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Tag - Ella Maillart

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lundi 15 février 2010

Semaine 6 : VSD

12 février

aujourd'hui l'imprévu

c'est la neige, dans la ville et la région tout à fait rare et inattendue. Et qui, bien entendu, paralyse un peu la population. Somme toute c'est tranquille.

Promenade en ville en vélo, pour acheter un thermomètre de cuisine (le précédent a chut sur le carrelage) pour pouvoir faire des cosmétiques, yaourts et savons. Pas besoin d'un ustensile à 30€ ni d'un machin à pile : juste un tube de verre qui gradue de 30 à 100°. Hier j'ai cherché du côté des magasins qui vendent des ustensiles de cuisine et je n'ai trouvé que les versions sophistiquées. Aujourd'hui coup de téléphone à la quincaillerie : il en restait un (à 9,30€)!

J'en ai profité pour me promener à la librairie d'à côté, constater que si les gens n'étaient pas dehors ils étaient au chaud dans les magasins. J'ai acheté Bribes de sagesse d'Ella Maillart , ainsi qu'un livre sur les Vieux remèdes des Pyrénées de Magali Amir, Raphaële Garreta et Maryse Carraretto, dessins de Dominique Mansion. Suis passée à la confiserie Josuat pour me payer ma gourmandise périodique (3 fois par an ?) : des guimauves et des pâtes vanillées. Des bonbons venus de Montpellier, que je ne trouve que là.

L'imprévu c'est que l'atelier d'écriture, dont ce devait être la dernière réunion, est reporté à vendredi prochain pour cause de neige.

Je n'ai donc pas écrit aujourd'hui, et j'avais envie de faire des cosmétiques ce soir. Mais l'ami J. s'invite. Donc soirée bavardage et épaulage.

L'autre imprévu, c'est donc l'art de l'amitié : écouter, être là pour ouvrir une bonne bouteille de vin parce que l'ami est venu et qu'il est mal en point.

ooo

13 février

aujourd'hui végétal

Manger végétal, avec peu d'animal, oui, c'est ce que je fais depuis longtemps. A raison d'un poulet tous les mois voire tous les deux mois. Humain aime la charcuterie et en consomme seul, partageant parfois avec les garçons, bien trop sensibles aux épices de ces préparations.

Mais depuis décembre je mange bien davantage de cru, et c'est tout bénéfice pour mon énergie. Et pour ma santé : aucune maladie, aucun rhume, alors que je soigne mes garçons depuis un bon mois pour des grippes, rhino, gastro, etc.

J'ai d'abord lu le livre de France Guillain La méthode, ed du Rocher. Et expérimenté de suite son petit déjeuner : le miam ô fruits (mélange de fruits, d'huile, de graines moulues) qui permet d'être en forme quasiment toute la journée.

Dès le premier jour, partie faire une journée d'escalade en montagne, alors que je suis en manque chronique de sommeil depuis plus de 6 ans, qu'il faisait très froid, que j'avais fait une chute la veille en vélo (en protégeant mes petits) et que j'avais mal à l'épaule.... je me suis levée pour préparer ce petit déjeuner, mais je n'avais pas le temps de le manger. J'ai donc pris simplement des fruits secs et des oléagineux, et emporté dans une boite mon petit déjeuner. Marche d'approche dans la neige et la glace, chemin pentu dans le bois, puis escalade en falaise. A la pause j'ai mangé seulement mon miam ô fruit, but de l'eau et du thé rouge. J'ai été en forme même après le repas, au contraire de mon co-équipier qui m'a demandé de grimper en tête parce qu'il avait un coup de mou. Et en plus ça présente l'avantage de prendre peu de place dans le sac !

Aujourd'hui de nouveau je fais l'expérience. Partie grimper à jeun, avec ma gourde d'eau. Au retour j'ai hésité, puis mangé riz et omelette comme le reste de la famille. Résultat : gros coup de mou toute l'après midi, jusqu'à la fin de ma digestion je pense. Moralité : je vais aller me coucher et demain je continue mon régime cru.

ooo

14 février

aujourd'hui actions de votre corps, que des verbes

Dormir. Me tourner parce que mon bras est engourdi. Replier mes jambes parce que j'ai mal dans le bassin, à gauche (et penser à mon ostéopathe). Faire de la place à la chatte. M'étirer. Me mettre debout pour aller ouvrir les volets.

