Parchemins Instantanés

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jeudi 9 avril 2009

La vie à lire et à vivre

La parole écrite me fuit.

Ou plutôt je ne me donne pas le droit de prendre le temps de m'interroger, de libérer mes mots pour les donner à lire.

Je suis dans le printemps, dans les sensations du soleil revenu, reparti, encore là dans mon coeur et dans les feuilles vert tendre des arbres, qui poussent – regarde maman : elles ont grandi ! Il y en a encore d'autres ! Et là des bourgeons !-

 dans l'émerveillement des promenades en draisienne et vélo, des sensations retrouvées de mes jambes qui avancent d'un bon pas. Si longtemps que j'avançais à l'allure de la poussette, ou de l'escargot qui porte son petit sur son dos …. alors que j'aime marcher vite, parce que c'est mon pas, et que ça me permet de voir vite, de penser vite, puis de m'arrêter subitement pour sentir, regarder, observer, photographier.

Et puis je suis dans les idées, les projets, autres que ceux que je devrais mener à bien (je pense à ce désencombrement nécessaire qui m'ennuie, que je fuis). Alors je profite de la vie, je remets en place des idées, je me ré-approprie mes talents pour me sentir de nouveau exister : bricolages, alchimies diverses, nouvelles lubies au lieu d'approfondir ou de peaufiner (mes photos à classer, organiser, travailler, traiter, imprimer, voir en plus grand, projeter, que sais-je ?). Une fuite en avant, une envie de me sentir en projets qui passe par du nouveau, ou d'anciennes idées qui avaient été ensevelies sous de l'urgent et du nécessaire.

Cependant je sais que l'envie est là, qui se faufile à la lecture de textes à d'autres.

Bien contente que le bloc note du désordre soit de nouveau ouvert, et qu'il nous offre tous les billets reclus qui attendaient tapis derrière l'écran noir de son black out contre la loi HADOPI.

Hier soir je me suis laissée à la fois entrainer dans les méandres des liens de Philippe de Jonckheere et dans ses textes et sujets, si proches, parfois, des miens. J'ai senti une correspondance entre ce qu'il écrivait le 28 mars au sujet du cirque de Navacelles, car je connais l'endroit, qui cristallise bien en effet ce passage entre le ressenti de Philippe, enfant, et ce qu'il peut transposer du ressenti futur de ses propres enfants. Ce mouvement entre passé et présent, et futur de nos enfants, que l'on ne peut ressentir que lorsqu'on est parent et, je crois, lorsqu'on est proche de ses enfants, de leur vie, de leurs humeurs, de leurs sensations et de leurs ressentis, de leur compréhension du monde. Aussi lorsqu'on est proche de nos propres sensations d'enfants, que l'on peut les revivre en voyant ses propres enfants évoluer.

Je me suis sentie proche de lui lorsque le 5 mars il explique comment il photographie en conduisant : je fais pareil ! À la différence que mon véhicule me permet de garder mon appareil sur mes cuisses, posé, ou dans mon sac tout proche.

Quand, le 1er mars il se demande s'il n'a pas réinventé le cinéma en prenant des photos par séries, je le suis, je pense de même : pour moi le mode numérique permet, mieux que l'argentique, de fonctionner par séries parfois rapides qui s'apparentent à des vidéos, des courts récits, des mouvements qui se construisent.

Je le remercie d'avoir mis en mots une impression, des pensées fugaces lorsqu'il évoque ce Trompe la mort qui l'empêche de pester quand il a oublié ses clefs ou une autre bricole qui le met en retard, le 25 février.

Je suis aussi éberluée de savoir qu'il est un sauvage, comme je le suis moi-même, et comme il le raconte, avec des mots et sentiments plus fouillés que les miens. En effet, Philippe de Jonckheere est un sauvage (le 27 mars), comme moi je peux dire « et alors ? » ou bien « So what ? » en entendant la trompette de Miles Davies. Parce qu'il ne se sent aucune affinité avec les groupes de personnes qui ont partagé son existence, en partie, lorsqu'il était au lycée. De la même manière je me suis interrogée sur ces personnes qui ressurgissent de mon passé et qui ne m'évoquent rien, que je fuis même. J'ai lu dans ce billet le pendant de ce que je ressens. Je me suis dit que c'était peut-être ça le miracle d'internet : les sauvages qui écrivent et photographient peuvent ainsi se reconnaître, et assouvir leur besoin de se sentir humains et sociables, sans passer par la case : parler de la pluie et du beau temps avec leurs pairs...

