Semaine 49 : VSD et savon tibétain
Par Lyjazz le dimanche 6 décembre 2009, 18:43 - 366 réels à prise rapide, de Raymond Queneau - Lien permanent
4 décembre
aujourd'hui jeu de société partant d'une case départ
Je pioche le jeu de la vie.
La case départ étant la naissance en 1924, en Espagne, de mon oncle, la case d'arrivée sa mort à Pamiers la semaine dernière.
Je viens de parler une petite heure avec mes parents, de leur histoire, des aléas de la vie en temps de guerre, des caractères de ces personnages qui furent ou qui sont ma famille.
L'éclairage est différent aujourd'hui, moins passionné qu'il y a 15ans, quand mon père voulait à tout prix nous expliquer son épopée personnelle, qu'il revivait en parlant.
Assombri par le décès de son frère ainé, très lucide sur ce parcours de vie inextricablement mêlé à celui de sa famille et sur le regard qu'il porte lui-même sur sa propre vie et son parcours en regard de celui de son frère.
J'ai vite pris un calepin et un stylo. Mais je pense que l'utilisation d'un dictaphone pourra me permettre de récupérer au mieux ces bribes d'histoire familiale, tout en participant activement pour recadrer, parfois, leurs paroles qui s'emballent et leurs discours décousus.
Si vous avez des conseils à me donner au sujet de l'enregistrement des paroles familiales, je suis preneuse.
ooo
5 décembre
aujourd'hui masques et attitudes
J'avance à découvert, je ne me masque pas.
Ou alors ceux qui ne me connaissent pas voient en moi un masque parce qu'ils ne comprennent pas mon cheminement. Ou qu'il est tellement loin du leur.
Ne pas offrir des jouets, objets, sans âme. Rester dans le fait main et le fait maison. Voir que cela suscite questions et interrogations et admiration.
Donner de moi.
C'est une attitude.
ooo
6 décembre
aujourd'hui un secret
celui du rouge en savonnerie.
Plusieurs savonnières le cherchent. Il paraîtrait que ce soit une sorte de mythe. Sauf que, en débutante naïve et intrépide, j'ai trouvé une façon de le faire, à mon premier savon. A l'aide de la poudre de coquelicot.
J'ai donc recommencé pour bien vérifier que ce n'était pas un hasard. Ben non.
Et j'ai même lu, sous la plume de Moune (en commentaire), qu'on pouvait obtenir avec de la poudre de rhubarbe un rouge bordeaux.
Ni une ni deux, j'ai tenté un savon tibétain : jaune orangé et bordeaux, parce que ce sont mes couleurs.
Dans le même temps je cherchais comment obtenir un savon bien parfumé sans utiliser trop d'huiles essentielles.
J'avais déjà fait une approche avec des épices. Et j'en parlerais plus tard...
Cette fois j'ai essayé en utilisant peu d'HE sur d'autres supports.
Savon tibétain

Pour le premier batch
31% coco = 186g
27% palme = 162g
25% olive = 152g
16% sésame = 100g
187g kombucha + 2 glaçons de lait de coco + 2 glaçons jus de carotte/pomme (clair) = 196g de liquide
84g de soude
J'ai fait fondre les beurres, puis rajouté les huiles et la poudre de rhubarbe (2 cc)
A la trace j'ai rajouté mon mélange parfumé :
3 batons d'encens tibétain pilés,
1 c à moka poudre de miel
1 c à moka poudre de soie
3 cc d'extrait HG de rose
10 gttes de TM de sang dragon
HE benjoin 30 gttes
encens 30
cèdre 30
élémi 20
bois de rose 10
cryptoméria 10
> cela faisait une pâte que je n'ai pas bien dissoute et c'est ça qui donne les tâches plus foncées dans mon savon.
Pour le deuxième batch
31% coco = 186g
27% palme = 162g
25% olive = 152g
16% carthame = 100g
186 g jus de carotte frais à l'extracteur
84 g de soude
J'ai procédé de la même manière en faisant fondre les beurres puis en rajoutant les huiles.
J'ai mélangé à 45° environ, les 2 batchs en même temps.
Dans le 2ème, à la trace :
Le résidu des poudres santal, iris et rose musquée que j'avais fait macérer dans de la glycérine et que je venais de filtrer.
1 c à moka de poudre de miel
1 c à moka de poudre de soie
2 cc de curcuma en poudre dans les huiles
J'ai ensuite versé alternativement mes deux pâtes, encore liquides, dans un moule à cake et des moules individuels, de manière un peu anarchique, pour obtenir des sortes de volutes qui pourraient (en cherchant bien) rappeler les drapés des robes de moines tibétains.
Le lendemain la couleur était toujours aussi belle. Pas aussi foncée que ce que j'aurais souhaité (la prochaine fois).
L'odeur est fine mais assez présente quand même : il ne sent pas la soude.

