Semaine 1 : VSD
Par Lyjazz le lundi 11 janvier 2010, 02:04 - 366 réels à prise rapide, de Raymond Queneau - Lien permanent
8 janvier
aujourd'hui une question lue quelque part
Combien de portes on a en soi ? lu chez Marc Pautrel. Sous la plume de François Bon.
Je me demande bien combien de portes ? Et sous quelles formes ? Je me vois comme toujours à un carrefour, avec des possibilités partout où je me tourne.
Ou alors j'ai un regard au grand champ visuel et les portes sont des fils, qui mènent à différentes pelotes que j'ai envie d'aller dévider.
Je peux aussi me dire que j'empile les portes, un temps, parce qu'une idée m'a entrainée vers une autre, que j'ai ouvert plusieurs fenêtres dans l'ordinateur de ma tête, et ainsi toutes les idées sont juxtaposées mais peuvent resurgir à certains moments, ou se mettre en résonnance avec les autres dans une autre pièce de ma tête.
A moins que les portes soient vraiment ce qu'on fait, ce qu'on ouvre et que l'on explore réellement, concrètement. Nos différentes vies.
J'aime bien les juxtaposer aussi. Elles se répondent et se complètent, me complètent.
Je suis moi parce que je suis femme, maman, que j'écris, photographie, grimpe, lis, etc
Je ne pourrais pas être monolithique et rigide.
Je suis éclectique.
Et multi portes.
ooo
9 janvier
aujourd'hui tentative de liberté
Marcher, rouler, sur la neige verglacée de la ville ce matin. Assurer comme tous les jours. Aller au marché bio, puis aller grimper, comme tous les samedis. Entendre à la radio qu'il vaut mieux rester chez soi. Entendre au marché que nous vivons dans une société « zéro risque » et qu'à écouter ça il faudrait ne rien faire.
Me dire que, oui, c'est bien agréable d'avoir assez d'expérience et d'assurance pour sortir alors que d'autres ont peur. Apprécier qu'il y ait peu de monde sur les routes pour un premier samedi de soldes, et peu de monde dans les magasins.
Passer la journée seule avec moi-même, à réfléchir en fond d'activités acheteuses.
Téléphoner à mon ami J, qui vient de vivre des événements perturbants : un licenciement sans raison, une histoire d'amour qui connait des rebondissements.
Me dire enfin, comme une évidence, en roulant, que ce qui me soucie, qui tourne un peu trop souvent dans ma tête, c'est évidemment que j'ai envie d'être appréciée et aimée, même de ces personnes-là, qui viennent de m'excommunier, de ne pas me permettre de donner ma parole mais de me barrer de leur vie et de leur famille, qui est aussi un peu la mienne, du moins par alliance.
Et donc, soulagée de cette évidence, bien que perturbée par le manque de justice que je ressens, mais sûre d'être dans la droite ligne de ce que je suis... je me sens claire dans mes sensations, mes émotions, dans les implications que ces paroles reçues auront dans la vie de certains. Droite dans mes bottes.
Je ressens enfin un peu de liberté face à cette histoire.
J'en connais les implications et les conséquences, j'en connais les raisons. Manque simplement de pouvoir dire mes paroles aux personnes concernées.
A défaut, je pense pouvoir les livrer à l'écran (c'est déjà fait en partie mais je sens que je dois encore dérouler le fil) et surtout à la mémoire de mon ordinateur. Et peut-être même, rituellement, les livrer aux flammes pour qu'elles touchent davantage au cosmos, se diffusent jusqu'où elles doivent aller.
ooo
10 janvier
aujourd'hui livre posé
Réussi ce matin à lire un moment Un roman français, de Frédéric Beigbeder. Outre le fait que je prends plaisir à son écriture, et à lire des pages sur ma région avec un point de vue particulier (et une inexactitude : il parle de l'usine Péchiney de Lacq, alors qu'elle était à Noguères), je commence à le trouver parfois attendrissant comme homme. Sûrement grâce à l'une de ses pages où il dit « dans un roman, l'histoire est un prétexte, un canevas; l'important c'est l'homme qu'on sent derrière, la personne qui nous parle. A ce jour je n'ai pas trouvé de meilleure définition de ce qu'apporte la littérature : entendre un voix humaine. Raconter une aventure n'est pas le but, les personnages aident à écouter quelqu'un d'autre, qui est peut-être mon frère, mon prochain, mon ami, mon ancêtre, mon double. … Depuis je n'ai cessé d'utiliser la lecture comme un moyen de faire disparaître le temps, et l'écriture comme un moyen de le retenir. »
Finalement il décrit bien la vacuité et le flottement d'un homme perdu qui se raccroche à ce qu'il peut. Et il le fait assez bien.
Et j'y vois en outre des liens et éclairages sur le livre Psychogénéalogie d'Anne Ancelin Schützenberger dont j'ai déjà parlé le 3 janvier.
En particulier lorsqu'ils parlent tous les deux d'enfants qui ont 18 mois de différence et sont considérés comme des sortes de faux jumeaux. Cette idée me touche parce que mes garçons, très différents mais complémentaires par bien des points, vivent cela, et que je me pose souvent cette question de les pousser à vivre chacun ses passions sans les calquer sur celles de l'autre. Périodiquement ils ont aussi des moments où ils vont réclamer et apprécier un moment seul avec moi, sans pour autant accepter que l'autre soit seul avec moi. Ce qui donne lieu à des scènes du genre : je vais lire un livre avec Lumineux pendant que Solaire tambourine à la porte. Le problème étant de répondre à des besoins ou fenêtres de sensibilité (selon la terminologie de Maria Montessori) de l'un alors que l'autre n'y est pas et empêche que son frère soit seul avec moi.
Bon, ensuite la journée a été active et cinéphile. On a vu L'ours et le magicien au cinéma art et essai.

Il s'agissait d'un ciné goûter : après la séance nous avons pu voir les marionnettes, parler avec les personnes qui les présentaient et nous expliquaient comment elles étaient faites, et comment le film était fabriqué. Il s'agit de trois courts films. Le premier dure 12 mn et a nécessité un an et demi de travail. En amont il faut avoir non seulement créé l'histoire que l'on veut raconter, mais aussi l'avoir dessinée, savoir exactement les expressions des personnages, avant de fabriquer les marionnettes et ensuite les mettre en scène. Cela se fait image par image : un mouvement, un clic de caméra, on va bouger le bras, reclic de caméra, etc. Parler avec des passionnés et voir la taille réelle, la texture, l'ossature des personnages dont on vient de suivre les aventures, est magique. Et mon Lumineux, qui a besoin comme moi de savoir, comprendre, était aux anges, à sa manière, c'est à dire tout en mouvements, approches, sauts et questions, yeux brillants et oreilles aux aguets.
Le seul livre que j'ai consulté ensuite est un livret de construction de Lego star wars : le 8017.

Quel plaisir de monter un vaisseau spatial en Lego en compagnie d'amis, après avoir parlé sur skype avec mon frère en direct de Toronto !
Mon lutin sautillant à côté de moi, parce qu'il fêtait ses 6 ans, que ses copains étaient là, et qu'il avait eu exactement ce qu'il voulait.
La journée selon lui était SUPER !