J'ai lu enfin le texte en mémoire de son frère disparu, et, un creux à l'estomac, eu envie d'en écrire un au sujet d'une personne qui me manque, d'autant plus que sa soeur est atteinte (à 78 ans) d'un cancer de la lymphe -ça se rapproche, pouvons-nous dire en pensant que nos parents seront les prochains- je veux dire que ce texte est en construction, un bout dans le cerveau, un autre dans les tripes, mais qu'il est encore retenu, qu'il me manque seulement de m'octroyer le droit de m'asseoir pour commencer à fouiller à l'intérieur de moi.

Au lieu de ça, j'ai répondu à l'appel d'Humain qui me disait de venir voir un film. Un fort beau film que L'heure d'été, d'Olivier Assayas , qui commence par l'anniversaire de la mère (75 ans), une mise en préambule du sujet, avec les enfants qui ne veulent pas bien voir encore qu'elle prépare sa mort, et puis sa mort et comment chacun des enfants réagit. On le voit, je ne quittais pas le sujet, qui rode.

La vie, quoi.

Au lieu de ça, je continue à prendre des photos et à voir la vie avec les yeux de mes enfants.

mercredi 14 janvier 2009

Vivre le moment présent

Ne pas se sentir vivant entièrement parce qu'on pense à écrire

J'aime cet état pour ma part.

Me sentir dissociée parfois, pouvoir me reconnecter et me déconnecter, sentir que j'ai un débordement de mots qui ne demandent qu'à se laisser glisser sur du papier/un écran.

Je regarde alors la réalité comme au travers du prisme d'un appareil photo : c'est toujours la réalité, c'est toujours moi derrière, je peux choisir d'ouvrir les 2 yeux et de regarder sans déclencher.

C'est un peu comme quand j'écoute un concert : j'entre dans la musique, et je suis mieux si je ferme les yeux, parce que la vision des musiciens, de l'interaction entre leurs complicités, l'observation de leurs visages, mains, physiques, postures, peut m'empêcher de bien entendre et ressentir. Il m'a fallu du temps, lorsque j'ai commencé de prendre des photos de concert, pour m'acclimater avec ces 2 versants de la musique. Et maintenant je ne saurais m'en passer : il me faut observer les êtres humains en écoutant la musique qu'ils m'offrent.

Tous mes sens sont ainsi renseignés, et mes perceptions se nourrissent l'une l'autre, sont plus riches.

De la même façon, quand je conduis, je peux faire naître des mots, des phrases qui sont nourries des images mouvantes que je traverse. Et quand je pense à un texte, à des moments que je voudrais écrire, alors que je vaque à d'autres occupations, que je ne peux pas arrêter, je me sens riche de cette autre vie qui circule en moi.

C'est proche d'une sorte de méditation qui ferait sa vie seule dans mon cerveau. Ça m'arrive par exemple en faisant une activité répétitive qui ne requiert pas toute mon attention intellectuelle : vaisselle, ménage, peinture, etc. C'est à ce moment que peuvent naître des idées, des solutions que je n'avais pas envisagées.

Ou alors dans un demi sommeil, lorsque j'endors mes enfants et que je me couche avec eux, mettant ma respiration au grand calme pour qu'ils puissent se mettre au diapason. Naissent alors des images non verbales ou des lambeaux de phrases, des idées ou impressions.... que parfois j'oublie, mais qui restent souvent et me nourrissent.

Mais pour moi, je me sens quand même entièrement présente au monde quand je pense à l'écrire...

jeudi 8 janvier 2009

Tissu de temps sensible

Mon amie Aigue Marine vit loin de moi et nous communiquons depuis longtemps par mail ou texto, ou encore par téléphone ou cartes postales papier. Elle a eu un problème de santé il y a peu.

Maintenant, quand je n'ai pas de tes nouvelles pendant une semaine une inquiétude sourd en moi... un coin de ma tête t'imagine évanouie quelque part, blessée, trop fatiguée pour bouger... tant que je ne t'ai pas vue peut-être ? Ou senti ta force de vie ? Ou vu tes yeux me dire que tu avais vraiment passé ce cap et que tu allais bien ?

En fait je doute de moi et j'ai peur de ne pas sentir si tu es mal, parce qu'au moment où tu étais à l'hôpital je n'étais pas en phase avec toi, j'étais seulement emmêlée dans mes emmerdements quotidiens si minimes au regard de ce qui t'arrivait.

Et puis je t'ai envoyé ce colis, avec un foulard de pashmina et soie pour que tu aies chaud dans l'hiver du continent, des gourmandises faites maison pour que tu penses à moi avec tes papilles (et que tu te régales).