Commentaires
salut et bravo, reine du rouge, bon, ici, disons du bordeaux… ce sont vraiment les couleurs du Tibet et j'ai vu que tu n'avais pas hésité à piler de l'encens (tibétain bien sûr!)! Les gouttes de sang de dragon font effectivement du pointillisme , mais c'est très beau. Je ne dirais pas que je suis jalouse mais presque…
et finalement, quel parfum domine?
Bonsoir Ly.
En cette fin de VSD, te voici qui pose des questions difficiles. Comment s'y prendre pour sauver la mémoire de nos pères?
Il y a d'abord la question philosophique du langage. Quel que soit le soin qu'on porte à l'expression, chacun sait que les mots ne peuvent vraiment rendre compte du réel, à supposer qu'on soit capable de donner la définition du réel.
Nous voilà mal partis: la vérité de ton père sera différente de celle de l'oncle, et différente de celle de ceux qui les ont suivis en ce temps là s'ils pouvaient la raconter, et différente encore de celle que tu pourrais comprendre même s'ils s'efforçaient de te la dire exactement sans y ajouter leur part de flou.
Un dictaphone, pourquoi pas? Déjà il faudrait qu'il accepte la présence de cet intrus et s'il l'accepte, qu'il puisse la vivre et l'oublier. Sinon, il aura tôt fait sans le vouloir de se représenter comme sur un théâtre, autant pour lui que pour toi, sans le moindre orgueil pourtant.
Et s'il n'en fait pas une représentation, ce sera pire car il n'aura plus le recul nécessaire, l'émotion le perdra dans les méandres ou la retenue dans les non-dits.
La vérité que tu cherches risque d'y perdre des plumes, au moins autant que si tout se passe à bâtons rompus par un jeu de questions réponses auquel il faudra que ton père se plie et ce ne sera pas le moins difficile, et auquel il faudra que tu te plies et ce ne sera pas le plus facile, avec de longs silences des demi-mots des zéros mots des mots morts et des morts-vivants, qu'il te faudra rassembler, reconstruire, inventer, créer.
Oui, tu auras la rude tâche de créer la vie de ton père, et elle sera probablement plus vraie ainsi que sa vraie vie que lui-même aura déjà déformée, dans son souvenir, dans ses occultations, dans son inconscient, dans ses rêves, dans ses peurs. Tu lui donneras sa vie comme il t'a donné la tienne.
J'ai moi-même inventé la vie de mon père, lui le taiseux dont il fallait extraire les mots un par un, mais quels mots! Et j'ai au plus profond de moi cette étonnante certitude que cette vie inventée est vraie, est la seule qui soit vraie. Je l'ai écrite dans un livre intitulé EPILOGOS, là au fond de mon tiroir, endormi et empoussiéré, mon tiroir à mes livres. Le tome deux de mon grand œuvre.
Conseil du soir, espoir ... Bonsoir, Ly.
@ Venezia
Je n'arrive pas à définir quelle odeur domine. C'est doux et chaud et ne sent ni le propre ni la soude. Il n'a que quelques jours. Je le laisse mûrir encore. Mais même s'il ne sent rien il me plaira quand même. Je n'aurais pas voulu qu'il sente la graisse de lampes à beurre ou la bouse de yack non plus....
Ah le titre de "reine du rouge" me plait bien ....
@ Andrem
Tu soulèves un lièvre que je connais depuis longtemps, tu penses bien.
Cette idée m'a effleurée à peine mes 8 ans faits, et elle m'a tellement habitée que j'ai même fait des études d'Histoire à un moment de ma vie.
Elles ont été endeuillées par la mort de mon grand-père maternel, qui m'a donnée un coup à l'estomac (j'ai déjà raconté ça).
Bon, maintenant que j'ai tout oublié de l'Histoire, pour revenir plus sobrement aux événements tels que mes parents, et son entourage, les ont vécus... Je peux les interroger de façon moins affective, moins chargée.
Dans l'idée de transmettre, de juste noter des bribes, des morceaux, des idées de personnages, des lieux que l'on pourra aller voir et imaginer en d'autres temps.
Dans l'idée que cela ne doit pas se perdre parce c'est une partie de mes fondations, et donc une partie des fondations de mes enfants.
C'est à la fois important pour moi, parce que je sais que c'est une partie de bibliothèque familiale qui peut brûler très vite, et important pour mes enfants, qui sont petits et voient leurs grands-parents bien vieux.
Je suis donc tout à fait consciente que ces souvenirs seront revisités à l'aune des années, et des points de vue. Mes parents en sont conscients aussi. Et en cette fin d'année où les deuils familiaux se rapprochent, ils sentent qu'ils faut parler.
Mon père ne cesse d'interroger les livres et commence à avoir un bon bagage au sujet de la guerre d'Espagne. Je fais confiance à sa vision, dans une certaine mesure.
