Il a fallu 16 ans et un projet à tiroirs pour qu'on déménage dans notre actuel F4, derrière le cimetière, avec un coin vert au fond du parking. Et là j'ai vu que c'était possible !

Une jeune fille descendait sa chatte tous les matins avant de partir travailler. La minette l'attendait le soir à son retour, perchée sur l'une ou l'autre des voitures au soleil.

Au même moment, en visite chez des copains, je constate que leur chatte, une fine greffière blanche, a le ventre bien rond. Ben oui me disent-ils... Prenant mon élan j'ai rétorqué : «  si elle a une chatte fine comme elle mais foncée, quasi noire, je vous la prend ». Ce qui fut fait en octobre 2001 : j'ai pu assister aux naissances en échiquier de cette portée noire et blanche alternativement, et choisir celle qui me plaisait.

Un voyage plus tard nous ramenions notre chatte chez nous.

Petite féline perchée sur nos épaules, qui dormait avec nous et m'a pris pour sa maman.

Je lui ai appris à répondre à son nom, à descendre l'escalier à ma suite, à prendre l'ascenseur, à aller se promener dans le cimetière. J'ai même trouvé un itinéraire taillé au sécateur pour entrer dans le cimetière, tandis qu'elle m'attendait sur le mur de pierres, et nous allions nous promener ensemble parmi les tombes. Une vraie chatte de sorcière...

Elle a eu un accident vers ses 7 mois, nous l'avons retrouvée après 1 h de recherche, guidés parfois par ses miaulements rauques de douleur, sous un crachin de mai, à mon retour de ma première échographie, le côté de la tête amoché et un oeil exhorbité. Appel en urgence chez le vétérinaire, qui n'a pas pu sauver l'oeil.

Ma_panthere_qui_n_a_qu_un_oeil.jpg Pendant les 15 jours suivants, en convalescence, elle m'a suivi partout dans l'appartement, s'installant sur moi ou tout à côté, ne me quittant pas de l'oeil, et elle n'a pas demandé à sortir. Petit à petit elle a repris confiance, je l'ai aidé. Elle est restée bien plus craintive que dans sa jeunesse.

A la naissance de Lumineux elle a laissé sa place de fille ainée, mais surveillait le bébé, m'appelait quand il pleurait et que je n'arrivais pas assez vite.

Puis elle s'est mise à m'attaquer quand je criais, ou quand je riais avec les enfants excités : elle ne supporte pas les cris et bruits trop forts et elle me saute sur la jambe, oreilles en arrière, l'oeil courroucé.

Elle ne supporte pas non plus qu'on parte sans elle et me l'a fait comprendre un jour où je venais la récupérer chez mes parents : elle m'a attaqué alors que je pliais la tente, parce qu'elle venait de sentir qu'on avait dormi dedans, sans elle !

Depuis nous l'amenons partout avec nous, et elle descend même sur les aires d'autoroute : je lui dit quand on repart et elle s'installe dans sa caisse. Maisons amies, campings, hôtel, camping car, elle a tout testé avec nous.

Maintenant je lui ronronne que c'est ma panthère-noire-qui-n'a-qu'un-oeil, ma belle et ma féline-câline, elle me frotte le nez avec le coin de sa bouche, et mes garçons rétorquent « non, c'est MA belle ! » et « non, miaou MOI ! ».

Parfois je pense à l'importance qu'elle a pris dans nos vies, à sa longévité et à la douleur des garçons quand elle mourra. ça m'évite de penser à ma peine à moi. Mais ce qui est sûr, c'est que lorsqu'elle n'est pas là elle nous manque.

Cet été on avait tous décidé de la laisser chez mes parents pour partir camper, parce que nous ne savions pas si elle pourrait être bien dans ce camping. On l'a descendue du camping car, installée avec ses croquettes, et on lui a dit au revoir. On est partis. 1 km après Lumineux hurlait qu'il ne voulait pas s'en séparer. Il a fallu retourner la chercher. Elle est restée avec nous, m'attendait le soir quand je rentrais de concert. Je ne manque pas de lui expliquer ce qu'on fait, quand on va rentrer, elle passe inaperçue dans la plupart des campings et nous attend toujours. On a même visité la bambouseraie d'Anduze, en la laissant 3 h sur le parking arboré, en lui disant qu'on repartirait le soir. Quand on est revenu elle était à portée d'oreilles.

Je pense très souvent à Ella Maillart, à son séjour en Inde avec sa chatte Ti-Puss et je me dis qu'il est décidément faux qu'un chat soit davantage attaché à son lieu de vie qu'à son humain de référence. Tisha_sur_imprimante.jpg