Parchemins Instantanés

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jeudi 29 décembre 2011

Nom de nom !

Je fais refaire ma carte d’identité.

A mon nom.

Il faut que je fournisse un justificatif de domicile. A mon nom.

J’en ai un.

Mon compagnon me propose l’avis d’imposition. Sur lequel n’est pas noté mon nom, mais le sien, et Mme accolé. Je m’insurge ! Il me souvient d’avoir déjà expliqué aux impôts que je tenais à garder mon nom. Mais depuis plusieurs années c’est monsieur qui s’occupe de ces papiers, seul, par internet. Il a dû oublier. Mais il me soutient que c’est la règle pour les impôts. Je ne suis pas d’accord.

Et d’abord….

- pourquoi une femme doit toujours justifier de ce qu’elle est par rapport à son sexe ? Pourquoi dire si je suis Mme ou Melle ? On ne demande pas à un homme s’il est puceau que je sache ?

- pourquoi est-ce toujours le nom de la femme qui est gommé sur un papier officiel ? Mme Machin a épousé Mr Truc, elle est englobée sous la formule Mr et Mme Truc. Quand on ne l’appelle pas Mme Roger Truc parce que Mr porte ce prénom !

- pourquoi on demanderait à Mme Machin de préciser qu’elle est « épouse Truc » ? Alors qu’on ne demande pas à Mr Truc de préciser qu’il est « époux Machin »….

Encore des discriminations !

Et enfin, lors d’un mariage, je rappelle que les époux gardent leur nom, mais qu’il peut être pratique pour l’un des deux de porter ou d’accoler le nom de l’autre au sien.

De même, les enfants peuvent porter les deux noms de leurs parents.

lundi 10 octobre 2011

La relation de soin et des livres qui ont marqué mon enfance

« De toute façon ce qui soigne, ce sont les intentions du patient conjointes aux intentions du praticien. L’intention subconsciente du malade le maintient dans sa maladie, il lui faut une nouvelle intention pour déplacer la première. Pourquoi conserver une maladie si ce n’est par une identification inconsciente à un vide en soi (une insuffisance) que la maladie vient combler. L’attention du thérapeute peut combler ce vide (estime de soi, confiance, reconnaissance, valeur, complexe physique, orgueil, peur de..). »

P244 in L’énergie, l’émotion, la pensée, au bout des doigts : au-delà de l’ostéopathie, d’Alain Cassourra, ed Odile Jacob

Et puis le lien avec les livres de mon enfance ?

J’en parle sur le blog de Martin Winckler : Chevaliers des Touches

Un soignant qui s’interroge sur la nocivité de certains médecins.

Cela en pousse d’autres à se remettre en question : voir chez Borée

Et la réponse de Martin Winckler, qui visiblement éclaire bien certains médecins et suscite des débats chez Borée (en commentaires)

jeudi 16 décembre 2010

Froid en dedans

Recroquevillée.

Vidée.

A peine un peu de souffle.

Du mal à m’endormir.

Certitudes envolées.

Centre éclaté, envolé, éparpillé

Aujourd’hui je n’ai plus le sentiment d’être humaine.

Parce que je n’ai plus la foi en la femme sauvage.

Celle qui m’habite et me permet d’être.

Unie à d’autres femmes.

La flamme qui m’anime a vacillé, puis s’est éteinte.

Creux à l’estomac.

Froid en dedans.

Glace qui pèse et me tire vers le bas.

Qui assombri mes yeux et mon esprit.

Je sais qu’il y a dans le monde, TOUT le monde

Des femmes qui tentent de sauver leurs enfants

De l’ignominie de leurs pères.

Et la justice ne fait rien.

Partout les hommes sont protégés,

Les plus faibles écrasés.

Je sais que je vais remonter.

En attendant je suis perméable à tous les malheurs du monde

Je ne vois que ce qui tire l’humanité vers le bas.

Encore une conséquence de ces réjouissances obligées ?

Ou sentiment plus profond ?

mardi 26 octobre 2010

Scolarisation comment en sortir ?

Pour continuer sur cette idée. Il me semble que c’est une vision d’adulte, ça, de pouvoir prendre la contrainte comme un tremplin, de pouvoir s’y couler pour y intégrer ce qu’on sait d’autre.

