Semaine 47 : mercredi et jeudi
Par Lyjazz le vendredi 20 novembre 2009, 00:44 - 366 réels à prise rapide, de Raymond Queneau - Lien permanent
18 novembre
aujourd'hui c'est parfois si simple de
suivre la voie que l'on a choisie.
Mes garçons ont choisi d'aller au centre aéré le mercredi. Discussion ce matin avec la responsable, au sujet de la non scolarisation, ou école à la maison, ou instruction en famille, comme on veut.
Ses enfants sont adolescents. Mais elle voit beaucoup d'enfants entre 3 et 5 ans, et discute avec ses collègues qui s'occupent des enfants plus grands : 6 à 12 ans et davantage.
Comme je lui disais que mon choix était fait pour sauvegarder un rythme de vie en accord avec les capacités et l'âge de mes garçons, avec leur envie d'apprendre ce qu'ils veulent quand ils veulent, elle faisait elle-même des comparaisons avec le rythme scolaire.
Ou plutôt elle me disait que d'une part les parents exerçaient une pression sur leurs enfants, en trouvant correct qu'ils aient des heures de soutien, pas de temps pour jouer ni souffler, ni rêver dans la journée. D'autre part les professeurs ne pouvaient remettre en cause ce travail qu'on leur avait imposé, qui était non négociable. Enfin que les animateurs voyaient bien que les enfants n'avaient pas envie de retourner en classe après la cantine, voyaient bien que les enfants étaient constipés ou/et avaient des infections urinaires parce qu'ils ne pouvaient pas aller aux toilettes quand ils en avaient besoin, étaient formatés.
C'est une vie pas drôle que de rester dans ce cadre.
Tant que je peux préserver la fraîcheur et la liberté de mes enfants, je le ferais.
Je me sens au bon endroit au bon moment.
Et des échanges de ce type, j'en ai de plus en plus souvent je trouve.
-ooo
19 novembre
aujourd'hui une lumière
douce et d'automne, une luminosité charmante de tableau chinois, avec les montagnes dans une brume verte sur l'orangé du soleil qui se couche.

Mais c'était à la fin de la journée, ça.
Au début il y a eu le rendez vous à Buzy, au lavoir, pour rencontrer Louis Espinassous et partir en promenade sur les chemins en sa compagnie. Nous, c'était 13 familles de l'association FZE, qui regroupe des personnes en pleine réflexion, dont plusieurs familles non scolarisantes. Aujourd'hui il y avait aussi une journaliste qui voulait faire un article sur notre association.
Et nous voilà partis en bande désordonnée : 13 mamans dont une enceinte, 1 papa, au moins 25 enfants, dont des tout petits qu'il faut porter.

Faire du chemin, marcher au pas de mon Quatrans qui veut que je le porte, qui voit son frère et les copains courir devant, et grimper, sauter, s'arrêter quand Louis raconte. Ecouter, toutes oreilles cessantes pour saisir le ton, l'ensemble, la voix, l'environnement, les mimiques. Tout comprendre par l'intellect ou par le coeur, les vibrations.

Regarder quand Louis s'arrête pour nous montrer, manipuler, tailler au couteau et fabriquer.

Agir quand Louis plie le jeune chêne pour en faire une balançoire, ou quand il agrippe la liane pour faire faire tarzan à ceux qui veulent, ou les balancer.

Un homme au coeur pur. Les enfants le sentent de suite. Lumineux le vouvoyait et l'appelait Monsieur, tant il sentait le charisme du personnage, son savoir.
Un test pour mes enfants qui n'ont pas l'habitude de marcher et l'ont fait toute l'après midi. Ça y est, je sais qu'on pourra reprendre les promenades en montagne. A condition de s'armer de livres et de savoir suffisamment de choses pour les intéresser en chemin. A nous de potasser !
Pour l'occasion j'ai ressorti mes chaussures de montagne, qui n'avaient pas
fait d'exercice depuis …..plus de 10 ans ? Et dont la semelle s'est
désolidarisée de la chaussure après 3 km
Comme je disais que j'allais
retourner à ma voiture chercher mes autres chaussures de sport, Louis s'est
proposé d'y aller à ma place.
Au retour ce soir et contre toute attente : les enfants étaient galvanisés par cette imprégnation naturelle et n'ont pas dormi dans la voiture, ont mangé avec grand appétit le plat de pâtes proposées, du dessert, ont parlé de la salamandre trouvée dans le lavoir, qui était toute belle....et jaune et noire.
Tiens, ça me fait penser à une histoire que vous connaissez, ça !
