31/08

Arrivée à Marciac après une journée de préparatifs divers : faire du gel douche, du shampooing, des chaussons aux épinards, des sacs, des paniers...

Puis enfin passer à la médiathèque rendre quelques ouvrages, gonfler les pneus du camion.

Et rouler.

Le soir, à la fraiche. Admirer dans les lacets la lumière du soir, tout particulièrement sur le Gers. Département très proche, mais à la lumière différente, aux paysages doucement vallonnés et plantés de blé et tournesols. Nous quittons le Béarn, ses paysages très verts et son maïs omniprésent. Les enfants s'endorment.

Installation sommaire au camping. Tout est identique à l'année dernière.

A peine les chaussons aux épinards avalés, Lumineux veut aller écouter la musique. Il est déjà sur son vélo, prêt à partir. Et nous voilà dans les rues pour aller aux abords du chapiteau écouter Sonny Rollins.

Bien entendu on rencontre des personnes connues. On prend des nouvelles. Depuis l'an dernier, comment ça va ?

Dans le chapiteau club on regarde un peu les écrans, mais, si on voit la scène et la chemise rouge de Sonny Rollins, on n'entend presque rien. Dehors le son est meilleur contre le chapiteau, mais les garçons veulent courir, parler, aller voir les camions de pompier. Encore discuter avec des personnes connues.

Etranges relations qui se nouent ici. Fortes, vraies, puissantes et authentiques. Chacun a choisi et aime participer à ce festival, en tant que bénévole on se sent d'une même famille et on oeuvre ensemble. Nous avons partagé des repas, des verres, des moments forts, des discussions personnelles, écouté les mêmes musiques et vu les mêmes scènes sous le chapiteau et dans les coulisses. Nous connaissons des anecdotes que seuls quelques initiés connaissent à propos de tel à tel musicien, de l'organisation de tel concert. Nous aimons le jazz, et c'est aussi ce que nous partageons. Prenons plaisir à partager depuis plus de 10 ans.

Comme dans l'association de secourisme dont nous avons fait partie, nous allons directement à l'essentiel dans les rapports humains. D'autant plus que nous savons que nous venons ici pour la même raison : faire en sorte que le festival se porte bien. Unis par la passion du jazz et du partage.

Retour au camion pour dormir. Nous y sommes. Le festival a commencé !

1er/08

Peaufiner l'installation. Monter la petite tente, le auvent. Aidés des garçons et de leurs copains retrouvés.

Il y a ici une bande de 5/6 garçons maintenant, qui viennent dessiner, courir, jouer, parler. C'est bien agréable de les avoir tous ensembles et aussi d'avoir des moments de tranquillité quand ils jouent à l'autre bout du camping.

Notamment quand on se rend compte que le hayon du camion ne s'ouvre plus et qu'on se met en demeure de démonter le cache pour comprendre le mécanisme.... même si rien ne permet de voir qu'on pourra réparer ou régler une pièce... Je trouve juste un moyen d'ouvrir de l'intérieur pendant qu'Humain actionne la poignée de l'extérieur. Ne rien laisser dans le coffre.

Enfin je peux enfourcher mon vélo pour aller sur la place, chercher du pain, écouter un peu la musique du off. Il fait beau, il fait chaud. L'animation semble s'être arrêtée l'an dernier et reprendre aujourd'hui, dans un mouvement de temps suspendu. On est bien entendu à Marciac, lieu où l'on pénètre après le panneau, par une sorte de quai 9 ¾, comme on prendrait le train pour aller à Poudlard. Ce n'est plus la magie sorcière, c'est la magie du Jazz qui opère ici.

Je suis sûre de moi, sûre d'être au bon endroit au bon moment, sûre de ce que je veux. Aussi je passe les obstacles qui se présentent à moi aisément.

Voir Mr Guilhaumon, faire ma requête, voir les autres personnes qui peuvent l'exaucer. Planter droit mon regard et garder en moi la force acquise dans l'année.

Je me sens légitime dans ma demande. Parce que je commence à prendre conscience de ma valeur, que je commence à voir comment je pourrais travailler davantage mes acquis pour continuer sur mon chemin. Photographie et écriture. Je me donne le droit.

L'endroit est bien choisi pour que nos émotions soient libres de circuler, de se déployer. Ce n'est pas le cas partout où elles sont brimées, étouffées souvent.

Je croise Wynton Marsalis dans une rue, je le salue. Je sais qu'il me reconnaît. Il sait qu'il m'a déjà vue ici, c'est suffisant.

Sa façon d'être, son travail avec les enfants ici, son talent de pédagogue, son amour du lieu. Même si j'ai du mal à apprécier sa musique, tout cela force l'admiration et donne une impulsion particulière à toutes les créations.

A Marciac, les émotions nées de la musique et de l'ambiance donnent envie de créer, d'être vivant, présent, acteur.

Retour au camping avec les nuages gris qui montent, le vent qui démarre, l'orage qui va gronder. Ranger, démonter le auvent, mettre tout à l'abri. Les garçons sont fatigués et très excités, courent partout, emportés par l'électricité du moment.

Et puis la pluie commence à tomber, les averses fraiches calment les esprits, canalisent un peu l'énergie bouillonnante de Lumineux.

Ils ont faim soudain. Pain et fromage à l'intérieur du camion.

Solaire s'endort d'un seul coup, son pain à la main.

Nous en profitons pour lire le journal. Demain la célèbre émission Le jour du seigneur sera diffusée en direct de l'église de Marciac, les consignes et l'organisation sont strictes. C'est un événement !

Le soir je reprends le chemin du chapiteau en vélo. Retrouver les coulisses, l'ambiance particulière, les amis. Toujours des gens à qui parler, avec qui partager. Reprendre des conversations où on les avait laissées il y a 1 an, ou 3 mois.

Et les concerts !

Intéractions de regards et de sons captés par les yeux, le coeur, les oreilles, l'objectif. Simultanément. Traduire les émotions en images. En mots au-dedans.

Ce soir à mon goût le début est doux, calme et tranquille. De la bonne musique, un bon spectacle, mais qui n'entraine pas le coeur.

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Le second concert est plus puissant. Je me surprend à apprécier, par comparaison, la musique de Wynton Marsalis. Peut-être parce que je ne le vois pas (il est assis à l'arrière dans le Lincoln Center Jazz Orchestra), je peux entendre qu'il lâche un peu sa fantaisie, derrière les pupitres, la musique très écrite et les costumes noirs.

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Rejoindre mon vélo dans les coulisses, parler encore. Partager. Ecouter. Etre là, dans la nuit fraiche, les pieds humides. Avant de rejoindre mes garçons endormis.