Parler aux garçons, déjà debout, qui regardent la télé, jouent, ont déjà mangé des céréales.

Me laver. M'habiller. Vite : il fait froid !

Faire chauffer de l'eau pour mon thé. Du lait (riz et cajou/noisette) pour mes enfants.

Donner des granules : chacun son traitement. Ils vont mieux, tous les deux. Mais on reste encore au chaud toute la journée. Rester debout pour préparer mon Miam ô fruits.

M'asseoir pour lire mes messages. Puis changer de lieu pour boire mon thé en tentant de lire quelques lignes de Histoire de mes assassins de Tarun J Tejpal.

Penser au travail fourni hier sur ma nouvelle, remaniée. Mais j'ai fini si tard, tellement recrue de fatigue que j'en avais les yeux douloureux et plissés. Je veux relire aujourd'hui.

Je prends le temps de le faire.

Mes garçons s'occupent ensemble, n'ont pas besoin de moi.

Aérer les pièces l'une après l'autre, c'est faire entrer le froid petit à petit pour l'apprivoiser.

Puis faire une station contre un radiateur pour se griller les fesses. J'ai eu tellement froid hier quand ma coéquipière est restée coincée en haut de la voie, que j'ai encore du mal à m'en remettre.

Me lever. M'asseoir. Lire. Parler. Faire des langues de chat.... demande de mon Lumineux en voyant la photo sur le livre.

Déguster quelques langues de chat, à peine sorties du four. Voir que l'assiette se vide car Solaire vient faire des provisions pour les amener à la salle de jeu, où ils construisent avec leur père. Plus de langues de chat ! Délicieux et succulents a dit Lumineux !

Manger, boire, lire des histoires.

Donc une journée d'hiver au chaud à l'intérieur aux occupations plutôt littéraires.

Vivement le redoux (prévu pour mercredi... wait and see !).

dimanche 4 octobre 2009

Les Aujourd'hui du 28 septembre au 4 octobre 2009

28 septembre

aujourd'hui derrière la vitre du gris le matin, un démarrage lent de la journée après un coucher tardif. Et puis du soleil dans l'après midi, clair et beau. Lumière d'automne douce et tiède qui laisse penser à une soirée fraiche et piquante, davantage en campagne que dans un bois. Nous sortons : vélo, jeux physiques entrecoupés de livres à la bibliothèque. Et retour derrière la vitre pour nous remettre à l'abri. En attendant demain, un autre beau jour d'automne.

ooo

29 septembre

aujourd'hui j'ai fait de mes mains de la polenta, du lait d'amandes, du rangement de livres d'enfants, du câlin pour chat, du câlin pour enfants, du soin pour les bosses, du démêlage de cheveux d'enfants, la fin d'un puzzle d'enfant (vous avez deviné que je vie avec des enfants ?). J'ai conduit mon camion (toujours avec grand plaisir). J'ai tenu et lu des livres divers et variés, mais surtout sur la pêche : nouvelle passion de l'ainé. Préparé nuitamment des petits hiboux....

ooo

30 septembre

aujourd'hui un amical hibou est né. On voit bien que je suis une parfaite débutante en couture. Mais on reconnaît un hibou. Rustique, certes, mais un hibou fait main. Sinon : repos, tranquillité, musique et radio, marché.... et bibliothèque (encore !) car il y a beaucoup de bibliothèques dans l'agglomération, et je cherchais le livre de Carlos Ruiz Zafon L'ombre du vent, un des titres qui m'ont permis de créer un petit texte pour participer au jeu d'Akynou. Et les livres sont des amis pour moi !

ooo

1er octobre

aujourd'hui perte de quelque chose de l'été : passé du temps sur le figuier dont j'ai ramassé les derniers fruits.... c'est bien l'automne qui a commencé ici.