Je leur ai donc relu La montagne magique, de Jiro Taniguchi, avant de les pousser à s'allonger pour dormir, enfin !

La journée était donc entièrement consacrée à la nature, jusques et y compris le courrier : le dernier numéro de la Hulotte nous attendait dans la boite aux lettres !
Commentaires
La suppression du samedi matin s'est soldé pour les enfants par des journées plus longues. Nous avons les journées les plus longues des pays développés. Et ce n'est pas bien pour les enfants.
Dans l'école où étaient les filles à PAris, il y avait un aménagement du temps scolaire. LEs enfants n'avaient déjà pas cours le samedi, mais le mercredi matin. Les nournées étaient découpées autrement : longue matinée (jusqu'à 13 h ou 13h30 pour les plus grands), coupée d'une très longue pause (une demi-heure) avec une collation (pain, plus fruit). Une après-midi plus courte, sans récré. Et ça leur convenait très bien. En plus, il y avait deux après-midi ou il n'y avait pas classe mais des activités périscolaires gratuites. Et je peux te dire que les programmes étaient suivis.
depuis que nous sommes ici et que la semaine est passé à quatre jours, elles sont continuellement épuisées. et arrivent aux vacances lessivées. Alors qu'elles ont un jour d'école de moins. Alors les heures de soutien, ça fait lourd. Le seul truc, c'est que ce sont les filles qui me les ont réclamées. Parce qu'elles pouvaient bosser avec l'instit en tout petit groupe et qu'elles se sentaient bien ainsi.
ON fait vraiment tout à l'envers. Au lieu de mettre plus d'enseignants et de faire des classes à petit nombre où chaque enfant pourrait trouver sa place, on sucre des postes et on surcharge des classes. Qu'y a-t-il d'humain à parquer les enfants à 30 par salle pendant tout une journée.
Alors je ne suis pas pour les écoles à domicile, je crois que l'école apporte un réel plus à la très grande majorité des enfants. Mais je comprends les parents qui s'y mettent.
Après, le formatage, c'est vraiment une question d'éducation, où que soient les enfants. Il y a des familles qui sont super douées pour cela aussi et d'autres qui apprennent à leurs mômes la liberté de penser. Ça, c'est pas le rôle de l'école, mais celui des parents. Leur apprendre à résister
Je suis tout à fait d'accord avec toi au sujet des rythmes.
Ici nous sommes département pilote pour la semaine à 4 jours : ça fait plus de 10 ans (voire 15 ?) que les enfants subissent ce régime. Et sont épuisés et malades à chaque période de vacances.
Il y a beaucoup de non sens dans l'organisation des journées des enfants scolarisés.
Si tes filles ont demandé le soutien elles ne le subissent pas, et c'est tout bénéfice pour elles : elles sont actrices de leurs apprentissages.
Je suis d'accord aussi au sujet du formatage, très souvent engendré par la famille. Et je n'imagine pas tes filles se taire ou garder leur langue dans leur poche.
Sûr que, s'ils me demandent d'aller à l'école, ils continueront à penser librement. Mais pour avoir lu plusieurs témoignages dans ce sens, je sens bien que les enfants perdent en spontanéité lorsqu'ils sont scolarisés.
C'est tout un faisceau d'éléments que je veux à la fois dénoncer et dont je veux préserver mes enfants. Ils sont encore petits.
Cela ne veut pas dire que je juge l'école comme entièrement négative. Beaucoup d'enfants en tirent profit, mais pas la très grande majorité comme tu dis. C'était peut-être vrai il y a 15 ou 20 ans, mais ça change beaucoup.
Et, dans tous les cas, c'est aussi une affaire de personnes et d'équipe pédagogique. Un enfant fera une bonne année s'il a un enseignant qui sait le captiver et le comprendre. Sinon il s'étiolera. Et ça c'est dommage.
Je vois bien que mon ainé pose mille questions à l'heure, est constamment dans l'action, a besoin de bouger pour apprendre, de verbaliser sans cesse. Il serait malheureux de devoir se taire et ne plus bouger, et il n'apprendrait pas aussi bien qu'hier, dans la nature, en marche....
Je ne dis pas que je détiens une vérité.
Je dis seulement que pour l'instant c'est ma voie, celle que je crois la meilleure pour mes enfants et leur équilibre.
Et ils ne sont pas coupés de contacts avec leurs pairs puisque nous rencontrons d'autres enfants, des adultes, hors du cadre scolaire. Et y compris des enfants scolarisés.
