Derrière la grille
Par Lyjazz le lundi 10 mai 2010, 02:24 - Jeux - Lien permanent
« C'est comme ça, Joseph, c'est juste comme ça....
Elle apparaîtra dans le ciel, ou elle sera déjà posée au sol, mais lorsque les gens la verront, ils sauront qu'un malheur se prépare. «
C'est le début d'un livre, c'est ce qui va arriver, que les lecteurs attendent.
La semaine dernière l'émeute a eu lieue derrière la librairie La crème du crime. Un groupe avait lu Plume d'ange et attendait. J'étais avec eux, dans le groupe premier, plutôt goguenard et circonspect. Je n'attendais rien, moi, j'avais plutôt envie de voir un mouvement de foule, d'observer comment chacun imaginerait le pire et s'y préparerait.
Je sentais les enfants, plus crédules et plus imaginatifs, qui se pressaient les uns contre les autres, je les entendais se faire peur. Parfois attisés par les adultes qui les avaient entraînés là, comme si c'était un spectacle pour enfant ! Mais comment empêcher un groupe de se constituer, de venir attendre derrière des grilles ?
La publicité avait été si bien faite....
Le signe était là : la plume blanche tombée du ciel. Des « oh ! « et des « ah », puis des « poussez-vous ! » « arrêtez de bouger ! » des photographes du dimanche.
Maintenant ils restaient là. Attendant la suite : la visite d'un ange.
Mais avaient-ils lus le livre, vraiment ?
Selon mes sources, une fois l'ange apparu, un crime serait commis.
Ça n'avait pas l'air de leur faire peur....
Mais on sentait quand même un frémissement vers l'arrière du groupe. Tandis que devant la grille tout le monde se sentait protégé.
Il était 17h et il faisait encore grand jour. Ce qui expliquait la présence des enfants, et le sentiment d'impunité, de puissance.
On entendait un air de musique derrière la porte, là, en face.
Il a fallu attendre encore une heure avant que quelque chose ne se passe.
J'avais réussi à passer de l'autre côté des grilles, parce que je connaissais un des gardiens.

Alors je prenais des photos du groupe qui attendait.
En attendant moi aussi.
Et puis tout est allé très vite.
L'Ecrivain est sorti de la librairie, un stylo à la main, pour signer quelques autographes.
Dans le même temps, derrière la foule pressée à la grille, un homme a fait mine de tirer sur un autre, qui s'est effondré pendant que le tireur s'enfuyait.
Mouvement de panique contre les grilles, et l'Ecrivain qui restait imperturbable et signait des bouquins.
Après 2 mn de flottement l'homme abattu s'est relevé, a épousseté sa veste, a fait un petit sourire, puis un petit salut de la tête à l'Ecrivain, il a tourné les talons et il est parti.
Applaudissements nourris de la foule.
Belle mise en scène !
L'Ecrivain a tourné son fauteuil roulant, m'a demandé de l'aider à passer le trottoir pour partir.
Sur le dossier il portait un dessin d'ailes d'anges.
On a entendu la fin de la chanson : c'était du Bobby Lapointe
« Su' l'trottoir, j'ai rencontré
Un ange descendu des cieux
Su' l'trottoir, j'ai rencontré
Un bel ange aux yeux bleus
Soudain passe un Monsieur bien
Bien vêtu mais gueul' minable
L'ange a murmuré "Tu viens" ?
-Combien ?- Cinq cent balles
Diable.
Et tous les deux ils sont partis
Mon ange descendu des cieux
Mon ange bleu du paradis
Et le vilain Monsieur. »
Fin du happening.
Comme j'attendais que les grilles s'ouvrent, après le départ de la foule, j'ai observé le quartier.
La chanson flottait encore dans ma tête.
Une lumière s'est allumée. Carmen est apparue devant sa porte, en bottes à talons, rouge à lèvres, pantalon collant et seins pigeonnants, décolleté à l'avenant.... Gueule d'ange, itou.
Je suis monté.
ooo
''Ceci est ma participation au jeu du diptyque 5, session 1, organisé par Akynou. Il s'agissait d'écrire une histoire correspondant à cette photo de Hugues Léglise-Bataille''
Commentaires
Excellent, vraiment !!!
Merci !
Je renchéris sur le "excellent !"