment j'ai eu envie d'avoir des livres beaux : Marguerite Yourcenar en Pleiade, que je n'ouvre jamais. J'aime le garder, savoir que je l'ai. C'est une sorte d'hommage postmortem par l'achat. Un peu trop matériel. Mais en y pensant bien, c'est un pas vers davantage de simplicité : quand j'ai acheté cet exemplaire de Yourcenar je me suis dit que ça m'éviterait d'avoir tous ses livres en poche, qui prenaient de la place, et j'ai offert mes exemplaires de livres de poche à des proches qui partageaient ce plaisir de lecture.

Des citations et phrases que j'aime : des carnets, des cahiers, des agendas remplis de citations tirées des bouquins que j'ai aimé, dans lesquels j'ai trouvé des mots et des paragraphes entiers qui me parlaient, reflétaient ma vie d'alors ou simplement mes pensées et sentiments les plus intimes qui ne pouvaient pas s'exprimer.

Cela me fait penser à tous ces écrivains qui sont passés dans ma vie et auxquels je garde une gratitude permanente, une pensée émue, parce qu'ils m'ont permis à ce moment de sentir que je n'étais pas seule à ressentir ce que je ressentais. Mircea Eliade dans ses romans et carnets (le roman de l'adolescent myope; les promesses de l'equinoxe; Gaudeamus; Fragments d'un journal; la lumière qui s'éteint; la nuit bengali)

Des poètes aussi : Baudelaire, Rimbaud, Prévert, Char, André Velter. Et même un surréaliste : André Breton, dont j'ai déjà parlé ici. Mais je ne suis même pas sûre de l'avoir encore....

Des livres de photo, qui reflètent ma passion, mais ne peuvent traduire tout ce que j'aime en photo, tout ce qu'il me reste à découvrir. Je préfère aller voir des expositions quand je peux. Et sur la toile je peux aussi voir de belles images facilement. Jean Dieuzaide, Guy le Querrec m'accompagnent quand même.

Il m'est arrivé de penser que ma bibliothèque pourrait représenter mes aspirations, mes sentiments, donner une sorte d'instantané de mon état intérieur. J'avais d'ailleurs un peu peur de ça quand des connaissances regardaient les titres de mes bouquins lors d'une visite. Mais ce n'est pas vrai : j'ai des livres que je n'ai pas lu, ou que je n'ai pas terminés; et j'ai lu des livres qui ne sont pas sur mes étagères et qui sont très importants pour moi. Souvent je les ai prêtés et ils ne sont jamais revenus.

Mes étagères comportent beaucoup de livres de poche, parfois dans de vieilles éditions, et j'aime parfois qu'elles restent ainsi, parce que je me dis que mes enfants pourront en sentir l'odeur, pourront y piocher et humer, feuilleter, hésiter, puis plonger dans les pages. En fait c'est un souvenir d'enfance : j'ai en moi l'odeur et l'atmosphère de moments de calme et de vacuité de l'été chez ma tante dans l'Ariège, quand je tournais autour des livres, promesse d'heures de volupté sur la terrasse ou sur les murs de pierre, vestiges du vieux château de Tarascon. A d'autres heures je grimpais, courais dans la montagne et admirais les couleurs, les lumières, faisais corps avec l'instant présent. Je me souviens aussi des relectures que je faisais parce que je m'ennuyais tellement qu'il fallait que je me résolve à relire encore Les enfants du Capitaine Grant par exemple. Cette fois j'étais coincée chez moi, loin de toute bibliothèque ou de tout bouquiniste, pendant ses heures où les garçons jouaient à des jeux pour lesquels je n'avais pas envie de les suivre, parce que la charnière entre nos jeux d'enfants et ceux adolescents étaient en train de se faire ...

Souvent j'ai acheté des livres pour l'effet qu'ils m'ont fait, après les avoir empruntés à la bibliothèque, en me disant que je prendrais plaisir à les relire : mais ce jour-là viendra-t-il ? Je suis prise dans la spirale du temps, de mes enfants qui continuent de me pousser vers l'avant, le présent et le futur, comme je l'étais déjà sans eux, où je n'avais de cesse de chercher le livre, le film, le spectacle qui me plairait dans les dernières parutions. Alors pourquoi ne pas faire du vide, cesser de s'encombrer, aller vers davantage de simplicité pour laisser le champ de l'appartement libre pour leurs passions, leurs envies, leurs essais... ne garder que le minimum, ce qui est la promesse de créations nouvelles....