Et puis au retour, après avoir écouté les confidences de mon garçon : Lucie est amoureuse de moi, les regrets de l'autre garçon : quand moi grand Lucie amoureuse de moi.... J'ai profité un moment de ce temps pour moi en rentrant, seule dans mon camion, pour écouter une cassette audio d'Ella Maillart : des enregistrements radio anciens et retrouvés il y a peu. Rêvé de ses voyages en écoutant sa vieille voix de 90 ans, revu en mémoire l'expo de ses photos de 1993 ! ça paraît si lointain déjà à l'aune de son année de naissance (1903) et du temps qui est passé depuis que j'ai vu l'exposition à Bordeaux. J'ai aussi perdu des points sur mon permis : me suis faite flasher à 60 km/h dans un village. Grrr !

ooo

2 octobre

aujourd'hui un visage : je pense à celui de Carole, qui ne s'aime pas sur la photo d'elle que j'ai exposée. Au visage de Solaire qui a fait une chute de draisienne cet après midi au parc (heureusement sur l'herbe !) et qui a saigné de la bouche, se retrouve tuméfié des lèvres, de la joue droite et du nez. Vive les granules d'arnica qui l'ont empêché d'avoir trop mal et lui ont permis de vite dégonfler. Ces jours-ci mes garçons sont fatigués mais refusent de se coucher le soir, et se cognent ou tombent pendant leurs jeux.... Ils sont cependant pleins de vie et d'une belle énergie disait le médecin qui a fait le certificat sportif ce matin. Et on voit bien la différence entre cette énergie et celle d'enfants scolarisés... a-t-elle ajouté.

Edit : aujourd'hui ça fait 1 an que ce blog est ouvert. 174ème billet. Un peu plus de 2 par semaine.

ooo

3 octobre

aujourd'hui comme un avis à la population : Oyez oyez bonnes gens, nous sommes une famille qui ne scolarise pas ses enfants ! Car ce n'est pas l'école qui est obligatoire mais l'instruction ! Et point besoin d'enfermer de petits enfants, de les faire assoir toute la journée pour leur raconter des histoires, leur faire faire des dessins, répondre à leurs questions. Non non non ! Ici nous sortons faire du vélo, grimper dans les arbres ou les structures de jeux, nous allons pêcher ou ramasser des châtaignes, visiter une tisserande ou un fabricant de jouets en bois, rencontrer d'autres enfants au bord d'un lac ou dans un parc. Pour la culture nous avons des médiathèques bien garnies, une ludothèque pour emprunter des jeux, qui sont aussi de l'apprentissage, un ordinateur connecté à internet pour communiquer et répondre à beaucoup de questions, une télé avec un lecteur de DVD pour voir des documentaires ou des dessins animés, c'est selon ! Ah, vous avez peur que mes garçons ne soient pas sociables ? Vous n'avez qu'à venir chez nous et vous verrez qu'ils savent dire bonjour, vous entrainer dans leurs jeux, vous parler en vous vouvoyant si c'est la première fois qu'ils vous voient. Vous n'avez qu'à les observer dans un parc, voir comment ils arrivent près d'autres enfants en disant « bonjour, je m'appelle Lumineux et j'ai 5 ans. Je peux jouer avec toi ? ». Quand ils ont envie de vivre en groupe ils vont au centre aéré pour faire des activités et manger avec les autres à la cantine. A leur demande. Mes garçons sont vivants et je souhaite leur éviter le formatage le plus longtemps possible.

ooo

4 octobre

aujourd'hui une seule question : le Tibet. Sa culture vivra-t-elle encore longtemps ? Ses ressortissants pourront-ils être libre un jour ? Auront-ils le choix de rentrer dans leur pays ou devront-ils rester en exil ?

Fête du Tibet organisée par l'APACT à Pau.

Mandala Guhyasamaja (Assemblée des Secrets) créé en 3 jours Par Guen Tenzin Penpa puis détruit et dispersé le 4ème.

