Primates et humains
Par Lyjazz le mercredi 8 octobre 2008, 01:15 - Société - Lien permanent
Les chimpanzés sont nos cousins. Nous avons une branche commune dans l'arbre généalogique des primates, et puis elle se sépare et nous voici donc cousins des chimpanzés. Jusque là rien que du connu. Mais je voudrais faire un parallèle de plus entre les chimpanzés et nous : il concerne l'éducation du petit.
La maman chimpanzé reste avec son petit en permanence, elle l'allaite, il est transporté sur son dos. A tel point que le cycle de cette maman ne se remet en marche qu'au bout de 4 ans. A ce moment son petit pourra supporter de laisser la place à un autre bébé qui naitra l'année d'après. C'est simple. Logique et naturel. Dans un parc animalier, un soigneur est ainsi resté avec un petit chimpanzé 3 ans, sans autre interruption qu'une sortie de 24 h pour le « papa ».
Chez les humains, la maman est censée, poussée par les professionnels, laisser son bébé dès ses 3 mois, après son congé maternité, pour repartir travailler. On l'encourage à le donner à garder à des professionnels qui ont plusieurs enfants à charge. On l'exhorte à laisser dormir son bébé dans une autre pièce, dans un autre lit. On lui demande insidieusement combien de temps elle compte l'allaiter, si elle le fait (les industries laitières sont toujours présentes dans les maternités, mais de manière déguisée). On lui vend du matériel de puériculture très onéreux, toujours plus performant, pour lui permettre de pousser son enfant devant elle sans le toucher, l'écouter quand il pleure à l'autre bout de la maison, le rassurer quand il est seul et à besoin de présence. On favorise les objets transitionnels. La maman est invitée à redevenir femme le plus tôt possible, c'est à dire à reprendre très vite son rôle d'épouse et d'amante, puisque ses seins sont avant tout des objets sexuels du compagnon (selon Rufo). L'allaitement long est proscrit car castrateur, ou inhibiteur, ou incestueux, selon les psychologues qui se réclament de Freud. Alors même que l'OMS conseille un allaitement exclusif pendant 6 mois et parle de sevrage vers 2 ans. Sachant que le lait maternel change à mesure que l'enfant grandi, et qu'il est donc toujours le meilleur aliment pour lui.
Tout est fait pour que notre rôle de mammifère soit réduit à sa portion congrue, jusqu'à l'accouchement qui doit être indolore et totalement aux mains des accoucheurs, qui savent, eux, comment ça doit se passer -lire : selon le protocole, au lieu de : selon la nature- alors que les femmes savent donner naissance depuis des millénaires.
Je veux dire qu'il n'y a pas de choix possible. Ou plutôt que le choix culturel est en train de passer pour le seul choix possible, qu'il devient la norme. Au point qu'une jeune mère marocaine donnera le biberon à son enfant, disant que l'allaitement « c'est bon pour le bled ». Au point que des mères africaines achèteront une poussette, et regarderont les occidentales qui portent leur enfant dans une écharpe avec un drôle de regard (d'envie ? De regrets ? De réminiscence ?)
Heureusement que certains peuples, et pas des plus défavorisés, comme les japonais ou les suédois, continuent de dormir avec leurs enfants, d'accoucher à la maison sans recours à la péridurale.
Moi je me demande : quel est le choix inhumain ? Celui du soigneur de primates ? Celui de maman dans notre société ? Sachant que la maman qui fait le choix de rester avec son enfant, de s'en occuper jusqu'à 3 ou 4 ans, voire davantage, ne sera pas payée. Sachant que le soigneur spécialiste des chimpanzés reçoit une paye pour son travail.
Commentaires
Toi qui aimes bien lire, peut-être auras-tu plus de patience et de "courage" que moi pour venir à bout de "Beaux seins belles fesses" de Mo Yan que m'avait conseillé une blogueuse.
Je n'ai pas pu en venir à bout (il y a environ 800 pages) mais il faut dire aussi que la question de l'allaitement et de la maternité s'y développe de façon totalement loufoque et baroque.
Comme j'ai lu dans ton commentaire sous le volet du diptyque que tu aimais la littérature sud-américaine, je te conseille ce roman, (d'un Chinois!) baroque et luxuriant.
Tu y trouveras de quoi "alimenter" des thèmes qui affleurent dans ton billet du jour.
Merci de me donner ce titre.
Oui, j'aime lire. Et les latinos américanos ont fait mes délices.
Mais un pavé de 800 pages me fait peur : 2 petits qui ont 18 mois de différence ça occupe suffisament pour que mes soirées lecture soient loin derrière moi, et surtout avant eux.
Je note pour plus tard.... et si je le trouve à la bibli, je me laisserais peut-être tenter...
Je ne sais pas, Lyjazz. Je ne sais pas.Je n'ai pas d'enfants. Mais je pense quand même que le retour dans certaines mentalités à une maternité obligatoirement fusionnelle et heureuse de l'être n'est pas sans faire de dégâts, autant que le lâcher-prise obligatoire. Chaque famille devrait pouvoir vivre l'arrivée d'enfants comme elle l'entend, sans discours culpabilisateurs d'un côté ou de l'autre...