Ce n'est une surprise pour personne, chacun sait que je suis hostile au rejet de l'école auquel j'assiste et qui ressemble, malgré les mots doux pour le justifier, bien plus à un repli sur soi qu'à une tentative de conquête.
Le mot formatage m'est insupportable car l'école, quels qu'en soient les défauts, est le seul moyen de faire accéder aux enfants à la notion du vivre ensemble. Et quelle que soit la curiosité des enfants, il est des domaines qui leur resteront inaccessibles si l'école ne se mêle pas un peu de les forcer à les regarder en face.
Alors, oui, les classes sont surchargées, certains profs sont nuls, certains autres épuisés, les enfant sont petits, mais on n'enseigne pas non plus de la même façon à des maternelles qu'à des sixièmes et prendre l'exemple de ceux-ci pour justifier l'absence de ceux-là est injuste. La belle idée libertaire menée trop longtemps fera des dégâts dont bien entendu personne ne sera responsable. Sauf bien sûr la "Société".
Nous vivons en société, que nous le voulions ou non, dans cette société-ci faite de beautés et d'horreurs, où l'on rencontre des Akynou de temps en temps, et des Hortefaux parfois aussi ou des Besson. Nous en sommes en partie responsables, de cette société que nous proposons à nos enfants, tout comme nous disions en 68 que la société pourrie de nos parents étaient leur faute.
Ne culpabilisons pas pour autant, et ne jetons pas les bébés avec l'eau du bain. Il nous appartient de leur apprendre à vivre dans cette société, à ces bébés, ou du moins de leur donner les armes pour s'y battre et s'y ébattre. L'orthographe, la belle écriture, la maniement des abstractions, le raisonnement mathématique, la rigueur scientifique, la curiosité perpétuelle, sont autant d'armes et il en est bien d'autres. Et le parent si attentif soit-il, l'enfant si intelligent soit-il, n'accèderont pas à ces richesses sans de solides enseignants qui leur pousseront le cul parfois.
Formatage? Quel mot impropre! Mise en ordre de marche, devrait-on dire. La dureté de l'école d'aujourd'hui n'est rien de plus que la dureté du monde qu'on leur a préparé, et à laquelle ils doivent être préparés.
Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras et cracher sur cette dure école, il faut combattre avec ce monde d'enseignement pour l'améliorer et cesser de désespérer les profs, qui sont un des derniers remparts contre l'avenir qu'on nous mijote. Rien d'ailleurs n'empêche les parents de poursuivre leur travail de parents que l'école n'assurera jamais, en les éveillant au monde , à leur monde de parents, et les fleurs du chemin redeviendront des poèmes.
Tout le monde n'a pas la chance d'être Mowgli.
Voilà, je me calme. Bonne nuit à toutes.
Andrem, j'ai lu avec attention ton avis.
Je peux comprendre l'amour que tu portes à l'école, à sa vocation première, à ses émulations et découvertes.
Mais tu te doutes que je ne suis pas d'accord sur certains points.
J'emploie le mot formatage parce que c'est ce que j'ai personnellement ressenti de l'école, pour y avoir passé de trop longues années. J'y ai rencontré des personnes formidables et d'autres moins recommandables, comme partout ailleurs. Mais je m'y suis ennuyée, j'y ai beaucoup trop attendu la fin de l'heure. Et je n'ai gardé aucun ami réel d'aucune période scolaire.
J'ai pourtant ensuite voulu être prof, et je l'ai été, dans un mélange d'amour/haine pour l'Education Nationale.
J'aime beaucoup enseigner, mais les contingences des programmes et de la formation des enseignants sont telles que....
C'est donc en toute connaissance de cause que j'agis ainsi.
Et aussi selon la volonté de mes enfants. Qui ont par ailleurs tout à fait le temps d'intégrer l'école quand ils le souhaiteront (je rappelle qu'ils ont 5 et 4 ans, soit, pas bien vieux).
Formatage donc parce qu'il m'a fallu plusieurs années pour me rendre compte de ce rythme et de cette façon de penser stéréotypée, pour pouvoir, enfin, penser à mon rythme et vivre pour moi.
Non, l'école n'est pas le seul moyen d'enseigner aux enfants la notion du vivre ensemble.
Vivre sans école ne veut pas dire replié sur soi. Nous voyons des groupes, des enfants et des adultes, et nous vivons en société, aussi. Avec tout ce que ça implique de résolution de conflits, de jeux, de règles, d'organisation de groupe.