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Des livres, des conférences, des photos, des témoignages sur ce pays, ses hommes (au sens d'Humains) et leur culture, leur langue, des pétitions à signer et

''Constat et inquiétudes par Denise Campet Puntsok Drolma Présidente de l'Apact.

Voici 50 ans que SS le Dalaï Lama suivi de 100 000 tibétains partait en exil. La situation au Tibet est devenue dramatique même si le 18 septembre 2009, de retour d’une mission de 4 jours au Tibet, une délégation européenne de 3 personnes conduite par l’italien Mario Sepi, président du comité économique et social européen, osait déclarer à son retour : « le développement économique du Tibet est impressionnant » « Le problème des droits de l’homme est essentiel mais il faut aussi prendre en compte le développement économique et la justice sociale » « Il y a beaucoup de policiers qui contrôlent les rues… mais nous avons pu parler librement avec les Tibétains … grâce à notre interprète ». Toutes ces informations sont contredites par les informations que nous recevons régulièrement du Tibet occupé c/o Tibet.net :

- La langue tibétaine a été interdite lors d’un concours de recrutement des enseignants au Tibet.

- Le 24 mai 2009, les autorités locales chinoises ont annoncé  aux habitants du Comté de Tawu le plan gouvernemental chinois visant à les réinstaller à un autre endroit, de sorte que "le chemin soit dégagé pour la construction du barrage". Juste après l’annonce de la construction, les habitants, se rassemblant, ont fait une imposante manifestation contre les plans gouvernementaux. Ils criaient des slogans tels que "Cet endroit est notre lieu d’habitation depuis d’innombrables générations et nous ne voulons pas partir de nos maisons. Nous ne partirons pas ailleurs, quoiqu’il arrive".

- Les nomades sont en voie de sédentarisation forcée. Plus de 50.000 d’entre eux viennent d’être délogés du « parc naturel » autour des sources du Fleuve jaune, du Yangtsé et du Mékong – sous prétexte de surpâturage qui mettrait en péril l’équilibre écologique des lieux, alors que pasteurs et bergers tibétains ont de tout temps été les meilleurs gardiens de ce fragile environnement. Un vaste programme de relocation a été lancé en octobre 2008, prévoyant la sédentarisation dans les cinq ans de près d’un demi million de nomades au Séchouan…

-Train Golmud Lhassa : un trafic estimé à 900 000 voyageurs l'an permettra également à Pékin de poursuivre la "colonisation" du Tibet par l'ethnie Han ­ qui constitue la majorité de la population chinoise.

-Chômage : Aujourd’hui, si un Tibétain ne parle pas chinois à Lhassa il peut difficilement trouver du travail. Par ailleurs, 60% des jeunes sont au chômage. Heureusement, les Chinois ont tout prévu pour les occuper : discothèques, cigarettes peu chères, alcool subventionné.

Quant aux droits de l’homme, voici des nouvelles alarmantes :

- Août 2009 : Kalden,  moine du monastère de Drepung  est décédé suite à la torture subie dans un centre de détention à Lhassa. -Le 12 août 2009, Pasang Norbu, âgé de 19 ans, résident du quartier de Tren Kon à Lhassa, a été arrêté dans un Cyber café de Lhassa, pour le motif d’avoir regardé sur Internet des informations considérées comme politiques et d’accès interdit.

- Deux jeunes tibétains en exil retournant au Tibet ont été brutalement torturés par la police chinoise suite à leur arrestation près de la frontière du Népal en avril de cette année.

- Deux jeunes Tibétains viennent d'être condamnés à 2 ans de prison par le Tribunal de la préfecture de Nagchu (région Centre du Tibet -). Motif : mise à bas du drapeau national chinois installé sur le toit d'une école en avril 2009.

-Avant le 60ème anniversaire de la célébration de la fête nationale, débutant le 1er octobre, les autorités de la TAR ont décidé de lancer à nouveau une campagne « Frapper fort ».

On peut donc constater que :

- la culture et l’identité mêmes du peuple tibétain se trouvent en grave danger.

