Caminando
Par Lyjazz le mercredi 22 octobre 2008, 16:47 - En chemin - Lien permanent
Les mots de Pablo en commentaire de ce billet m'ont fait avancer encore dans la réflexion.
J'ai d'abord écouté la chanson par J M Serrat, mais comme je ne comprenais pas tout, et que j'ai besoin du support écrit pour comprendre mieux l'espagnol (je ne suis pas bilingue) j'ai cherché les paroles d'Antonio Machado.
Caminante, no hay camino
se hace camino al andar
Caminante, son tus huellas
el camino, y nada mas ;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar
Al andar se hace camino,
y al volver la vista atras
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar
Caminante, no hay camino,
sino estelas en la mar
''Campos de Castilla, 1917"
Et la traduction en français
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
Marcheur, ce sont tes traces
ce chemin, et rien de plus ;
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
En marchant se construit le chemin,
Et en regardant en arrière
On voit la sente que jamais
On ne foulera à nouveau.
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Seulement des sillages sur la mer.
(Traduction de José Parets-LLorca )
Et je me suis rendu compte que cette philosophie de vie qui me tient depuis des années (je pense : depuis toujours) a été explorée et mise en mots par d'autres.
J'ai trouvé par exemple ce texte du géographe Jacques Lévy, intitulé Serendipity qui relie tout à fait les thèmes qui m'habitent en ce moment.
Je vous en cite des extraits : ''Ce mot anglais désigne à la fois la faculté de faire des trouvailles par hasard, la réalité de ces découvertes ainsi que le dispositif les rendant possibles.... Il participe de ce que nous pouvons appeler l'univers des virtualités : dans une ville, la possibilité d'interactions non prévues, en particulier celles rendues possibles par le contact multisensoriel dans les espaces publics, donne accès, lorsque le potentiel est actualisé, à des trouvailles inattendues. On cherche une chose, on en trouve une autre – ou on rencontre quelqu'un. On va quelque part et on se retrouve ailleurs, tout en restant éventuellement dans le même lieu. ... Umberto Eco, qui a écrit à ce sujet, exprime dans son livre le fait que dans la définition des conditions du voyage réside une grande part des caractéristiques de la destination effective.''
J'ai trouvé aussi qu'Edgar Morin cite les vers d'Antonio Machado dans le premier tome de La Méthode, p 21 pour dire que ''la méthode ne peut se former que pendant la recherche". Ajoutons que les premiers vers Caminante, no hay camino se hace camino al andar, sont devenus depuis la devise symbolique du programme européen ''Modélisation de la complexité".
Mise en abîme, miroir, élan, profondeur du thème.
Outre le fait que je suis bien évidemment d'accord avec Pablo : si les chemins n'existent plus sur le terrain, ma quête saura les retracer ailleurs, dans un lieu qui m'appartiendra, sera une part constituante de ma famille, fera le lien entre mes ascendants et mes descendants; mais aussi ils contribuent à faire du lien dans ma vie présente : en reliant ce que je suis à ce que j'étais, à ce que je souhaite devenir, à ceux que j'aime, à ceux que je rencontre.
Je pense que ce thème du cheminement, de l'avancée personnelle vers une amélioration, est à la fois une façon de se centrer dans sa vie, et aussi de faire la part de soi dans celle de son Histoire.
J'en veux pour preuve les discussions avec mon amie A. dont la double
culture et la recherche de soi mènent aussi sur un chemin.... qui est le sien.
Mais nos préoccupations de fond sont parfois semblables. Comme si les chemins
que nous suivons, le sien et le mien, étaient ce qu'ils sont à cause de (et
grâce à) nos origines. Je veux dire que, peut-être, des personnes ancrées dans
un pays depuis des générations ne ressentent pas ce besoin viscéral de suivre
un chemin. Je n'en sais rien. Je m'interroge.
En fait, en écrivant Cheminement c'est à elle que je parlais. Elle est mon inspiratrice.
Mon chemin est toujours à interroger, à créer en le vivant.
Enfin, cela m'a rappelé ces vers : «Enfonce-toi dans l'inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer.» René CHAR A suivre....
Commentaires
Tes réflexions sont très intéressantes, je suis content (et un peu ému) qu'une simple observation (qui pour moi était évidente : les vers de Machado et la chanson de Serrat sont très populaires parmi les espagnols d'un certain âge...) t'ait poussée ainsi sur les chemins de la "serendipité" http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A... (j'ai découvert ce mot grâce à un film avec John Cusack qui porte ce titre : un film assez nul finalement, mais que j'ai pourtant bien aimé
http://akas.imdb.com/title/tt024089...
).
Pablo, c'est très intéressant pour moi ton regard depuis l'Espagne : je ne pouvais pas savoir que ce texte était populaire en Espagne, mais en même temps, Machado m'était quand même connu... j'ai eu de bons profs d'espagnol au collège et au lycée.
En outre, tout ceci est frappé de sérendipité en effet : je tombe sur le terme, qui me fait revenir au surréalisme (mon billet suivant), et c'est encore une façon du hasard pour me dire que c'est le moment pour moi de creuser encore, de repenser à mes origines... d'où le : à suivre.
Il m'est arrivé à moi aussi de voir des films dont le thème ou l'histoire m'intéressaient peu sur le moment, mais dont je me souviens encore, parce qu'une partie du film, une émotion, une relation entre 2 protagonistes avaientt une signification pour moi, ou en acquerra une plus tard !
J'ignorais, par paresse et autres raisons non raisonnées, la présence de ce texte ,quand je te sommais presque de regarder INTO THE WILD de Sean Penn : Alexandre qui finit par admettre la nécessité de signer par son véritable nom...s'inscrit parfaitement dans cette lignée d'interrogations profondes qui résonnerait très invariablement dans chacun de nous....Bouleversant pour moi!!!
Je suis fière de cette empathie...
Ton texte me rappelle des citations qui se bousculent dans ma tête et ne sachant quoi faire avec, je te les livre en vrac :
Selon Heidegger : "Le poète est le berger de l'être"...
Selon Butor : retrouver sa place dans ce gigantesque "puzzle" pour une esthétique universelle...
Et ce sacré Gibran Khalil Gibran qui a déjà tout "prophétisé"...Cette bousculade "livresque" me rappelle aussi ce que dit Perec sur "la filiation" spirituelle...
Dans ton jardin de Parchemins, buvons ensemble "cette rosée afin que jamais ne vienne la sécheresse dans nos coeurs" (mes excuses à une ancienne collègue, l'auteur de Prélude d'amour dont le nom m'échappe dans l'immédiat)
J'envoie à l'hôtesse du blog et ses convives un bouquet de rosées dont les gouttelettes s'écoulant reflètent l'image d'une ville qui se réveille...
Saint Denis se lève...
Mon coeur sourit...
CHOUKRAN' Lyjazz
Aiguemarine, L'Amie A
Hé, hé ! On peut dire que tu as pris ton élan avant d'y aller !
Mais pour un premier commentaire, je ne suis pas déçue !
Il te fallait le moment....
Je me baisse, main sur le coeur, et je te salue, devant St Denis dans la chaleur et le bruissement vert.