L'école est une façon de vivre ensemble avec des règles organisées pour qu'un adulte qui a la charge énorme d'un groupe de 30 enfants puisse passer, sur une heure, quelques 2 dizaines de mn à leur enseigner qqch, entre toutes les mises au point de l'organisation : s'installer, pas bouger, pas aller aux toilettes, remettre un enfant à sa place, etc.
C'est la même chose au collège et au lycée : 1h de cours est bien courte quand tous les élèves sont installés et ont compris et ont arrêté de tousser, parler, regarder derrière, etc.
J'aimerais mieux apprendre dehors, en mouvement.
Et ça correspond tout à fait à la vie, à la physiologie d'un petit enfant.
Pour rappel, dans beaucoup de pays l'école ne commence qu'à 6 ans : avant ça les enfants peuvent aller au jardin d'enfant et on ne leur demande pas de se plier à des horaires de pipi, ou de repos, qui ne peuvent jamais correspondre au plus grand nombre. Sans compter les évaluations parce que le petit n'a pas colorié en rose ce qu'on lui a demandé mais a préféré colorier en vert.
Bien entendu je souhaite que mes enfants intègrent les grandeurs de notre culture : belle orthographe et mathématiques, histoire et géographie, pour le moins.
Mais pas à 4 ans, ou alors d'une autre façon. Tu serais peut-être surpris de discuter avec des enfants non scolarisés. En as-tu rencontré ? Les connaissances acquises ne sont pas forcément les mêmes, ou pas apprises dans le même sens, mais le résultat de leur culture est bien là aussi !
Parce que je lis quand même dans tes lignes cette peur que ces enfants-là soient hors normes et hors société, parias en quelque sorte.
Parce qu'ils ne rentrent pas dans le moule, ne partagent pas les mêmes horaires et contraintes, les mêmes bagarres dans la cour.
Rassure-toi : ils partagent avec leurs copains scolarisés leur âme d'enfant, leur pays d'enfance, leur façon de jouer et d'apprendre au quart de tour un nouveau jeu, ou de l'inventer !
Oui, pour moi, ordonner des enfants, les empêcher d'être différents des autres, serait du formatage. Les confronter à la dureté de l'école pour leur montrer la dureté du monde est une vue de l'esprit. De la même façon qu'on frappe un enfant pour lui expliquer qu'il ne faut pas taper un chat ou un copain... je ne veux pas expliquer à mes enfants que la dureté de l'école leur montre ce que va être leur vie.
Sur un seul point je suis d'accord avec ton raisonnement : le plus difficile pour moi est de trouver comment pousser, ou ne pas pousser, c'est à dire motiver une passion, quand c'est une matière ou un sujet que je ne maitrise pas du tout. Et dans ce cas il me manque d'être épaulée par des personnes pédagogues vers qui je pourrais envoyer mon enfant. Il manque parfois l'émulation du groupe aussi.
Enfin, je suis sûre que l'école et les parents ne devraient pas être si séparés, si antagonistes parfois. Le boulot des 2 parties est différent, oui, mais ils peuvent, ou pourraient, devraient se rejoindre. Sans le faire. Et c'est regrettable.
J'ai passé de bons moments en tant que prof, et je croise encore des anciens élèves qui n'ont pas l'air mécontent de m'avoir fréquentée.
Je ne crache pas non plus sur l'Education Nationale, mais je tente de naviguer à ma façon, selon mes enfants et selon mes possibilités.
En me posant des questions.
Ce n'est pas si simple d'être en dehors des clous en permanence.
Et de devoir essuyer des questions et inquiétudes venant de toute part.
Mais j'assume. ça forge davantage le caractère. Et je sens, surtout, que je suis dans le vrai de ma vie, de la vie de mes petits.
Merci de ta réaction et d'avoir donné ton avis.
Bonjour Ly.
Nos échanges m'ont conduit à écrire un texte beaucoup plus long, dont la conclusion sera ce que j'ai écrit en premier, à savoir mon commentaire auquel tu viens de répondre.
Le premier important est toujours de savoir préciser sa démarche et d'en connaître les interrogations, les limites et les dangers, plutôt que se référer à une idée préexistante, et je te reconnais cette prudence et cette honnêteté, même si, tu t'en doutes, je ne suis pas convaincu.
Le second important n'est pas de se convaincre, mais de s'échanger, et ceux qui nous lisent en feront leur miel ou leur vinaigre. Voilà, chez moi en lien, chez Bloghumeur, six billets à venir qui, avec mes métaphores et mes aphorismes, mes divagations et mes contradictions, tentent de dire ce que je veux dire.
Le bonjour à tes soleils, y compris celui qui fume.