- le régime chinois ne respecte absolument pas les droits humains fondamentaux des Tibétains.

- La culture, la religion, la langue et le mode de vie du peuple tibétain sont en voie de disparition.''

dimanche 4 janvier 2009

Into the wild

Sur l'injonction de mon amie Aigue marine (l'amie A déjà citée), j'ai vu le film Into the wild.

Et voilà ce que le film m'a évoqué. Avec tout le recul que je peux avoir : longtemps j'étais assidue au ciné Art et Essais de ma ville, mais depuis 5 ans je suis coupée totalement de tout ce monde. Au début j'en ai été peinée, comme si l'on m'avait amputée d'une partie de ma vie culturelle et de mon équilibre. Et puis la venue de mon 2nd garçon m'a forcée à me concentrer sur ce qui était bien l'essentiel, à ce moment-là de ma vie : mes enfants petits, ma vie de mammifère (si si, un retour à l'animalité et un recul de ma cérébralité, il faudra que je développe un jour). Je me dis que tout ça a fait partie de moi et qu'il en reste quelque chose que je transmettrais.

Toute cette introduction pour expliquer que mon état d'esprit n'est pas du tout dans une mouvance d'obédience à un quelconque effet de mode ou un engouement né de discussions d'un groupe quelconque.

Pour en revenir à ce film.

Ma réaction "à chaud". Le lendemain, parce qu'il avait l'air d'être important pour Aigue marine. Beau film. Juste un peu trop américain, c'est à dire propre et lisse, à mon goût. Alex n'a pas une seule égratignure, ne saigne jamais, même d'une éraflure, et arbore ses joues lisses d'américain bien nourri même quand il est amoché. Ce n'est pas très crédible.

Au-delà de ça, il y a quelque chose que je n'arrive pas à déterminer, qui m'empêche d'entrer entièrement dedans.

C'est beau, c'est bien fait, le parti pris de la voix off de sa soeur et de la musique peut (pourrait) le placer hors du temps. Sauf qu'il est en guerre contre les portables et autres possessions matérielles de son temps. C'est juste évoqué, la tentative de ne pas le placer dans une époque particulière, l'évitement de tout produit "année 2000" est flagrant. Evocation sympa des hippies, sans jugement il me semble. Mais pour un jeune homme instruit, qui a lu Thoreau, qui est en rébellion contre ses parents, il met très longtemps à atteindre sa conclusion. Il semble par certains côtés être en rébellion contre les gens aussi, mais il a une attitude de profonde humanité et curiosité attentive et sincère envers les personnes qu'il rencontre. Surtout envers Ron Frantz, le papy de la fin.

Bon, j'ai bien aimé cependant. Je peux comprendre ce que tu y voies, par rapport à ta vie, ta fuite, ta recherche d'un lieu de vie.

Simplement c'est juste un témoignage pour moi, qui vient en plus de ceux que je connais déjà sur ce thème. Un peu comme un film/livre de voyage, en compagnie d'un jeune homme en devenir, et qui ne deviendra pas adulte. Je ne peux m'empêcher de te donner mes références à ce sujet, d'abord des personnes proches.

J'ai vu mon frère partir, à peu près au même âge (ils ont 1 an de différence), vers des pays lointains, longtemps : première mission en Thaïlande dans les forêts et la jungle pendant 8 mois, à une période où internet n'existait pas encore et où on communiquait par lettres "par avion". Il en est revenu changé, le visage et le corps modelés par cette expérience (Alex/Chris est toujours le même dans le film, comme si jusqu'au bout sa réflexion ne pouvait se voir dans son corps, je guettais des changements et il n'y en avait pas). Et moralement : il savait qu'il aimait ses parents et qu'il fallait le dire (et il l'a fait, même si maladroitement après cette première mission) mais il était très conscient du fait que personne ne pouvait comprendre la teneur de cette expérience, sauf les personnes qui l'avaient vécue (je veux parler des expat, des personnels de mission humanitaire surtout). Ce que je veux dire c'est qu'Alex est toujours dans la négation, le rejet, le refus de la façon de vivre de ses parents. Il met très longtemps à atteindre cette distance et cette acceptation. Peut-être parce qu'il est trop idéaliste ? Pas assez confronté encore à la pauvreté des autres ? A la vraie vie qui est un lien, qu'il rejette toujours cette transmission de ses parents ?

