Petite soeur
Par Lyjazz le vendredi 7 novembre 2008, 00:24 - La vie avec des petits gars - Lien permanent
En sortant du centre aéré
Les garçons installés dans leur siège auto, je roule.
Lumineux : « Maman, je veux une petite soeur » (air connu)
Moi : « Ah »
Solaire : « Moi aussi »
Moi : « ?? » (sans parole, mais jusque là il se considérait comme le bébé, pas tout le temps, mais sur ce point précis oui)
Lumineux : « Oui, et je veux qu'elle s'appelle Rebecca ! »
Moi : « Vous avez rencontré une petite fille qui s'appelle Rébecca ? »
Lumineux et Solaire : « Oui, une toute petite. Et on veut une petite soeur. »
Moi : « hmmm.... »
Mes petits gars aiment les bébés et aiment protéger les plus petits qu'eux. Ils ont des peluches qu'ils appellent leur « bébé ».
Est-ce parce qu'on a toujours rencontré des bébés lors des réunions de la LLL ?
Mais ils n'ont jamais été jaloux quand j'en porte un, et ce sont les premiers à aller parler au parc avec les mamans. Elles sont souvent surprises de leur attitude. Lumineux pose des questions précises : combien a-t-il de dents, ce qu'il mange, quel âge il a, s'il marche, il caresse la joue, prend la main, fait des grimaces et parle à l'enfant...
J'espère que ce comportement ne sera pas oublié lorsqu'ils seront en âge d'être papa.
Et ce soir au coucher on en reparle, parce que Solaire dit qu'il veut être mon bébé, je lui dis que s'il veut une petite soeur, lui ne sera plus le bébé. Il réfléchit, puis dit que oui, il veut une petite soeur. Lumineux le prend par le cou, lui fait un câlin, me dit qu'ils la caresseront, me montre le sac de jouets de bébés que j'ai triés pour les donner à une future petite nièce et me dit qu'elle aura plein de chouettes jouets....
C'est vraiment vrai alors, cette histoire de petite soeur !
Ils ont l'air prêts à jouer les grands frères protecteurs pour un petit enfant, à renforcer leur complicité pour devenir plus autonomes ensemble...
C'est étrange de penser que l'ainé a été délaissé lorsqu'il avait à peine 18 mois à cause de l'arrivée du cadet, qu'il en a été blessé intimement, mais surtout avant son arrivée, et qu'ensuite il l'a aimé très vite. Et que l'alchimie s'est opérée, le cadet regardant depuis sa naissance son ainé avec des yeux d'envie, ET son caractère propre. Depuis janvier ils jouent ensemble très souvent et longtemps, même s'il y a des chamailleries, des envies de jeux différents pour chacun aussi.
Je les sens très très complices et complémentaires. Je sens qu'ils apprennent l'un de l'autre. Et ce soir je me rends compte qu'ils peuvent projeter ensemble de vivre autre chose, d'ouvrir leur vie et leur espace à un bébé.
J'ai toujours pensé qu'un enfant seul ratait quelque chose, et que des parents d'enfant unique ne pouvaient avoir une dynamique suffisante pour être à la fois dans le recul et dans l'attitude juste vis à vis de l'enfant. Enfin : non, je crois que certains parents y parviennent, mais que pour moi ce n'était pas envisageable.
Et d'ailleurs mon cadet, qui m'a fait la divine surprise de s'installer en moi sans prévenir, m'a permis de trouver une dynamique, certes, très fatigante (18 mois de différence entre 2 enfants, c'est dur !), mais porteuse d'apprentissages personnels et d'équilibre. C'est à sa naissance que je me suis dit « on est 4, on est donc une famille maintenant ».
Jusque là en effet je nous considérais comme un couple avec un enfant, et j'aurais sans doute fait ce qu'il faut pour retourner à ma vie d'avant, sans tenir vraiment compte de la sensibilité de mon ainé, à fleur de peau. Je l'avoue, j'étais prête à le laisser souvent pour m'occuper ailleurs, tellement je trouvais énorme l'investissement personnel qu'il me demandait. En réaction, et pas par devoir quelconque. Mais aussi parce que j'avais peur de cette demande d'attention, de ce qu'elle me renvoyait.
