Les chemins sont choisis et de toutes les manières liés puisqu'un chemin mène à l'autre.

Si nous les choisissons ils seront notre et nous pourrons les prendre bras dessus bras dessous pour deviser de concert, de conserve, de recettes, de sorcières, et autres, et plus si affinités ....

Mais je m'égare.

Vite, sortons la boussole, la carte, le GPS pour être modernes (et surtout fichés), c'est pour ça que je reste fidèle à la bonne vieille et belle carte IGN, lisible, relisible, montrable, explicable, sur laquelle je passais des heures à me repérer, à me réparer, à lire et prononcer les noms de villes et de villages, de lieux dits, pour oublier les non-dits et me perdre dans les noms.

Toute petite déjà (vers 8/9 ans) je listais les noms de villes que nous traversions lors des départs en vacances dans l'Ariège, et je remplissais mon carnet de poèmes et de bleds. J'étais donc capable de réciter dans l'ordre le chemin qui nous menait vers les montagnes et les grottes ariégeoises.

Bien plus tard, une année que je partais le lundi matin vers 5h pour rejoindre Bordeaux (2 h 15 de route), seule, à cours de phrases à me dire, ne trouvant pas dans les extraits que je connaissais suffisamment de points communs avec mon périple et ma vie de cette année-là, je me suis surprise et amusée de me réciter les noms des villages que je traversais.

Les chemins me parlent.

Je les élis si je veux.

J'aime faire des boucles, prendre un chemin à l'aller, un autre au retour. Me demander où va celui-ci, explorer l'autre.

On peut les suivre à l'oreille, pour écouter de plus près un chant d'oiseau (à ressort ? voir Haruki Murakami, dont un recueil de nouvelles sort, là, je viens de le lire dans Télérama), une cascade, un bruissement, un son de cloche..

Et puis dans le brouillard ils sont trompeurs, plus ouatés, cotonneux et silencieux, sauf s'il y a un troupeau de moutons qui nous guident de leurs cloches. Et comme la carte est alors inefficace : on est perdu, les moutons sont bienvenus de sonner, montrer que nous sommes dans un endroit habité.

Alors ça y est : on s'y retrouve! Pas forcément là où nous voulions arriver, mais on est capable de se situer sur une carte, et donc de retrouver notre chemin initial.

Mais revenons à la carte : celle que l'on a pris pour la randonnée; celle du pays tout entier; celle du continent; le planisphère qui contient le monde et nous le donne à voir dans son ensemble, incluant les masses d'eau.

C'est un régal, une référence, un chemin à deviner, créer, tracer, que j'aime montrer à Lumineux, qui aime voir où nous sommes, qui interroge les images...

Cela me parle, fait revenir à la surface la prof d'HG.

Cela fait référence à mon Histoire familiale : je n'aime pas les chemins seulement pour leur beauté intrinsèque, mais aussi pour leur sens. Je pense en ce moment à ce chemin de mon père, petit garçon de 5 ans (bientôt l'âge de Lumineux, tiens,donc le moment...) qui a marché en compagnie de sa mère et de sa soeur de 3 ans, pour quitter le pays qu'il avait toujours connu, pour rejoindre par les montagnes la France qui l'a si mal accueilli. Il faut savoir que les Espagnols de 39, qui sont arrivés sur la côte des Pyrénées Orientales, ont été parqués dans des camps de concentration, les hommes mis sur les plages d'Argelès, les femmes et les enfants ailleurs, que les familles ont mis beaucoup de temps à se retrouver... Cela mûrit, cette envie de suivre le chemin, qui serait un peu mon chemin de Compostelle, version mémoire familiale et historique, si jamais le chemin existe encore...de_Collioure_a_Argeles.jpg