En septembre j'ai aussi vu Rémi, le neveu d'Humain,25 ans, parti depuis 3 ans en Amérique du Sud (il ne connaissait pas Solaire). Il a bien mûri aussi. Il a un rapport à la famille différent :il a fait un quasi tour de France pour voir tout le monde ( ses amis, sa famille) avant de repartir en Guyane. J'ai parlé à ses parents, très voyageurs aussi, curieux et impressionnés de voir son parcours, attendris aussi de son amour, de ce qu'il peut leur dire de sa vie "c'est grâce à vous que j'ai envie de partir, c'est parce que vous m'avez fait comme ça". ça c'est pour les personnes réelles, que j'ai vues.

Il y a aussi les livres d'un écrivain voyageur très cher à mon coeur : Ella Maillart , qui répondait à des jeunes hommes (Nicolas Bouvier, autre écrivain voyageur suisse, et son ami dessinateur Thierry Vernet,) venus la voir pour des renseignements au sujet de la route de la soie jusqu'en Afghanistan " Partout où des hommes vivent, un voyageur peut vivre aussi", lui avait-elle répondu.

Cette femme est partie elle aussi après la lecture de Thoreau, avec des amies d'abord à bord d'un voilier, puis seule toujours pour naviguer à bord d'autres bateaux, enfin elle est partie seule en Russie, au Turkestan chinois, dans les déserts, en Afghanistan, elle était en Inde pendant la 2ème guerre, étudiant auprès d'un maître (Ramana Maharishi) en compagnie de sa chatte (Ti Puss,ou l'Inde avec ma chatte). Seule. En lien avec les hommes sur place. Quand elle rentrait en Europe elle faisait des conférences, montrait ses photos (au Leica, développées sur place souvent), puis écrivait et vendait ses livres.

Elle a réussi à s'acheter une petite maison en bois dans un village perché à 2000m, à Chandolin, en Suisse (j'irais un jour, c'est sûr, c'est devenu un musée) et y passait 6 mois vers la fin de sa vie, les autres 6 mois (d'hiver) descendant à Genève dans l'appartement que lui avait laissé sa mère. Jusqu'à 80 ans elle se déplaçait en vélo, faisait du ski (elle a fait partie de l'équipe de Suisse dans les années 1930), partait guider des groupes au Népal plusieurs mois par an. Elle avait fait ce choix d'être elle-même et disait que ce que l'on veut faire il faut le faire (je ne cite pas bien, malheureusement, j'écris de mémoire et je n'ai pas pris le temps de rechercher dans ses livres, d'ailleurs cette phrase est dans le CD des ses émissions à la radio suisse romande). Elle parlait d'être centré sur soi pour suivre son chemin, et qu'ensuite il y avait comme une boussole et on était guidé. C'est ce qu'elle m'a écrit. Que je retrouve dans ses livres.

Pour revenir à sa maison : quand elle a trouvé ce coin elle a été conquise et elle s'est installée. Elle avait un fichu caractère et disait ce qu'elle pensait. Elle regrettait seulement de n'avoir pas pu élever un enfant. C'est en suivant son exemple que je promène ma chatte avec nous en vacances. J'ai relu certains de ses livres bien souvent. Vu des expo de ses photos, acheté ses livres de photo. C'est un guide pour moi. Elle me dit que je dois suivre ma voie. Mais pas forcément "en réaction". ça c'est la première amorce du processus, la partie adolescente.

En ça, Into the wild montre que le processus s'est accéléré à l'approche de la mort : dire que tuer le renne a été une tragédie, réfléchir face à la faim et ne pas avoir les idées assez claires (parce qu'il était seul ?) pour trouver une plante comestible et la confondre avec une toxique.