Et l'arrivée du cadet m'a poussée dans mes retranchements, mais m'a permis de mesurer le chemin accompli. Je savais être mère, le quotidien, l'intendance étaient connus, et j'ai pu ainsi fusionner et réparer avec mes 2 garçons.
Je me souviens aussi avoir dit, environ 15 jours après la naissance de Solaire, encore éblouie par cet événement, que je ferais bien un troisième enfant.
Emouvant comme une simple demande de mes garçons, qui me semblait au départ un peu factice, guidée par la rencontre d'une enfant plus jeune, a remué en moi ces souvenirs. Récents, mais déjà dépassés par la vie qui va, leur évolution et mes envies de projeter vers l'avenir, maintenant que j'en ai un peu plus le loisir intellectuel.
Je me suis toujours demandée aussi, ce qui faisait qu'une famille choisissait d'avoir un ou plusieurs enfants, pourquoi 2 étaient bien pour les uns, mais 3 ou davantage pour d'autres ?
Et pour vous : comment s'est fait le choix du nombre d'enfants ?
Commentaires
Joker.
J'aime beaucoup ce billet. Je crois que le nombre ou le moment n'a rien d'une envie raisonnable ou rationnalisable. A deux, je n'avais pas tout à fait le compte. A trois, j'ai su que ce serait absolument et sans appel, le dernier.
Je trouve très juste ce que tu dis sur le point de bascule entre un couple avec enfant, et un truc un tantisoit plus complexe, parce qu'intervient alors aussi les interactions ENTRE les enfants.
A observer, c'est une source de curiosité, d'agacement, d'inquiétude parfois, mais aussi de tendresse et de franche rigolade.
Disons que dans l'absolu je me dis que le désir d'enfant n'est pas rationnel ni raisonnable, ne dépend pas d'un moment.
Mais vis à vis de ma propre histoire oui. Quand on se dit à 35 ans qu'on veut un enfant et qu'on n'y parvient pas, on est obligé de penser en d'autres termes, beaucoup plus techniques, et de croiser des statistiques pour tenter de savoir si l'on va y entrer....
D'où le premier, avec de l'aide technique sévère, et le second qui s'est installé parce qu'il avait envie.
Dans mon cas, donc, j'ai bien été obligée de me poser la question du nombre puisqu'il est aussi tributaire du moment (j'ai atteint un âge que je me fixe comme limite).
Enfin, raisonnablement, je me disais que mes garçons étaient bien ensembles, qu'ils vivaient de chouettes moments d'interaction; et aussi que "ouf, fini la période couches et présence constante". Pour moi c'est un équilibre qui est atteint. Même si un troisième me tenterait parfois.
Mais je me rends compte que pour mes petits le désir de petite soeur est bien présent.
Dans quelle mesure il nous influencera ?
Bonjour,
Je viens de lire votre message et je voulais y répondre mais pas sur la question posée...nous sommes restés a "2", pourquoi pas "3" ? Je n'en sais rien...
Ou peut-être si, la difference d'âge qui les sépare et la même que la votre: 18 mois.
Je ne sais pas quels age ont vos enfants, les miens sont maintenant a 22 et 20 et je veux vous exprimer que l'entente est merveilleuse. Chacun a ses propres amis mais il existe un lien trés proche. Il n'y a jamais eu de jalousie mais une trés grande entente et cela depuis le début. Le peu de difference les lies profondement et c'est un plaisir de voir cela.
Bonne journée a vous.
ça me fait plaisir de voir que cette entente peut durer.
Mes enfants ont 4 ans 3/4 et 3 ans.
Et ce qui m'interroge c'est bien de voir que, malgré (ou à cause de) cette complicité et cet amour évident entre eux, ils ont aussi envie de protéger un plus jeune.
Oui, ils semble en avoir le désir.
Aprés y'a des questions que l'on se pose a soi même...en couple...en famille.