Anna, je suis bien d'accord avec toi : chaque famille devrait pouvoir faire comme elle l'entend, sans discours culpabilisateurs.
Et ce n'est pas le cas.
C'est ce que je veux dénoncer. Chaque choix, même et surtout fait en conscience, après réflexions et lectures, devrait être interprété comme celui de la famille (et/ou de la maman pour les cas de maman solo) alors que ce n'est pas le cas dans notre société.
Je suis très touchée de ton avis de nullipare (pas beau ce mot, mais rapide) parce qu'il sonne comme une interrogation et prône la liberté de chaque famille.
Je constate que ce n'est pas le cas du tout : ni dans l'entourage, ni auprès des personnes rencontrées dans la rue, ni auprès de professionnels de la santé. Parce que beaucoup ont des opinions très tranchées sur ce que doit être l'éducation d'un enfant.
Et que cela remue beaucoup à l'intérieur de chacun, de voir, d'entendre des enfants, et de se remémorer l'enfant intérieur que l'on a été.
Je ne suis pas sûre que la fonction maternelle soit à ce point ancrée chez nous. Elle ne l'est pas aussi fortement dans la nature non plus. Nombre d'espèces tuent souvent leur petits à la naissance. Et il y a des "mauvaises mères" partout, souvent relayées par le groupe, ou pas d'ailleurs.
La place de l'enfant, du bébé n'a jamais été dans notre espèce à nous prépondérante et le modèle de la femme s'occupant exclusivement de son enfant est relativement récent et surtout réservé à une certaine couche de la société.
Le problème ne vient pas tant du choix qu'on nous laisse que du désir très humain de faire comme les autres. De se conformer au plus grand nombre. Ça ne veut pas dire que le choix n'existe pas.
J'ai eu des enfants tard, et j'en ai eu trois. Je n'ai JAMAIS envisagé de m'arrêter pour les élever car une maman aimante est pour moi une maman bien dans sa peau et mon travail (j'ai de la chance, mais j'ai aussi beaucoup travaillé pour avoir cette chance) fait parti de mon équilibre. Cela ne m'a pas empêchée de les allaiter pendant longtemps, un an pour l'aînée, 14 mois pour la seconde (j'ai arrêté quand je suis tombée enceinte de la troisième) et vingt mois pour la dernière.
Des conneries, c'est vrai, j'en ai entendu plus souvent qu'à mon tour, notamment de la part du médecin du travail qui était contre les femmes qui allaitent alors qu'elles travaillent parce que ça les fatigue. Je lui ai répondu que moi, ce qui me fatiguait, c'était mes horaires de boulot et je n'en ai fait qu'à ma tête.
On a le choix, mais encore faut-il savoir de quoi on a envie et ce qu'on veut faire.
En partie d'accord avec toi.
C'est justement cette fonction de mammifère qui est tellement lointaine et que beaucoup de femmes ne veulent pas regarder en face.
Parce qu'elle resurgit au moment de la grossesse, de la naissance, quand le nourrisson est tout à fait tributaire de sa mère.
Cela remue d'ailleurs autre chose encore de notre histoire personnelle.
Et c'est cette histoire personnelle qui fait que l'on est une bonne ou une mauvaise mère bien souvent.
Je ne comprends pas trop d'ailleurs tes "mauvaises mères relayées par le groupe ou pas". Si tu parles du mimétisme, de la fonction miroir qui fait que l'on est entrainé à faire comme les autres, ou d'autre chose encore...
La place de l'enfant, dans une société industrialisée, est souvent loin des parents, mais plutôt parce qu'ils ne souhaitaient pas s'attacher à cause de la mortalité infantile très forte, et aussi à cause du poids de la religion, non ? Par contre, si on regarde des sociétés qui vivent en accord avec la nature, les fonctions naturelles sont vécues de façon moins culturelle : je parlais du Japon, on peut parler de l'océanie... la naissance et la petite enfance sont vécues de façon plus proches que dans nos sociétés trop cérébrales.
On tombe quand même sur la tête, à penser à fabriquer des bébés hors de l'utérus d'une femme !
Je ne m'inquiète pas du tout pour des femmes de caractère comme toi, qui ont réfléchi, fait des choix, pris des options et tenu tête à qui n'était pas d'accord avec lesdites options, mais je suis triste de voir que la majorité ne voit pas plus loin que le bout de son nez et écoute le toubib qui dit qu'il faut arrêter d'allaiter à la reprise du travail.
Cela rejoint ce que tu dis : "savoir ce que l'on veut faire, de quoi on a envie"... beaucoup trop de mamans (et de femmes ?) se déconnectent de leurs envies parce que d'autres pensent à leur place.
Je te tire mon chapeau d'avoir su maintenir ton choix d'allaitement, même face à un médecin ... qui n'avait peut-être pas envie que tu prennes des poses pour tirer ton lait ou aller nourrir ton bébé ? C'est trop rare encore maintenant.
Mais j'ai pu constater aussi que les femmes qui ont des enfants tard sont un peu rebelles et peuvent tenir tête : on a passé l'âge de se faire emmerder !