Disons que cette destinée de ce jeune homme, est en fait totalement tragique parce qu'avortée. Toutes ses idées, ses valeurs, la confrontation avec la VIE et les éléments, avec les autres et avec sa quintessence d'être humain, est en devenir dans tout le film. D'autant plus qu'il est traité avec tout le suspense requis, qu'on voit bien arriver le moment final/fatal, depuis si longtemps, que j'en ai été gênée....

Ce que je vois comme la part « américaine » du film, qui me semble caricaturale, c'est encore ce velouté, ce cocon protecteur qu'il trimballe partout avec lui, cette aura que le réalisateur montre en refusant de montrer les effets du manque, de la réflexion, de la solitude sur son visage et son corps. Il garde jusqu'à la fin, jusqu'à sa rencontre avec le papy, cette sorte d'esprit conquérant américain, qui donne à penser que rien jamais ne lui résistera, qu'il est au-dessus de tout puisqu'il l'a décidé, qu'il est maître de sa vie et de sa destinée, et qu'il ne doit rien à personne, et surtout pas à ses parents. Voilà, il se pose en donneur de leçon et observateur, toujours, sans donner prise à des sentiments d'amour (même pas avec la jeune fille qui le veut).

Enfin il me semble qu'on tourne autour des vrais valeurs, qu'on ne les dit pas dans le film, par pudeur, par puritanisme, par refus de s'exposer à des valeurs communes ? Aucune idée.

Je ne dis pas que je saurais faire mieux (que le jeune homme rebelle voyageur). Je prends ce film comme une contribution supplémentaire, peut-être simplement belle et davantage à la portée du plus grand nombre que les livres d'écrivains voyageurs ou de personnalités plus spirituelles (Arnaud Desjardins par exemple). Je me dis que ça peut être une porte d'entrée pour d'autres réflexions, des découvertes d'auteurs, pour certains spectateurs. Mais est-ce que ce sera le cas ?

Enfin, tout ce développement peut simplement te montrer aussi que le film m'a touchée. Comme pourrait le faire une vision d'une entrée dans l'âge adulte que j'aurais pu faire mienne. Mais mon chemin est différent : j'ai compris bien plus tard que ce que je souhaitais faire il fallait que je le fasse, sans attendre un signe ou une permission de quiconque. Tu as sans doute vu dans ce film des éléments qui te permettent de voir plus clair en toi, et d'avancer sur ton chemin. Puisque tu me dis que la phrase de conclusion des mémoires de Chris "le bonheur n'est réel que s'il est partagé", te permet d'éclaircir tes désirs de vie, de les mettre en mots écrits et parlés, de ne pas seulement les garder dans les limbes, pour pouvoir te permettre de les mettre en pratique bientôt.

Deux mois après ce premier jet, je viens de rajouter quelques phrases qui éclaircissent un peu ma pensée. J'avais envie de garder présent ce compte rendu. Mais du film en lui-même il me reste juste quelques impressions, quelques images.

Comme si mon chemin à moi allait, lentement mais sûrement, vers encore davantage d'authenticité, que je cherchais seulement du réel, des sentiments et des paroles vraies, des personnalités humaines à la présence plus tangible.

Avec toujours cette tendance à critiquer. Et il faut que je fasse un petit effort pour reconnaître qu'il y a des côtés positifs, des phrases, des moments, des images, à garder dans ce film.

mardi 25 novembre 2008

Tisha et autres chats (2)

Il a fallu 16 ans et un projet à tiroirs pour qu'on déménage dans notre actuel F4, derrière le cimetière, avec un coin vert au fond du parking. Et là j'ai vu que c'était possible !

Une jeune fille descendait sa chatte tous les matins avant de partir travailler. La minette l'attendait le soir à son retour, perchée sur l'une ou l'autre des voitures au soleil.

Au même moment, en visite chez des copains, je constate que leur chatte, une fine greffière blanche, a le ventre bien rond. Ben oui me disent-ils... Prenant mon élan j'ai rétorqué : «  si elle a une chatte fine comme elle mais foncée, quasi noire, je vous la prend ». Ce qui fut fait en octobre 2001 : j'ai pu assister aux naissances en échiquier de cette portée noire et blanche alternativement, et choisir celle qui me plaisait.

