Semaine 46 : lundi et mardi
Par Lyjazz le mardi 10 novembre 2009, 22:43 - 366 réels à prise rapide, de Raymond Queneau - Lien permanent
9 novembre
aujourd'hui hommes et femmes
Sont-ils faits pour vivre ensemble ? Question récurrente lorsqu'on considère tous ces couples qui se séparent.
OU alors les hommes et les femmes sont ensemble pour que chacun parle de l'autre. Pas seulement une vie à vivre ensemble, mais un détour vers le détachement de l'écriture.
Je me souviens de mon adolescence,
de mes lectures érotiques : Anaïs Nin, les 11000 verges d'Apollinaire, Henry Miller
Je me souviens que sa mère lui avait dit « mon fils tu fais trop l'amour »,
un jour où il avait l'air recru de fatigue, mais qu'il montrait une lassitude alanguie.
Je me souviens de l'inconfort de la 4L pour faire l'amour,
Je me souviens des cavaliers qui nous avaient surpris dans le bois,
nous étions dans l'Ami 6, à moitié nus, c'était l'hiver.
Je me souviens de nos nuits volées, courtes, car trop agitées sous la couette,
avant d'aller skier le lendemain avec les copains.
Je me souviens de nos après midi de sensations physiques décuplées,
après avoir fumé un joint.
Je me souviens de ses parents sonnant à leur propre porte pour éviter de nous surprendre au lit.
Je me souviens de nos parties de jambes en l'air
dans les bois, me remémorant L'amant de Lady Chatterley,
j'aime beaucoup faire l'amour dans la nature.
Je me souviens de nos ébats dans le petit lit de ma chambre d'étudiante,
de la femme de ménage qui le surprenait au matin, quand j'étais déjà partie.
Je me souviens de ce texte de Fernando del Paso dont j'avais l'essence en mémoire lorsque j'ai écrit :
A la manière de... Palinure de Mexico, de Fernando del Paso
Mon cousin et moi nous aimions faire l'amour dans ce lit tout simple, bas, dans lequel nous mettions parfois des draps de lin naturel quand il faisait chaud, parfois des draps de satin foncé et des coussins lorsque nous étions plutôt d'humeur aux cachotteries, aux secrets, que nous voulions nous soustraire à tout ce monde qui nous semblait si barbare et si hostile parfois.
Nous aimions faire l'amour
inévitablement, quand nous nous frolions dans le noir,
indéfectiblement, quand nous sentions si fort que nos liens s'étayaient depuis si longtemps,
irrégulièrement lorsque nos chemins se croisaient et nos vies se dispersaient,
illusoirement les jours où nous étions amers et déçus de la vie,
puissamment parce que nous étions fous amoureux et jeunes, si jeunes !
Jazzistiquement en écoutant John Coltrane siffler Blue Train,
baroquement lorsque la pièce était pleine de la musique de Mikis Théodorakis orchestrant le Canto General de Pablo Neruda,
littérairement lorsque nous lisions ensemble Anaïs Nin,
ludiquement le jour où j'ai amené un godemichet, et lui des boules de geisha et un anneau pénien,
les yeux plissés et en ronronnant parce que nous aimions les chats, leur douceur et leur puissance (et Baudelaire),
souplement quand nous expérimentions les positions du kama sutra,
à la va vite lorsque nous n'avions que 10 mn avant un rendez-vous,
élégamment pour un jour de carnaval où nous étions déguisés en personnages distingués,
sans se voir parce que nous aimions jouer dans le noir,
avec gourmandise le jour où il m'a enduite de chocolat, puis de miel, a laissé couler du champagne entre mes cuisses, où j'ai fait tomber goutte à goutte de la crème anglaise au bout de son gland...
librement parce que nous n'avions aucun tabou,
délibérement,
respectueusement,
lassivement,
Et enfin palliativement lorsque j'ai rencontré un autre homme et que je ne pensais qu'à cet autre.....
ooo
10 novembre
aujourd'hui une personne insignifiante. Vraiment ?
Je ne connais pas de personnes insignifiantes. Tout au plus des personnes qui ne m'intéressent pas à priori, des personnes que je croise et dont je ne connais rien, et pas de raison de les connaître non plus.
Ce que j'aime quand je vois des gens, par exemple depuis un banc au parc, depuis ma voiture, ou mon balcon, n'importe où... c'est d'imaginer un peu de leur vie, de tenter de comprendre, d'après leur allure, leur physique, leurs mimiques, ce qu'ils sont, où ils vont, quelle est leur vie.
Ce que j'aime c'est d'être dans le rôle du formateur, de l'enseignant, et de pouvoir avoir accès à des bribes d'histoire de ces personnes qui viennent partager un peu de mon savoir. Les mettre en confiance, leur expliquer ce que je vais leur raconter. Leur insuffler un peu de ma passion. Parce qu'ensuite l'alchimie entre elles et moi va prendre, que je vais apprendre d'elles autant qu'elles de moi. Et dans ce cas les personnes qui ne me touchent pas sont rares, elles se mettent en retrait, elles refusent de participer pour des raisons qui leur sont propres, mais elles sont quand même présentes, et jamais insignifiantes.
Ce que je veux dire c'est que toute personne gagne à être connue.