Et ce texte retrouvé incidemment, relu en diagonale mais que je trouve toujours bon. Sans parvenir à savoir si c'est parce qu'il parle de ma vie et d'une période sensible, ou si c'est vraiment, littérairement, un texte qui se lit avec plaisir, dont on a envie de connaître la suite.

Voilà ce que c'est d'avoir une amie professeur de littérature.... On lui fourgue comme cadeau un quasi monologue de 30 pages sur ordinateur, rempli d'interrogations et de colère, et d'amour, et de réflexions, et de doutes. Les faits dont je parle sont éludés, il y a juste de quoi comprendre de quoi je parle, à qui je parle.

Et le retrouver m'a mis un coup à l'estomac.

Je le trouve bon. J'ai l'impression qu'il est représentatif de ce que j'ai vécu mais encore aussi d'un état qui peut être universel. Alors je me pose la question de savoir si je trouve ce texte bon parce qu'il a été écrit avec mes tripes, et que je suis encore capable de ressentir ces sentiments rien qu'en les lisant, parce que j'y sens un courant, une nostalgie de ce que j'ai été et que j'aurais pu devenir, ce que j'ai choisi de laisser.... parce que quand même..... à peine lues, en diagonale, j'ai pu revivre ces moments, j'étais de nouveau dans les affres que j'avais déjà connues en écrivant.

Ou si c'est parce que, réellement, ces mots peuvent toucher d'autres personnes.

Comment savoir ?

Du coup je commence à pouvoir ressentir encore ce désir, ce vertige que me procure l'écriture libre. Je veux dire qu'explorer mes sentiments, tenter de les exprimer au plus juste et dans l'instantanéité m'entraine au plus profond de moi. Est-ce une sorte de plongée qui est tout à fait personnelle et donc n'intéresserait qu'un travailleur de l'esprit (psy quelque chose) ? Est-ce un travail d'écriture qui, à ce titre, peut intéresser, parler, illustrer des sentiments et sensations que d'autres peuvent ressentir aussi ?

Depuis ce temps (20 ans) mon écriture n'est pas forcément devenue plus précise lorsque j'explique un sujet technique. Je m'y efforce. Je peux organiser un texte, une lettre, un dossier, un mémoire. Mais pour moi ce n'est pas de l'écriture vivante, au sens où je n'y trouve rien de personnel, de libre, de sensible. Ecrire un document est utilitaire, explicatif, démonstratif. Ecrire à quelqu'un, ne fut-ce qu'à moi-même, traduit davantage de moi, met en jeu des sentiments et sensations, fait apparaître l'humain dans l'instantané.

Juste des considérations sur les différentes facettes de l'écriture, ses rôles et ses vertus. C'est un outil, un vecteur. Je suis seulement très sensible à cette qualité de ce texte : le fait qu'il puisse me replonger dans ce passé, dans mes émotions passées et vécues qui resurgissent. Et il n'a de valeur que pour mon histoire personnelle, mon parcours, mon ego.

J'ai un peu peur de t'avoir assommée avec ça, de t'avoir envoyé une patate chaude, un truc avec lequel tu ne sauras que faire, parce que c'est trop intime et que ça me concerne.

J'ai choisi à ce moment-là. J'ai continué ma voie, et j'en ai été meurtrie au moins 2 années après, dans le fond, déprimée, à cause de la fac, à cause de ce choix. Mais pourtant cette dichotomie m'habite toujours, entre la vie qu'on mène et celle qu'on aurait pu vivre si le choix avait été différent à un carrefour de la vie. Je crois cependant que c'est de l'histoire ancienne. C'est du moins ce que j'ai pensé quand j'ai remis les yeux dessus. C'est seulement un questionnement littéraire que je me fais. Je n'ai aucunement envie de changer de vie.

Pour en revenir à ce texte, j'attends ton avis. Après étalage, plutôt dans la retenue quand même, de mes tripes...

Je ne voudrais pas que tu te sentes gênée parce que je te confie une partie de ma vie qui aurait dû rester dans l'ombre, très intime et personnelle. C'est parce que j'ai vraiment le sentiment que la façon dont les mots sont sortis peut passer la barrière de l'intime et devenir une sorte de photographie d'un moment universel. Mais je me fourvoie peut-être, par excès d'orgueil, parce que ce que j'ai écrit était un exutoire tellement important pour moi à ce moment-là, et que j'ai l'impression que le texte en garde encore la trace, la colère et le questionnement. C'est pour cela que je voulais ton avis.

Evidemment je l'attends avec grande impatience.

Mais je comprendrais aussi que tu ne dises pas grand chose, parce qu'il n'y a pas de jugement à apporter à ce tissu de temps sensible.

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