Un voyage plus tard nous ramenions notre chatte chez nous.

Petite féline perchée sur nos épaules, qui dormait avec nous et m'a pris pour sa maman.

Je lui ai appris à répondre à son nom, à descendre l'escalier à ma suite, à prendre l'ascenseur, à aller se promener dans le cimetière. J'ai même trouvé un itinéraire taillé au sécateur pour entrer dans le cimetière, tandis qu'elle m'attendait sur le mur de pierres, et nous allions nous promener ensemble parmi les tombes. Une vraie chatte de sorcière...

Elle a eu un accident vers ses 7 mois, nous l'avons retrouvée après 1 h de recherche, guidés parfois par ses miaulements rauques de douleur, sous un crachin de mai, à mon retour de ma première échographie, le côté de la tête amoché et un oeil exhorbité. Appel en urgence chez le vétérinaire, qui n'a pas pu sauver l'oeil.

Ma_panthere_qui_n_a_qu_un_oeil.jpg Pendant les 15 jours suivants, en convalescence, elle m'a suivi partout dans l'appartement, s'installant sur moi ou tout à côté, ne me quittant pas de l'oeil, et elle n'a pas demandé à sortir. Petit à petit elle a repris confiance, je l'ai aidé. Elle est restée bien plus craintive que dans sa jeunesse.

A la naissance de Lumineux elle a laissé sa place de fille ainée, mais surveillait le bébé, m'appelait quand il pleurait et que je n'arrivais pas assez vite.

Puis elle s'est mise à m'attaquer quand je criais, ou quand je riais avec les enfants excités : elle ne supporte pas les cris et bruits trop forts et elle me saute sur la jambe, oreilles en arrière, l'oeil courroucé.

Elle ne supporte pas non plus qu'on parte sans elle et me l'a fait comprendre un jour où je venais la récupérer chez mes parents : elle m'a attaqué alors que je pliais la tente, parce qu'elle venait de sentir qu'on avait dormi dedans, sans elle !

Depuis nous l'amenons partout avec nous, et elle descend même sur les aires d'autoroute : je lui dit quand on repart et elle s'installe dans sa caisse. Maisons amies, campings, hôtel, camping car, elle a tout testé avec nous.

Maintenant je lui ronronne que c'est ma panthère-noire-qui-n'a-qu'un-oeil, ma belle et ma féline-câline, elle me frotte le nez avec le coin de sa bouche, et mes garçons rétorquent « non, c'est MA belle ! » et « non, miaou MOI ! ».

Parfois je pense à l'importance qu'elle a pris dans nos vies, à sa longévité et à la douleur des garçons quand elle mourra. ça m'évite de penser à ma peine à moi. Mais ce qui est sûr, c'est que lorsqu'elle n'est pas là elle nous manque.

Cet été on avait tous décidé de la laisser chez mes parents pour partir camper, parce que nous ne savions pas si elle pourrait être bien dans ce camping. On l'a descendue du camping car, installée avec ses croquettes, et on lui a dit au revoir. On est partis. 1 km après Lumineux hurlait qu'il ne voulait pas s'en séparer. Il a fallu retourner la chercher. Elle est restée avec nous, m'attendait le soir quand je rentrais de concert. Je ne manque pas de lui expliquer ce qu'on fait, quand on va rentrer, elle passe inaperçue dans la plupart des campings et nous attend toujours. On a même visité la bambouseraie d'Anduze, en la laissant 3 h sur le parking arboré, en lui disant qu'on repartirait le soir. Quand on est revenu elle était à portée d'oreilles.

Je pense très souvent à Ella Maillart, à son séjour en Inde avec sa chatte Ti-Puss et je me dis qu'il est décidément faux qu'un chat soit davantage attaché à son lieu de vie qu'à son humain de référence. Tisha_sur_imprimante.jpg