Un réveil exalté
Par Lyjazz le mercredi 21 janvier 2009, 18:52 - Jeux - Lien permanent
Je me suis réveillée la bouche pâteuse, un horrible sentiment de fierté pointant dans le cœur, un rire sardonique. J’ai ouvert mes volets violemment. Ils se sont abattus sur le mur puis m’ont claqué dans la gueule dans un retour à l’expéditeur digne du meilleur des boomerangs.
Mais comme j'avais vu le coup venir (et que j'ai été goal au hand ball) je les ai retenus les bras tendus, pour les remettre sur le mur et les attacher fermement.
Mes yeux jetaient des étincelles, mon sang battait fort fort dans ma tête, mais j'étais fière de l'avoir fait, enfin !
Et tellement heureuse que je ne sentais plus ma force physique....
Et je voulais recommencer, je voulais y retourner, je voulais savoir si la première fois avait été juste un essai transformé par la chance, ou bien si j'avais maitrisé le processus du début à la fin.
Mais d'abord il fallait que je donne le change, que personne ne sache qu'enfin, je pouvais devenir invisible à volonté !
J'ai vérifié que ma fiole de potion était bien rangée dans le frigo, derrière les hydrolats et le liniment oléo calcaire, derrière les pellicules noir et blanc de mon appareil photo et les autres potions (pour le psoriasis, pour le mal de tête, etc).
Vite, vite, à la salle de bain racler ma langue pour déloger cette couche pâteuse.... c'est un inconvénient de cette potion, les ingrédients utilisés laissent la bouche pâteuse...
J'ai vite bu un verre de lait d'amandes et croqué des dattes, une poire, un kiwi, une banane. Après ma journée de jeûne il fallait que je recommence à m'alimenter de façon douce, mais j'avais besoin d'énergie pour mener à bien mes expériences.
Et puis j'ai vite organisé ma journée pour obtenir 2h de solitude. Il me fallait ce laps de temps pour réitérer mon expérience.
Une fois sûre que les enfants pourraient passer un bon moment avec leur père à la ludothèque et que personne ne s'inquièterait de moi....
J'ai commencé par éteindre mon téléphone portable- quoique j'aurais bien aimé savoir dans quel monde il aurait fonctionné- mais ce n'était pas le plus important. Puis je me suis habillée : Robe noire, chapeau, bottines souples, à mon habitude pour sortir. J'ai versé mes gouttes de potion dans le jus de myrtilles et je l'ai mise dans une petite flasque.
Mon sac contenait mon appareil photo, mon calepin pour noter mes observations et ressentis, pour le prochain cours à l'école des sorciers.
J'ai marché, pris le bus et encore marché. Je ne voulais pas utiliser un moyen de transport magique , et cette fois ma chatte ne m'a pas accompagnée : elle avait une mission et devait me ramener un mulot encore vivant (j'avais besoin de sa salive) pour ma prochaine potion.
Il fallait que je parvienne à la sortie de la ville, au panneau indiquant la fin de l'agglomération.
Une centaine de mètres avant, j'ai pu me glisser dans un petit bois pour avaler le contenu de ma flasque seule, sans être vue. En communion avec la nature, dans les odeurs d'humus, en touchant la rugosité d'un chêne. Aaargh ! Un peu âcre quand même, et râpeuse cette potion d'invisibilité !
Près du panneau indiquant l'entrée et la sortie de Pau, j'ai fait la manipulation prescrite et ….....
je me suis retrouvée devant le panneau à l'entrée de Marciac !
Pas en janvier, non, mais au mois d'août, pendant le festival !
J'avais choisi le concert que j'avais raté : celui de John Zorn, Dave Douglas et Uri Caine, le lundi 4.
Il faisait chaud et il y avait foule, comme toujours aux abords du chapiteau. J'ai pris par derrière, à mon habitude, pour entrer près de la scène, côté tribunes. Et j'ai pu prendre toutes les photos que j'ai voulu, grâce au morceau de cape d'invisibilité que j'avais acheté sur le Chemin de Traverse, dans la boutique Les Embrumes.
La soirée s'est étirée jusqu'à 2h du matin, heure du Festival. Un superbe concert : comme à son habitude John Zorn exalte le public de Marciac, et celui-ci est vraiment très réactif et à l'écoute.
En étant près de la scène et en prenant des photos je peux observer les musiciens et leurs intéractions, l'intimité qu'ils créent entre eux étant la plus forte intimité connue entre deux personnes.
Il est bien connu que dans la formation de sorcier est incluse cette thérapie musicale (le genre de musique est au choix de chacun, mais cela façonne des types de sorciers différents selon qu'ils écoutent du Rock, du Rap, de la musique classique ou du Jazz, etc).
Car « la mémoire musicale est sans doute un des réseaux les plus étendus et les plus résistants de notre cerveau . C'est pour cette raison que les thérapies musicales sont efficaces. Elles ont accès à une partie immergée de notre psyché, où la mémoire, l'émotion et l'identité s'entremêlent.» selon Oliver Sacks.
Les sorciers sont donc obligés de travailler une partie de leur temps en rapport avec la musique, pour comprendre davantage les personnes qui viennent leur demander des potions et des philtres; aussi pour mieux travailler entre eux.
Puis je suis revenue à Pau par le même chemin. Et j'étais en ville 2h après mon départ.
Saoûle de fatigue (et non de floc) après cet effort.
Ma panthère-qui-n'a-qu'un-oeil m'avait bien ramené un mulot, je l'ai subtilisé le temps de lui faire cracher un peu de salive dans une fiole, puis je l'ai rendu à ma féline préférée : elle avait bien gagné un peu de viande fraiche !
Ce soir c'est Mavie qui a choisi l'amorce du grain 9 (le dernier) du sablier givré.
Commentaires
Comme quoi, on ne le dit pas assez, mais pour être sorcier il faut apprendre à écouter la musique...
Et oui, la musique est partout, dans tous les corps de métier !
ah la la, john zorn...