Je me suis tjrs dit : 2 y'a un ainé et un petit...la place est bien definie.
A trois le petit se retrouve au milieu et là cela change généralement les choses...
Mais tout cela ne sont que des mots...
La question qui pour moi est essentielle : faut il faire un enfant parce que les enfants le demande...mais je pense que vous avez du vous poser cette question là.
Bon dimanche a vous.
En même tant ça serait dommage de ne pas utiliser le transporteur de troupes à plein
Je me dis souvent que j'aimerai avoir une tribu où les relations seraient belles ; une manière de se mormoniser ?
Oula ! L'orthographe. "en même temps" (sic)
@ fillebavarde : faire un n°3 sur commande ou non, ce n'est pas vraiment le problème. Je prends en compte cette demande et cela me fait quelque chose. C'est comme s'ils appelaient ce 3ème dans la fratrie. Alors que je pense objectivement que leur entente est bonne et ne pourrait qu'être troublée par ce n°3. Mais qui suis-je pour penser ça ? Et maintenant en plus ! Parce que ce sera différent dans qques années, forcément.
Je me souviens bien d'avoir, en tant qu'ainée, pris soin longtemps de mon petit frère, arrivé en 3. Et nos relations sont toujours très bonnes.
Et puis les enfants n'arrivent pas dans le ventre des mères que parce qu'elles n'utilisent pas de contraception : il y a besoin d'une infime partie d'âme qui voudrait bien se glisser là... après quelle demande ?
@ Bordelum : justement, le chut miam miam EST plein, 4 places et plus de possibilité. Et puis notre énergie, mon énergie, est en train de rejaillir. Il en manquerait pour une nouvelle tournée de couches et présence constante.
La tribu : c'est bien le problème majeur d'une mère 100 professions, j'aimerais bien être secondée, épaulée, pouvoir souffler un peu. Moi je veux parler de la tribu qu'on pourrait former avec plusieurs adultes pour s'occuper des enfants. Toi je pense que tu veux parler de l'équipe de foot/hand ou volley que tu voudrais créer dans ta famille.... Il faudra bien que tu commences par 1, tu verras comment ça te/vous transforme !
Non, non, pas une équipe de rugby ou autre.
Une communauté où personne ne serait jamais seul : dans les tâches quotidiennes, les discussions, les plaisirs...
Ça pourrait effectivement se faire avec plusieurs familles.
Allons au delà du frileux joker.
Etant homme, je ne sais trop quoi dire sur le désir d'enfant, hormis bien sûr mon cas personnel trop particulier pour avoir un sens. La venue d'un enfant est fondamentalement une décision de femme, ou devrait l'être.
J'ai longuement disserté de ce point de vue dans mes blogues, sur les questions de paternité, d'enfantement, de désir et de décision (ce qui ne peut bien sûr se confondre). Je ne vais pas recommencer ici, au risque de me déformer, de me caricaturer, de me contredire, même si après relecture de mes anciens billets je persiste et signe.
Voilà pourquoi le joker, qui ne se voulait ni plaisant ni irrévérencieux; simplement la question posée est une de ces questions qui ne cesse de se poser en moi, fils et petit fils de familles très nombreuses, et patriarche de famille squelettique mais si précieuse et fragile.
Juste un aphorisme brutal et sans nuance pour donner le tempo, tu pourras ensuite perdre ton temps à rechercher dans mes titres de billets anciens ceux qui pourraient évoquer la question. Il ne faut pas que le travail soit prémâché, hein.
La mise au monde d'un enfant est une décision de la femme. Si elle ne veut pas, rien ne devrait l'y contraindre, ni les hommes, ni les autres femmes, ni le corps social.
Et l'homme, alors? L'homme, s'il a cette envie d'enfant, doit créer les conditions autour de la femme pour qu'elle en ait aussi envie, et pour qu'elle traduise cette envie par une décision, en toute liberté de choix.
Même quand la décision se prend sous forme d'un acte manqué, nous connaissons tous des cas, il s'agit bien alors d'une décision.