Et pendant les fêtes je préfère écouter mes parents, oncles et tantes parler de leur histoire que m'émerveiller sur les décorations et cadeaux. Ils ont tous l'habitude de me voir prendre des notes quand je les interroge, mais le tir nourri de 4 voire 6 personnes brouillonnes et prises dans leur tourbillon est bien difficile à noter. M'est avis qu'ils oublieront le dictaphone comme ils oublient le papier et le stylo.
Un livre que je viens de lire et qui m'a bien émue aussi : Plumes d'Ange, de Martin Winckler, au sujet de son père, de son histoire.
Epilogos : c'est un beau titre, ça.... pour une interview de taiseux recréée par son fils au verbe haut et riche...
C'est toujours intéressant cette re-création historique, au moins autant sur les héros que sur celui qui écrit.
Alors si tu le gardes au fond de ton tiroir, c'est que tu n'es pas prêt à te dévoiler ?
Bonjour...
Les histoires...elles sont belles même si elles sont difficiles...
Parfois quand je vois mon comportement et celui des mes frères et soeurs...j'ai l'impression que l'on m'a nommé...pour retourner dans le temps et comprendre...
Après la mort de mon père nous avons retrouvé son journal militaire...personne ne le connaissait...
Tu as la chance de pouvoir les questionner en direct...qu'importe la technique...l'important sont les mots que tu vas entendre...
Je t'embrasse.
C'est bien ce que je me dis : j'ai la chance de pouvoir le faire en direct, pendant qu'ils ont encore toute leur tête.
Et mes enfants peuvent les connaître et entendre déjà un peu de cette histoire.
Alors je compte bien en profiter !
Pas d'experience sur les interviews familiales (mes grands parents paternels ont pris le probleme de la transmission a bras le corps et nous ont offert a chacun un livre sur l'histoire de famille il y a quelques années avec historiques, extraits de lettres, photos. Apres il reste l'indicible, la guerre d'indochine puis d'Algerie...)
Mais un peu d'experience sur l'histoire orale puisque je suis historienne des sciences et que c'est une partie de mon métier. Bien sur qu'à l'age de ton père il y a une "reconstruction", et bien sur qu'il y aura une grosse charge affective pour toi dans cette démarche. Mais choisir un certain type de questions et te mettre en retrait, poser le moins de questions possibles, tolerer les silences longs parce que ce n'est pas qu'ils ont tout dit mais en général qu'ils reflechissent, qu'ils sont immergés dans leur passé, ne pas commenter, ne pas interrompre même si on veut des précisions, on y reviendra plus tard, etc. aide à recuperer un témoignage le plus brut possible.
En général une première série de questions assez large et surtout "ouvertes". Par exemple, ne pas demander "est-ce que tel ou tel evenement (fuite, emigration, etc, il y en a beaucoup en histoire des sciences aussi ;)) vous a fait souffrir/ vous a déraciné" (ou "comment ceci vous a déraciné") comprend déjà un jugement et risque de provoquer un oui/non un peu court. Demander plutot "comment avez vous vécu/ perçu tel ou tel évènement." Eviter les questions fermées est très difficile dans le cours de l'action....S'il pert le fil, lui rappeler juste que vous en etiez à telle période de sa vie, qu'il vient de parler de tel évènement.
Precise lui aussi que tu vas lui poser des questions évidentes/ dont tu connais la reponse ("qu'avez vous fait ensuite", "ou etes vous arrivé") parce que tu veux qu'il raconte lui même le plus possible (il ne faut pas "imposer" de chronologie, il faut les laisser "dérouler", agencer les evènements comme ils le souhaitent).
Et dans un second temps, si ton père et toi pensez que c'est une bonne chose de garder une trace de sa "cofrontation" avec l'histoire (puisqu'il semble lire beaucoup de livres sur la guerre, etc..), il peut y avoir une seconde série de questions ou tu le mets face à l'histoire officielle: "telle ou telle chose, en avais-tu conscience à l'époque ou l'as-tu apprise/ comprise en lisant les livres/les journaux etc. ensuite", "on raconte que tel evenement a été causé par/ a eu pour conséquence, que les gens ont reagi comme ci et comme ça..., qu'en penses-tu?" Il m'arrive par exemple, après les questions "ouvertes," de lire a des scientifiques de j'interviewe, des extraits d'articles pour voir comment ils reagissent à une recontruction de leur propre passé par des inconnus/ professionnels, et même des archives de l'époque pour les mettre face à d"autres versions de l'histoire (s'ils sont ouverts à ce genre d'exercice).
Voila, une bonne tartine bien vague... Et si tu as besoin d'un dictaphone, je peux t'en prêter un après Noel. je ne pense pas en avoir besoin à la maternité
Ton discours n'est pas décousu et je te remercie d'avoir pris le temps de cette réponse qui m'aide bien.
Je garde ces éléments pour m'en souvenir et te répondre plus en détail peut-être.
Là, je suis fatiguée et triste, not in the mood.
La reine rouge! ou reine du rouge, dans tous les cas tu manies fort bien cette palette et ton tibétain avec sa belle robe peut bien soulever les montagnes et se libérer sans voir rouge