Journal de bord 6/08
Par Lyjazz le jeudi 20 août 2009, 19:05 - JIM 32ème - Lien permanent
Les petits gars sont toujours bien réveillés. A 10h ils demandent à aller au centre aéré.
On les amène et je passe à la journée à regarder les objets, les vêtements, à essayer, à discuter, à échanger. Marciac est transformée 15 jours en grand marché cosmopolite qui a ses modes. Cette année beaucoup de bijoux en graines et pierres. Dans les rues tous les jours on peut admirer les vêtements et chapeaux en vente dans telle ou telle échoppe. Il y a une très bonne ambiance entre les exposants qui s'entraident et se retrouvent avec plaisir pour les habitués. Dans la rue St Justin les habitants voisins pour le temps de JIM des vendeurs, les invitent parfois à boire un verre. C'est calme et bon enfant.
Les habitants de Marciac sont curieux et accueillants. Dans l'ensemble. Les autres, je pense, quittent le village pendant le remue-ménage. Je tombe amoureuse d'un ensemble en chanvre, j'essaie des babouches, une robe djellaba, j'admire le travail en pierres et macramé, d'une créatrice de bijoux, je parle du travail d'alphabétisation au Togo d'une autre...
Nous en profitons pour boire un verre sur la place en écoutant les élèves des classes jazz. Cette année l'écologie arrive au festival et il n'y a plus de gobelets jetables : on peut boire dans un gobelet plastique aux armes du festival et d'un célèbre fabriquant de bières, et le rendre ensuite, ou le garder contre 1 euro.
Autre occupation qui nous manquait : aller voir les expositions artistiques.
Il y a celle de la maison Guichard avec les belles photos de la région Midi Pyrénées, les sculptures et les dessins de musiciens. On va maintenant à la Grange d'Emile se régaler des peintures de Bruno Loire : l'arche de nos haies.

Nous voyons aussi des patchworks, ou quilts, qui viennent de Louisiane. L'histoire de cet art est beaucoup moins anecdotique qu'un passe temps pour club du 3ème âge. C'est en Amérique un moyen d'expression et un art que pratiquaient les esclaves illettrées. Il y en a de réellement très beaux.
A l'espace Equart les sculptures sont dérangeantes : des têtes et des corps en terre et paille, qui ressemblent à des restes retrouvés par des archéologues, des momies, des têtes réduites.
Finissons par la chapelle.