Je le maintiens: ce n'est pas le couple qui décide d'un soi-disant commun accord qui n'existe que dans les minauderies de télémiction, c'est bel et bien la femme. Voilà j'ai dit, hugh. Mais où donc est mon calumet?
Je te remercie d'avoir expliqué pourquoi ton joker et ce qu'il y avait au-delà.
J'irais chercher dans tes billets ta pensée profonde et en tout cas détaillée à ce sujet.
Si, quand tu parles de créer les conditions autour de la femme, tu veux dire que l'homme doit accepter qu'il va être père et donc perdre sa place privilégiée auprès de sa compagne, je suis d'accord avec toi.
J'irais plus loin en disant que l'enfant ne peut se faire que si la femme sent que l'homme est prêt. C'est une subtile alchimie. Du moins pour le(s) premier(s) enfant(s).
Pensées profondes, je ne suis pas certain, j'ai peu de goût pour l'apnée. Détaillée, probablement, fouillis à coup sûr.
Le sens que je donne à la notion d'environnement, s'agissant du père, est très large. L'acceptation d'icelui de prendre en charge lui aussi l'enfant est une possibilité, mais n'est ni nécessaire ni suffisante,du moins tant qu'on essaie de réfléchir au delà de son propre couple et de sa propre histoire.
Il est des femmes qui, par désir d'enfant, en eurent sans que les pères aient eu à choisir, et parfois même sans qu'il qu'ils le sussent - oups - sachent. Il est des situations inverses, où la femme a eu un ou plusieurs enfants sous l'aimable pression d'un homme qui en voulait vraiment, non contrainte mais sous pression malgré tout. Acte de soumission, acte d'amour, qui le saura, tout dépendra de ce qui arrive ensuite.
Tu ajoutes au débat une idée en forme de gouffre, celle de la concurrence entre l'homme et l'enfant par rapport à la mère. Danger en effet, danger magistral. C'est l'amour de l'homme et de la femme qui est en danger, là, ce n'est plus une question d'enfant. L'homme aime une mère et non plus une femme, je ne réponds plus de rien. Pour le coup on est entré dans le malentendu, dans le mensonge originel et l'éventuel enfant qui arrive est très mal parti avant d'avoir commencé. Les parents aussi d'ailleurs même sans enfant.
Le champ est très large, et la seule règle qui me semble devoir être respectée, est que la femme qui prend la décision doit la prendre en toute liberté, avec tout ce que sous-entend cette notion là et les ambigüités qu'elle porte en elle.
Nous savons tous ce qu'on peut dire et contredire sur la notion de libre-arbitre. Alors au moins combattons les contraintes explicites, nous nous occuperons des autres plus tard.
Et c'est là qu'on en arrive aux multiples visages de la femme, tour à tour femme, amie, mère, épouse, amante, soeur, etc. Et cela dépend aussi bien de la vision de l'homme que de la femme...
Cependant, j'ai trouvé sur un blog québecois un billet qui explique ce qu'un homme peut ressentir de cette envie d'être père, de cette alchimie du couple qui pousse à vouloir ajouter un enfant dans la famille.
C'est là : http://unefamillenombreuseauquebec....
Le blogue cité en lien est un très bon exemple, parmi d'autres, de ce que j'essayais d'exprimer.
C'est quand même subtil... difficile de se mettre à la place d'un homme quand on est une femme (et vice versa je pense).
Je lis dans ce billet québécois la volonté de l'homme d'une grande famille et le fait qu'il donne ainsi le feu vert à sa femme pour un nouveau bébé.
Mais surtout la joie puissante de la mère, qui sent cette fois son envie à elle épaulée entièrement par celle de son compagnon.
Le gouffre que tu évoques tient au fait (à mon avis) qu'une grande famille, du moins celle qui dépasse 1 enfant et 2 parents, devient un groupe, avec des liens particuliers et changeants entre ses différents membres... le couple de départ n'est plus forcément le seul pilier de ce groupe et chacun peut se reposer sur les autres à certains moments.