Une entrée dans ma bibliothèque
Par Lyjazz le mercredi 12 novembre 2008, 01:42 - Bibliothèque - Lien permanent
Divagations.
J'ai un jour rencontré les livres d'Ella Maillart : je les collectionne (écrire sur Ella Maillart) croisement de mes passions : photo, écriture, voyages, montagne, solitude et Femme. Je la mets de côté, elle est hors jeu, c'est une femme exceptionnelle.
Tous les livres de John Irving : verve et invention du monde selon Garp, gratitude qui continue devant le métier de cet homme, mais ce qu'il écrit me touche moins. C'est une partie de ma vie cependant, je lui garde une tendresse, une gratitude.
Maintenant, ce que j'aime ce sont les livres de Haruki Murakami. Finesse de touches, onirisme et poésie du quotidien à la japonaise, et puis Jazz et Japon. Difficile à décrire, il faut aller le lire, y entrer. Ou pas.
Un jour j'aurais tous les DVD de Hayao Miyazaki : positif, esprit japonais (qu'y mettre dedans ?), beaux dessins, personnages récurrents, histoires qui sont peuplées de ses passions, de sa vie. C'est comme cela que je comprends une oeuvre : mêler de soi à la vie qui va, mais aussi travailler dans sa propre chronologie, reprendre contact avec ses envies et aspirations d'enfance pour les garder fraiches, ne pas faire l'impasse sur les blessures et en tirer un terreau universel. Ce ne sont pas des livres, mais j'y trouve autant de profondeur, même après plusieurs passages sur mon écran.
Mon 3ème japonais c'est Jiro Taniguchi, auteur de manga découvert en 2005, grâce aux 5 tomes du Sommet des Dieux. La montagne, la photo, la quête, des dessins somptueux de détails, un noir et blanc qui colle au sujet excellemment. Tous ses autres mangas sont superbes et même accessibles aux enfants comme La montagne magique que j'ai lu à mon fils alors qu'il avait 4 ans.
A un moment j'ai eu envie d'avoir des livres beaux : Marguerite Yourcenar en Pleiade, que je n'ouvre jamais. J'aime le garder, savoir que je l'ai. C'est une sorte d'hommage postmortem par l'achat. Un peu trop matériel. Mais en y pensant bien, c'est un pas vers davantage de simplicité : quand j'ai acheté cet exemplaire de Yourcenar je me suis dit que ça m'éviterait d'avoir tous ses livres en poche, qui prenaient de la place, et j'ai offert mes exemplaires de livres de poche à des proches qui partageaient ce plaisir de lecture.
Des citations et phrases que j'aime : des carnets, des cahiers, des agendas remplis de citations tirées des bouquins que j'ai aimé, dans lesquels j'ai trouvé des mots et des paragraphes entiers qui me parlaient, reflétaient ma vie d'alors ou simplement mes pensées et sentiments les plus intimes qui ne pouvaient pas s'exprimer.
Cela me fait penser à tous ces écrivains qui sont passés dans ma vie et auxquels je garde une gratitude permanente, une pensée émue, parce qu'ils m'ont permis à ce moment de sentir que je n'étais pas seule à ressentir ce que je ressentais. Mircea Eliade dans ses romans et carnets (le roman de l'adolescent myope; les promesses de l'equinoxe; Gaudeamus; Fragments d'un journal; la lumière qui s'éteint; la nuit bengali)
Des poètes aussi : Baudelaire, Rimbaud, Prévert, Char, André Velter. Et même un surréaliste : André Breton, dont j'ai déjà parlé ici. Mais je ne suis même pas sûre de l'avoir encore....
Des livres de photo, qui reflètent ma passion, mais ne peuvent traduire tout ce que j'aime en photo, tout ce qu'il me reste à découvrir. Je préfère aller voir des expositions quand je peux. Et sur la toile je peux aussi voir de belles images facilement. Jean Dieuzaide, Guy le Querrec m'accompagnent quand même.
Il m'est arrivé de penser que ma bibliothèque pourrait représenter mes aspirations, mes sentiments, donner une sorte d'instantané de mon état intérieur. J'avais d'ailleurs un peu peur de ça quand des connaissances regardaient les titres de mes bouquins lors d'une visite. Mais ce n'est pas vrai : j'ai des livres que je n'ai pas lu, ou que je n'ai pas terminés; et j'ai lu des livres qui ne sont pas sur mes étagères et qui sont très importants pour moi. Souvent je les ai prêtés et ils ne sont jamais revenus.
Mes étagères comportent beaucoup de livres de poche, parfois dans de vieilles éditions, et j'aime parfois qu'elles restent ainsi, parce que je me dis que mes enfants pourront en sentir l'odeur, pourront y piocher et humer, feuilleter, hésiter, puis plonger dans les pages. En fait c'est un souvenir d'enfance : j'ai en moi l'odeur et l'atmosphère de moments de calme et de vacuité de l'été chez ma tante dans l'Ariège, quand je tournais autour des livres, promesse d'heures de volupté sur la terrasse ou sur les murs de pierre, vestiges du vieux château de Tarascon. A d'autres heures je grimpais, courais dans la montagne et admirais les couleurs, les lumières, faisais corps avec l'instant présent. Je me souviens aussi des relectures que je faisais parce que je m'ennuyais tellement qu'il fallait que je me résolve à relire encore Les enfants du Capitaine Grant par exemple. Cette fois j'étais coincée chez moi, loin de toute bibliothèque ou de tout bouquiniste, pendant ses heures où les garçons jouaient à des jeux pour lesquels je n'avais pas envie de les suivre, parce que la charnière entre nos jeux d'enfants et ceux adolescents étaient en train de se faire ...
Souvent j'ai acheté des livres pour l'effet qu'ils m'ont fait, après les avoir empruntés à la bibliothèque, en me disant que je prendrais plaisir à les relire : mais ce jour-là viendra-t-il ? Je suis prise dans la spirale du temps, de mes enfants qui continuent de me pousser vers l'avant, le présent et le futur, comme je l'étais déjà sans eux, où je n'avais de cesse de chercher le livre, le film, le spectacle qui me plairait dans les dernières parutions. Alors pourquoi ne pas faire du vide, cesser de s'encombrer, aller vers davantage de simplicité pour laisser le champ de l'appartement libre pour leurs passions, leurs envies, leurs essais... ne garder que le minimum, ce qui est la promesse de créations nouvelles....
Commentaires
Oui, je te comprends... nos impressions passées face à leur tumulte sain tourné vers le présent et le futur... je t'envie tes escalades en montagne et tes lectures enfant. Je te rejoins surement sur Maillart, Eliade je ne l'avais lu qu'en socio...
mais j'adore TAniguchi, Miyasaki bien sûr... une petite intertextualité par chez toi me semble plein de promesses