Il y a les maths avec mes petits garçons. Ceux des frère Lyons. Très bien faits. Et assez
ludiques pour les amuser.
Il y a les travaux dans le couloir. Dernièrement : le ponçage. En
image, vous allez voir ce que vous allez voir……




En fait c’est un truc à fusiller un aspirateur, à s’asphyxier, s’encrasser
les poumons. D’où le masque. J’ai fini par tuer mon vieil aspirateur, celui qui
ne servait plus que pour les travaux. J’ai vaporisé régulièrement de l’eau pour
faire retomber la poussière, et je n’ai surtout pas enlevé mon masque.
J’avais bien pris soin de fermer les portes et de protéger les bas de porte.
Il n’empêche que la poussière de plâtre s’est déposée partout, y compris à
l’intérieur des pièces et des placards. Une vraie partie de plaisir de poncer
tous les murs !
Je vais donc pouvoir passer aux finitions : enduit de lissage pour
rattraper ce qui est trop irrégulier. Avant peinture.
Pour l’instant, mon père en profite pour remettre l’installation électrique
aux normes. Je l’aide comme je peux. Du haut de ses 77 ans ses connaissances
sont toujours présentes, mais il a maintenant la sagesse de reconnaître qu’il
n’a pas l’endurance, l’envie, de faire de longs chantiers. Il a ainsi pu me
dire qu’il était d’accord pour me guider pour refaire ma salle de bain, mais
pas pour venir m’aider, sauf quelques jours de temps en temps. Ça, c’est le
prochain chantier. D’importance.
Et moi, je me dis que je vais tenter d’apprendre seule, de poser les bonnes
questions, de réfléchir et essayer. Et on verra bien. Parce que l’homme qui
partage ma vie n’est pas du tout un manuel. Il n’a aucun sens technique, ne
sait pas faire, ne sait pas voir ce qui manque, comment aider. Il faut lui
dire, lui donner des ordres, et lui laisser le temps de mettre en œuvre. Ce qui
veut dire qu’il faut que j’évite de me mettre à faire la même chose que lui
sous peine de râler, me mettre en colère, pester parce que ça ne va pas assez
vite de son côté. Comme en plus sa vue n’est pas bonne, il se contente de
passer les premières couches de peinture, et je peux ensuite faire les
finitions, remplir les manques. Ce qui veut dire que je vais d’abord faire des
plans, des tableaux, tout organiser, chiffrer, planifier. Et lui expliquer.
La semaine dernière j’ai vidé un vieux cartable dont j’avais besoin. Il
contenait des chemises cartonnées pleines de vestiges d’une autre vie :
quand j’étais formatrice en insertion. J’ai survolé ces papiers et récupéré des
brouillons pour les enfants. Sûre que c’était bien fini pour moi, ce genre de
travail.
L’une des chemises, à ma grande surprise, contenait des copies de mails. En
2000, j’imprimais les mails pour les garder, comme je gardais les lettres de
mes amis ! Cela me semble tellement loin ! Je ne me souvenais même
plus que je pratiquais comme ça. C’était une phase de transition entre le
moment où j’échangeais des missives papiers, manuscrites ou tapuscrites, et
celui où mes échanges épistolaires sont devenues exclusivement virtuelles. En
fait, je me souviens bien que j’ai été connectée à l’internet très vite, en
1992 il me semble que j’échangeais déjà avec mon frère de cette manière. Nous
avions un FAI (qui a disparu) et des heures comptées pour nous connecter.
J’avais appris à taper avec mes 10 doigts et j’aimais écrire sur l’écran,
déjà.
Mais peu de personnes dans mes correspondants étaient reliées à l’internet.
Et j’ai retrouvé des mails imprimés qui me disent qu’enfin machin ou bidule
sont connectés.
Pourtant, je me souviens bien qu’à la fin de 2001, quand nous avons décidés
de nous marier, nous avons seulement envoyé quelques mails, ce qui semblait à
la fois cavalier, expéditif, et peut-être je-m’en-foutiste aux plus âgés (mais
aux anciens nous avons téléphoné), et simplement normal aux plus jeunes
(c'est-à-dire aux enfants des quarantenaires d’alors).
Je constate simplement que la fenêtre sur le monde, que me procure le web,
prend de plus en plus de place. Je ne suis pas du tout intéressée par des
émissions à heures fixes, statiques, à la télévision. Je n’ai jamais succombé
au zapping, même si j’ai eu accès à de multiples chaines puisque ma ville a été
cablée en 1992 je crois. J’ai bien essayé pourtant, mais nous avions un
téléviseur de 36cm sans télécommande. Cet hiver-là je me souviens que j’étais
immobilisée par un épanchement de synovie, devant les JO d’hiver retransmis sur
plusieurs chaines, et que je tentais de changer avec un manche à balai. Mais en
fait, c’est anecdotique : je restais le plus souvent par terre, à 1m de
l’écran, pour tendre le bras et voir l’épreuve suivante sur une autre chaine.
Et encore, c’était à cause de ma blessure que je regardais tant la télévision.
J’ai toujours été du genre à suivre une émission, ou un film, avec un livre à
la main. Il m’arrivait même, parfois, de lire un magazine, regarder une
émission, jouer au scrabble et compter les points. Et gagner. Ce qui ne
manquait pas d’étonner les parents de mon compagnon.
Cela pour faire le parallèle entre ces moments qui réunissaient des
personnes à la veillée, et ce que nous vivons en ces temps modernes de
communications virtuelles.
Je passe souvent des soirées à bavarder avec des amis que je connais
seulement par internet, et nos échanges sont quand même forts, et ils
permettent que je lise, écoute de la musique, parle avec plusieurs personnes de
sujets totalement différents, fasse une recherche sur un thème ou un projet ou
un objet dans le même temps. Sans renoncer à ma vie personnelle qui peut avoir
lieu au même moment. Après tout, si je discute de musique avec un ami par
clavier interposé, rien ne m’empêche de surveiller la cuisson du pain, mettre
en route une lessive, ou consulter un catalogue sur les salles de bain, un
livre sur les huiles essentielles dans le même temps.
Cependant, j’ai passé une bonne semaine sans internet (en refaisant le
tableau électrique une fibre optique s’est cassée), je me suis sentie comme en
vacances, j’ai dû arrêter de courir, d’amasser de nouvelles informations, de
parler avec mes amis, pour terminer des classements commencés parfois il y a
longtemps, tirer parti des ressources engrangées dans les dossiers de mon
ordinateur.
C’est un peu comme quand on arrête de faire les courses souvent, pour manger
enfin ce qui est dans les placards, parfois depuis longtemps. Vivre dans le
présent et arrêter de fuir ?
Mercredi 16 au courrier j’ai reçu La revue des 100 voix. Un opus
mensuel qui réunit 9 récits de 400 mots, tous autobiographiques. C’est la
deuxième fois qu’ils éditent un de mes textes. Et ça me fait bien plaisir. Il
me semble d’ailleurs que la qualité est bien meilleure, cette année que l’an
dernier (ils débutaient). Le lien entre les textes choisis est bien plus fort,
et les écritures bien plus resserrées. Tout le monde peut proposer un texte à
Marianne Faure et Philippe Gardien. L’une édite, l’autre illustre. La revue des
100 voix est distribuée dans certaines librairies ou lieux inhabituels. Surtout
à Paris, mais aussi ailleurs. A mon avis ça va continuer d’évoluer. J’ignore
l’accueil fait à ces revues, si elles se vendent bien. Mais moi je prends
plaisir à resserrer mon écriture, à condenser mes idées pour atteindre
l’essentiel.