Voyager
Par Lyjazz le mardi 18 mai 2010, 02:07 - Jeux - Lien permanent
Je cours, je cours, je composte et je suis sur le quai. Je cherche le n° de la voie, je me rends compte que j'ai le temps de chercher au sol le n° de ma voiture. Le train est annoncé, on l'entend, il arrive et file puis s'arrête dans un grincement métallique. Les portes s'ouvrent. J'ai eu le temps de prendre des photos. Des autres passagers. Du train.
Il y a comme une connivence et une retenue entre ces personnes et moi.
Nous allons tous passer la nuit ensemble dans le tangage et le roulis, dans le tatac tatoum des essieux sur les rails, dans le confort relatif et le cocon de nos couchettes standardisées.
J'imagine la vie de ces gens : cadre dynamique qui rentre chez lui ? Mère de famille ? Retraité qui part en visite ? Les énergies subtiles se croisent et les regards sont tournés vers le mur plutôt que vers les autres. L'heure est propice au retrait sur soi plutôt qu'au partage. Les lumières s'éteignent.
Je regrette un peu les vieilles voitures et leur fenêtre à guillotine, leur inscription sur plaque métallique : e pericoloso sporgersi.
C'était comme un appel au voyage, un appel à l'ouverture.
Ça donnait bien entendu envie de se pencher au-dehors. Pour voir arriver le train suivant ou celui qui nous croisait. Pour regarder le quai, la ville, la gare, d'un autre point de vue. Pour se montrer. Pour sentir l'air moite et sale de la gare, qui avait un goût de départ et d'ailleurs.
Je suis partie bien des fois déjà. Enfant, en groupe, pour des séjours en montagne ou au bord de la mer. Plus tard j'ai traversé la France, toujours en groupe, pour aller découvrir l'Angleterre, via Paris, le ferry. Dans l'excitation de l'inconnu qui appelle et qui nous fait vibrer, nous empêche de dormir, nous pousse à parler, lire, observer, s'interroger pendant toutes ces heures.
Il m'est arrivé ensuite de traverser la France en voiture et de rentrer en train de nuit après une journée d'aventure et de rencontre.
Et puis de faire l'inverse : aller à Paris en train et rentrer en camion, seule à bord, dans le soleil et la découverte du véhicule, faire mon tour de France, du sud ouest à Paris, de Paris en Arles, d'Arles au sud ouest. En deux jours. Jubilation de se sentir vivante, dans le soleil et la solitude. Mon sac en bandoulière, dans une ville inconnue, prête à tout, visage tournée vers le ciel et les yeux clos comme un chat ronronnant, profitant de la douceur de l'air sur ma peau.
Comme maintenant, démarrant une nouvelle vie à New York.

Elle me hante, elle me crispe, elle m'obnubile et m'hypnotise depuis des années, depuis mes premiers Woody Allen et plus tard les Paul Auster. Une vision renouvelée de cette ville, que je veux vivre et sentir, observer et mémoriser.
Je ferme les yeux.
J'y suis. Je viens d'arriver.
C'est mon premier pas sur ce chemin.
Que me réserve-t-il ?
ooo
Ceci est ma participation au diptyque d'Akynou. La photo dont il fallait créer l'histoire est de Jonas Cuenin (très prometteur !)
Commentaires
Tu te rappelles la chanson,
"j'ai rêvé New York, j'ai rêvé New York, New York city sur Hudson"
Oh oui !
C'est tout à fait ça !
J'aime beaucoup.