Les racines de la violence ne sont PAS inconnues
Par Lyjazz le mercredi 18 février 2009, 14:05 - Société - Lien permanent
Le cerveau malmené et les émotions bannies
Les constats :
1 – Le développement de notre cerveau dépend de ce que l'on a subi. Le cerveau se structure dans les 4 premières années de la vie, selon les expériences que l'environnement offre à l'enfant. Ainsi le cerveau d'un enfant dont le vécu est essentiellement empreint d'amour se développera différemment de celui d'un enfant qui aura été traité cruellement.
2 – La quasi-totalité des enfants de notre planète sont battus dans les premières années de leur vie. Ils apprennent dès le début la violence et cette leçon est inscrite dans leur cerveau. Aucun enfant ne naît violent. La violence n'est PAS génétique. Elle existe parce que les enfants battus font usage, dans leur vie adulte, de la leçon intégrée par leur cerveau.
3 – Comme les enfants battus ne sont pas autorisés à se défendre, ils doivent supprimer leur colère et leur rage contre leurs parents qui les ont humiliés, qui ont tué leur empathie innée et qui ont insulté leur dignité. Ils sortiront cette rage plus tard, en tant qu'adultes, sur des boucs émissaires et surtout sur leurs propres enfants. Dépourvus de leur empathie, certains vont diriger leur colère contre eux-mêmes (à travers les désordres alimentaires, la dépendance aux drogues, la dépression etc) ou contre d'autres adultes (à travers les guerres, le terrorisme, la délinquance etc).
Questions/Réponses :
Q : C'est sans se poser de questions que les parents battent leurs enfants pour qu'ils obéissent. Personne, hormis une petite minorité, ne proteste contre cette dangereuse habitude. Pourquoi ce schéma si évident (celui de victime trompée à celui d'auteur d'abus) est-t-il totalement ignoré de par le monde entier ? Pourquoi même les Papes, responsables du comportement moral de tant de millions de croyants, n'ont-t-ils jusqu'à présent jamais informé ces derniers que battre les enfants est un crime ?
R : Parce que nous avons presque TOUS été battus et que nous avons tous dû apprendre très tôt que ces actes cruels seraient normaux, anodins et même bons pour nous. Personne ne nous a jamais dit qu'il s'agissait là de crimes contre l'humanité. Cette leçon erronée, immorale et absurde a été inscrite dans nos cerveaux en développement. Ceci explique la cécité émotionnelle qui gouverne le monde.
Q : Pouvons-nous nous affranchir de la cécité émotionnelle que nous développons dans l'enfance ?
R : Nous pouvons, au moins jusqu'à un certain degré, nous libérer de cette cécité en osant ressentir nos émotions réprimées y compris notre peur et notre rage interdites contre nos parents qui nous ont souvent terrorisés pendant ces longues années qui auraient dû être les plus belles de notre vie. Nous ne pouvons rattraper ces années. Mais en affrontant la vérité nous pouvons transformer notre enfant intérieur empli de peur et de déni en un adulte bien informé et alors responsable qui a enfin regagné son empathie dont on l'avait si tôt dépossédé. En devenant des personnes bien informées, nous ne pouvons plus nier le fait que: battre les enfants est un acte criminel qui devrait être interdit sur la planète entière.
Conclusion :
Prendre soin des besoins émotionnels de nos enfants veut dire bien plus que leur donner une enfance heureuse. Cela veut dire permettre aux cerveaux des futurs adultes de fonctionner d'une façon saine et rationnelle exempte de perversion et de folie. Forcer à apprendre dans l'enfance que battre les enfants est sans aucun doute bon pour lui, est la leçon la plus absurde et la plus déroutante qui a les conséquences les plus dangereuses. Cette leçon adossée au fait d'être coupé de ses véritables émotions crée les racines de la violence.
Traduit en Français par Béatrice Anceaux.
www.alice-miller.com © 2009 Alice Miller
Commentaires
Il n'est pas mal, ce texte, mais un poil trop déterministe à mon goût.
Ce qu'Alice Miller appelle la pédagogie noire et qu'elle explique dans ses bouquins (notamment le fameux C'est pour ton bien) est plus subtil que l'article c'est sûr. L'enjeu c'est de se poser la question, vais-je utiliser la violence ou non, et au nom de quoi ?
Maintenant prendre soin de ses besoins émotionnels, apprendr eà mettre mes dmots dessus et apprendre à nos enfants à le faire, c'est un pas vers la paix. Un pas vers "la violence ne passera pas par moi".
Au delà de cette question se pose celle des " bébés secoués". Devant de curieuses difficultés d'apprentissage chez mes élèves, je me demande si les violences subies n'ont pas altéré certaines facultés. J'en ressens un indicible malaise.
L'acte violent sur mes enfants, je l'ai fait, Doud l'a fait, oui presque comme un automatisme, et avec une terreur postérieure affreuse, une horreur, je suis heureuse de ne plus en être là, et quand je le vois à l'extérieur, la terreur revient, la rage..;
souvent je me suis excusée auprès d'eux, invoqué la fatigue, d'autres soucis, mais ça ne suffit pas..
Je n'ai pas encore lu d'elle, j'ai fouillé ici et là son site depuis que je suis maman, en étant foncièrement persuadée des dérives de nos violences éducatives... en cherchant à limiter les miennes. Mais ce n'est que dernièrement que j'ai vu que ses livres sont aussi tournés vers les enfants que nous étions avant de devenir parent... une démarche pour ne plus faire sortir le monstre... alors je les feuillette pour commander celui qui sera le plus répondre à ma demande.
@ Anna : je réponds dans la 2ème partie de ce sujet : ce texte est un tract, un résumé.
@ Saveur : oui, c'est tout à fait ça... un long chemin.
@ Oxygène : j'ai été enseignante aussi, j'ai rencontré des élèves en effet pour lesquels on peut se poser la question.
@ Planeth : oui, c'est difficile cette prise de conscience d'abord, que l'on est en train de reproduire automatiquement des choses que l'on a vécues; puis la réflexion, les excuses, la recherche de solutions. C'est un chemin caillouteux, très empierré, d'être parent. Mais seulement si on réfléchit, si on prend conscience : dans ce cas on progresse beaucoup personnellement.
@ VanessaV : oui, fouiller, se laisser porter et trouver le livre qui nous parle de l'endroit où l'on est. Parfois je fais ce travail en librairie, et je ressors rarement bredouille !
Disons que je suis peut-être particulièrement sensibilisée à cette question (du déterminisme) parce qu'un de mes amis a été battu pendant son enfance, et a longtemps freiné des quatre fers pour devenir père parce qu'il avait entendu trop souvent que les enfants battus devenaient des parents violents. C'est parfois vrais, mais on peut devenir violent sans avoir été soi-même battu, et on peut aussi être un bon parent en ayant vécu une enfance horrible.
Anna, je comprends tout à fait cette réaction : la tienne autant que celle de ton ami.
J'ai moi même mis très longtemps avant de me donner le droit d'être mère... sans avoir vécu de choses trop difficiles.
Et maintenant je fais très attention.
L'âge qui m'a donné la force, l'expérience ?
C'est contre ce déterminisme et pour la réflexion en amont que se battent Alice Miller, l'OVEO et les autres....