Parce que des contraintes il y en a partout. Dans le fait de devoir s’habiller pour sortir, aussi bien que dans celle de venir à table quand le repas est prêt, ou de jouer à un jeu selon les règles.

Bien sûr, après l’avoir fait, on est content d’avoir réussi le défi, on s’est prouvé qu’on pouvait y arriver, on a utilisé toutes les contraintes imposées et on y a pris du plaisir. Mais pas tous les jours.

Mon Solaire n’a pas envie de contraintes, même si une composante de son caractère est de suivre le mouvement, d’être bien dans les règles d’un groupe. Seulement, une fois qu’il a accepté de se mettre en rang, de se laver les mains avant d’aller à la cantine, il ne faut pas lui demander de coller le machin sur le truc, précisément, ou de jouer au jeu selon les règles… là, il ne veut plus : il veut faire ce qu’il veut, point. Oh, il est tout prêt à faire plaisir, à utiliser un crayon selon la bonne technique, mais il va juste dessiner 3 cercles concentriques et laisser tomber : dessiner ce n’est pas son truc. Je crois qu’il attend d’être capable de le faire bien. Il attend le déclic. Il est en accord avec son corps.

Je me doute bien qu’un enfant comme ça, un peu sauvage, dans une école, on va me dire « mais Mme, il ne sait pas dessiner, il n’a pas colorié en rose ce qu’il fallait, il n’a pas découpé là où on a demandé, c’est mal, c’est très mal, il prend un retard incommensurable sur les autres enfants de son âge (et moi je ne peux pas dire que tous les enfants de ma classe ont évolué, à cause de lui qui ne veut pas participer) ». Je prends le parti de faire confiance.

J’ai bien vu avec son frère, qu’à un moment il a eu envie : de dessiner, de découper, de jouer à un jeu en particulier, etc. Ma toute petite expérience me dit qu’ils savent ce qui est bon pour eux.

Comme nous tous quand on apprend à s’écouter. A se faire confiance.

Et d’ailleurs, mais c’est un peu un autre problème, cet article du magazine Psychologies, est tout à fait dans cette optique

Cet homme, conditionné par le système, qui pensait que « hors de l’école point de salut », a fini par écouter son cœur et proposer à son fils d’arrêter. Le garçon avait 15 ans, d’accord. Ce qui en fait une histoire d’ado et pas d’enfant.

Cela ne fait que surenchérir sur ce problème du collège qui me semble très profond. J’ai toujours dit qu’il ne fallait pas forcer, obliger, mettre ces jeunes gens dans un carcan, une contrainte si terrible s’ils ne s’y sentent pas bien. Pour avoir travaillé en collège, pour avoir fréquenté des jeunes de cet âge, complètement perturbés, perdus, qui ont laissé leur confiance intrinsèque pourrir dans ce bras de fer perpétuel entre leurs idées, leurs envies, les attentes des parents et celles de l’Education Nationale. J’ai toujours soutenu qu’il fallait trouver une autre solution, parce qu’on ne peut pas passer des heures dans un endroit où l’on s’emmerde, alors qu’on y perd sa joie de vivre, sa créativité, son essence. Et pour ce jeune homme, à ce moment-là, heureusement que son père a su écouter son cœur, et lui dire de ne plus aller au collège. Combien de parents peuvent-ils prendre ce risque ? Au regard de leur conditionnement et de leur vie sociale, hein ? Se dire que c’est le mieux pour leur enfant ? Pour moi, je crois qu’on est dans le vrai quand on écoute le mal être d’un ado, qu’on lui permet de se reconstruire, et qu’ensuite il pourra acquérir les connaissances scolaires qui lui sont indispensables, s’il en a besoin, et quand il en aura besoin.

Dans ce cas, la contrainte emprisonne, mais plus grave encore, elle sclérose les idées, elle entraine sur des pentes savonneuses : idées de suicide, envie de drogues, mensonges, vols, etc. Il suffit de peu pour qu’un ado qui se sent mal dans sa peau, qui ne peut en parler, qui ne se sent pas entendu ni compris, aille visiter des versants malfaisants et se perde chaque jour un peu plus.

Et répondre à un jeune qui ne réussit pas à l’école qu’il doit prendre des cours particuliers pour réussir à comprendre, c’est une façon de lui dire qu’il ne répond pas bien à la pression, qu’il n’est pas dans la norme, alors que lui ne sent pas ce besoin. Pourquoi le pousser alors, à nier sa personnalité, ses désirs et capacités ? Pourquoi lui parler toujours de ses échecs au lieu d’appuyer sur ses réussites ?

