Désir de printemps
Par Lyjazz le dimanche 18 janvier 2009, 21:55 - Jeux - Lien permanent
C'était le soir béni où l'air était tiède et sentait la montée de sève. Le soir attendu où la fenêtre était enfin ouverte et où je brûlais d'envie d'être en manches courtes.
J'ai pourtant mis une chemise à manches longues. Et un vieux jean large qui mettait en valeur ma croupe et ma chute de reins. J'avais décidé de ne pas me mettre en valeur plus que ça.
Je voulais juste profiter de cette douceur prometteuse, me fondre dans l'air du temps, dans le moment présent, je ne voulais pas songer que l'on était seulement en mars et que le printemps n'était même pas arrivé alors que ce soir-là revêtait des promesses d'été.
La sève qui montait le long de mes reins, je ne voulais pas y songer.
Le frisson qui me parcourait parce que j'imaginais la caresse de l'air sur ma peau...
Mes yeux qui étaient acérés et brillaient, et scrutaient, mais pouvaient aussi être doux et demander des douceurs...
En fait cette atmosphère était palpable dehors, sous les arbres; et la chaleur emmagasinée dans le sol et les murs des immeubles renforçait cette impression. On pouvait croire que les arbres allaient fleurir là, dès le lendemain, comme dans un dessin animé, comme si une éjaculation végétale allait produire un effet immédiat. Je revoyais les graines de Mon voisin Totoro qui devenaient des pousses, puis des plantes, des arbustes, et enfin se rejoignaient pour créer cet immense et admirable camphrier.
Voilà, la nature nous gratifiait d'une atmosphère sexuelle et il nous semblait qu'il fallait absolument être nus et dehors en cette soirée.
Ce que nous fîmes.
Enveloppés de châles et paréos, de tissus légers et colorés, nos fronts ornés de foulards et nos poignets et chevilles de clochettes, nous sommes allés goûter cet air suave et laisser libres nos sens.
C'était le soir béni où l'air était tiède et sentait la montée de sève.
John Mc Laugling et Zakir Hussein jouaient Shakti, les accords de guitare et de tabla rythmaient nos danses. Et nos regards pétillaient de plaisir sensuels autant que nos pieds martelaient le bitume.
Nous n'avons rien dit mais nous avons ouverts nos coeurs, nous avons laissé nos sens parler et entendus la nature.
Nous sommes allés jusqu'à l'église, dans la rue parallèle, et nous nous sommes agenouillés sous le porche. Là, Hélène et François, improvisés en prêtre et témoin, nous ont mariés.
Quelqu'un nous a offert des fleurs et nous sommes repartis, toujours nus et dansants, dans la cour derrière l'immeuble.
La 2 cv rouge d'Hélène était peut-être mal garée. Ou alors c'est à ce moment que quelqu'un a dû nous dénoncer. Nous avons entendus les flics arriver et nous n'avons eu que le temps de grimper les escaliers en une sarabande désorganisée mais puissante, pour rejoindre l'appartement.
Ils ne sont pas venus taper, considérant sans doute que la décence était préservée puisque nous étions à l'intérieur.
Le voisin scandalisé n'a sûrement pas voulu porter plainte du moment que ses yeux n'étaient plus choqués.
Nous avons chanté
"Les vieilles chouettes sont à la fenêtre pour voir si l'on boit ha ha !
Mais si elles savaient, comme on les emmerde, elles n'y seraient pas ha ha ! "
Les futons étaient étalés dans toutes les pièces, et nous étions allongés, le narguilé gargouillait et les pétards tournaient. Nous buvions de la bière à la cerise et des jus de fruits. Nous mangions du chocolat à la lueur des bougies. Des doigts s'égaraient dans des toisons pubiennes tandis que des corps se frôlaient, se mélangeaient. Les Doors chantaient. Ou alors Creadance Clearwater Revival. On riait. Nos échanges étaient précieux et sensibles.
L'air était doux et j'aimais le sexe. J'ai eu plusieurs orgasmes ce soir-là. C'était magique.
C'était le soir béni où l'air était tiède et sentait la montée de sève....
Quinze jours après je savais que j'étais enceinte. J'étais heureuse de cette étincelle allumée dans mes yeux qui avait pris corps.
Tu es née de cette fabuleuse soirée ma fille.
Ecrit pour le grain 7 des sabliers givrés, initiés par Kozlika. Ce soir c'est moi qui ai choisi l'amorce : il s'agit du début du billet Apocalypse tomorrow sur le blog de David, Tangible.
Commentaires
Chaud, chaud devant
et bien raconté, sans vulgarité,exercice difficile
par les temps qui courent...
ca me dirait bien moi d'etre née d'un aussi bon moment !
belle amorce et belle inspiration ! je te souhaite d'innombrables printemps vivifiants et des voisins moins bêtes...
Oh, joli ! Une belle saveur de liberté.
Quelle belle scène de transgression et de liberté assumée !
Merci à tous.
Effectivement l'amorce était un appel vers des moments chauds, et je me suis bien laissée aller...