Jolie promenade pour y aller. Photos et peintures sur la région de Marciac, peintures naïves de Gérard Brasseur, photos de Jean-Bernard Laffitte.
Exposition sur les matériaux de construction des bâtiments du pays : brique, pierre, terre, chaux, tuile. Histoire de Marciac.
Et photos des anciens du village à travers leurs jeux, sports et activités. Dans cette petite salle je suis une vieille dame (elle me parlera plus tard de son petit fils le plus âgé, né en 1964) qui reconnaît des personnes sur les photos. En compagnie de son fils elle commente et recherche des têtes connues, cites des personnes parfois disparues. Travail de mémoire. Avec plaisir, voyant que je m'intéresse, elle me parle des activités du village. La fête qui durait 8 jours et était attendue avec impatience, ses jeux et retrouvailles avec des natifs qui revenaient pour partager ce moment.
Le théâtre, avec ses pièces fort bien jouées. La fraicheur et la spontanéité des acteurs amateurs qui étaient meilleurs qu'une troupe de Paris. Elle me raconte que la troupe de Marciac a joué l'Arlésienne très bien. Un ami, sachant qu'elle avait beaucoup apprécié, l'avait invité à voir la même pièce jouée par une troupe parisienne, qu'elle a trouvé trop appliquée et récitative. Les arênes et l'ambiance qui y régnait, que l'on a pu vivre aux débuts du festival et que tout le monde regrette. Je confirme et raconte que nous venions dès 1992 faire la fête après les concerts au chapiteau dans ce lieu magique et festif.
Nous voyons la photo d'un groupe de filles d'environ 10 ans, toutes en robes blanches, devant un bâtiment que l'on reconnaît. Il s'agit de préfabriqués, montés pour accueillir les réfugiés espagnols, et qui sont toujours debout. Longtemps ils abritaient le centre de loisir, la salle de danse et la bibliothèque du village. Aux débuts de notre temps de bénévoles chauffeurs nous logions à cet endroit au centre du village, à côté de centre de secours. Il a, depuis, été rénové entièrement.
La vieille dame, devant les photos de classe d'enfants en culottes courtes me raconte qu'elle avait un vélo, pendant et juste après la guerre, qu'elle était jeune, et qu'il lui arrivait de ramener des enfants aux jambes glacées jusque devant chez eux. En ce temps-là tous étaient jambes nues et n'avaient qu'un bout de pain et la valeur d'un verre de vin comme repas. Elle se souvient aussi que certains avaient une comporte comme parc, et me dit que l'éveil n'était pas assuré avec un tel environnement. Certains s'en sont sortis, mais d'autres ont gardé d'étroits horizons.
J'apprends à cette occasion qu'il y avait un hippodrome à Marciac, dont on peut toujours voir le portail, près du lac, sur le chemin.
Enfin on voit une photographie panoramique des Pyrénées, prise côté français et la même côté espagnol. Quelle différence de paysages ! Enfin la géographie illustrée, embrassée, de nos montagnes préférées ;-).
Chercher les enfants, toujours en vélo.
Croiser la Garde Républicaine à cheval, des gendarmes à vélo. Ce matin j'en ai vu à pieds. Beaucoup trop de gendarmes me dit une exposante. Et pourquoi parlent-ils à ce touareg du Niger, bras croisés ou mains sur les hanches, à trois devant un homme seul ?
Nous décidons d'aller manger un sorbet coco à l'ancienne, sur le stand des fruits et fleurs des Caraïbes. Délicieux. Comment ça marche ? Demande Lumineux. Un récipient pour mettre le lait de coco, autour on pose les glaçons et le sel, on tourne la manivelle qui brasse le lait, jusqu'à ce que ça devienne du sorbet. Sain, frais, et très goûteux !
Au camping. Repas en compagnie des indiens et d'africains, sur les tables communes. Les enfants peuvent s'amuser, grimper aux arbres. Et puis prendre mes sacs, enfourcher le vélo et foncer vers le chapiteau par les chemins de traverse. Hop les barrières, les sens uniques qui font le tour de Marciac, et me garer, dire bonjour....
Vite, le ventre chaud producteur de musique, pour le concert de Marcus Roberts.
Ce pianiste aveugle était déjà avec Wynton Marsalis lors du 20ème festival, lors qu'ils ont crée et joué la Marciac Suite. Vingt morceaux spécialement pensés en l'honneur du 20ème anniversaire.
J'étais chauffeur alors, et lorsque nous avons été chercher les musiciens ils étaient tous très concentrés (ils répétaient depuis 2 jours sur place déjà), relisant leurs partitions dans la voiture. Marcus Roberts, lui, avait tantôt les écouteurs sur les oreilles, tantôt une sorte de tablette électronique qui lui permettait de rejouer. Il était tout à fait immobile et replié à l'intérieur de lui-même et de la musique.
Ce soir-là, au bout de quelques morceaux, un orage violent avait contraint Mr Guilhaumon à monter sur scène pour demander l'évacuation du chapiteau, devenu dangereux.
Wynton était tellement désolé qu'il a annoncé, promis, qu'il rejouerait ce concert dans les jours à venir. C'est ainsi que le lendemain, sur la place, sur la scène du off, dans un paysage de soleil lavé par les pluies de la veille, sont montés tous les musiciens. Et le concert à eu lieu entre 18 et 20h, en plein air, devant la foule de la place, ravie. Ensuite, Wynton Marsalis s'est prêté au jeu des signatures avec sa toujours grande gentillesse et sa non moins grande patience.
Ce soir, Marcus Roberts nous régale en compagnie de Roland Guérin à la contrebasse et Jason Marsalis à la batterie. Une musique vive et enlevée, avec la surprise du « special guest » : Wynton bien sûr !

Pour son concert, ce dernier joue la musique de Sydney Bechet . Il est accompagné de ses musiciens habituels (Ali Jackson à la batterie, Dan Nimmer au piano, Wycliffe Gordon au trombone, Carlos Henriquez à la contrebasse, Victor Goines au saxophone) mais aussi de deux anciens musiciens de Sydney Bechet : Bob Wilber à la clarinette, et Olivier Franc au saxophone. Sydney Bechet fut le parrain d'Olivier Franc, et il joue ce soir d'un saxophone qui a appartenu à Sydney. C'est une musique festive, prohce des fanfares et band de la Nouvelle Orléans. Wynton est dans son élément. Ça casse l'aspect trop théoricien et froid de sa musique habituelle. C'est la première fois que je l'entends chanter, un chant de funérailles : « Someone tell me Joe Turner has been here but he's gone ».
Le public est attentif et très réactif comme à l'habitude. Il demande 5 rappels qui sont exaucés. C'est l'anniversaire de Victor Goines, que l'on chante. Pour le dernier, Wynton nous souhaite bonne nuit et nous demande de faire attention.
Bon, ne reste plus qu'à aller se coucher alors....