Je me souviens encore de cette adolescente que j’étais, et je la laisse parler quand je suis confrontée à des jeunes en difficulté. Je cherche avant tout à leur redonner confiance en eux. Et les exemples autour de moi me disent que j’ai raison : ne pas insister, laisser faire, et puis une fois que le jeune a trouvé sa voie, son idée, lui permettre d’y aller, et il réussira.

Pour continuer je viens de trouver un article richissime et plein d’énergie d’une jeune fille diplômée.

J’en retiens juste quelques lignes pour vous donner envie de lire l’article en entier :

« Nous sommes dépourvus de choix dans la vie lorsque l’argent est notre force de motivation. Notre force de motivation doit être la passion, mais nous la perdons dès que nous entrons dans un système qui nous forme, plutôt que de nous inspirer. »

Cela répond à la question de Zelda sur « que faire de nos études universitaires ».

Je connais maintenant beaucoup de mamans qui ont fait des études, qui ont des diplômes, et qui ont arrêté de travailler (mais pas de réfléchir ni d’agir) pour s’occuper de leurs enfants.

Leur vie n’est pas forcément gaie, l’équilibre est toujours difficile à trouver entre l’envie d’être en accord avec ce que l’on pense, ce que l’on doit faire pour subsister, et le fait de garder l’enthousiasme de nos enfants aussi clair que possible.

Je veux aussi revenir sur cette idée de la confiance, qu’il n’est pas facile d’accorder à ses enfants. Parce qu’on est très souvent dans l’idée que notre culture, nos connaissances, n’ont été acquises que grâce à la contrainte.

Combien j’ai subi cette idée ! mes moments de lecture, de vacance, de vacuité, étaient toujours volés, et souvent réprimés par mes parents. Ils avaient dans l’idée qu’il faut se donner du mal pour obtenir quelque chose.

Au collège, au lycée, à la fac, j’ai toujours eu envie d’apprendre autre chose, d’avoir du temps pour m’instruire sur d’autres sujets que ceux obligatoires. Et je n’avais plus le temps, ni la disponibilité d’esprit nécessaire pour le faire. De même, en début d’année, tous les sujets des manuels me faisaient envie, mais au bout de 2 mois tout me semblait pesant, lent et visqueux, parce que c’était du savoir infusé pesamment, dans l’ordre requis. A l’université j’ai eu envie de faire de la géographie, pour échapper aux idées, mais je n’ai pas pu, parce que je n’avais pas le raisonnement scientifique et pas le bon bac (dixit mes enseignants). Alors j’ai fait de l’Histoire. Matière que j’aimais. Mais pas pour en faire mon unique objet de pensée pour les années à venir. Je me suis ainsi coupée de tous les autres sujets qui m’intéressaient. Et maintenant, que me reste-t-il de ces années d’ingurgitation ? Rien.

Il ne m’en restait rien 10 ans après, quand l’Education Nationale m’a rattrapée et parachutée professeur en collège (la veille pour le lendemain). Et je me suis adaptée.

Me mettant à la place de mes élèves, pour répondre à Zelda, en leur demandant de se débrouiller seuls pour prendre des notes, sur le support de leur choix, avec la couleur de leur choix, marge ou non (juste de la place pour corriger). Je me disais

  • que chacun pouvait ainsi organiser ses cours à son idée, pour que ce soit plus facile à apprendre pour eux,
  • qu’ils devenaient acteurs de leurs apprentissages,
  • que ce devait être très difficile de se souvenir que pour le cours d’anglais il faut marge à droite, de math marge à gauche, de français marge à droite et souligner les titres en rouge, etc.

Ils devaient déjà trainer leurs sacs d’une salle, d’un couloir, d’un étage à l’autre pour aller voir des profs différents. Alors se souvenir de détails aussi insignifiants qu’injustifiés, je ne voyais pas pourquoi ?

D’accord, c’est reposant de savoir que le prof impose et que l’élève n’a pas à réfléchir à ça. Mais l’Hist-Géo est une matière, pour moi, qui apprend à se poser des questions, à former son sens critique. Autant commencer de suite, et pas seulement pour la matière, mais pour tout. J’ai bien vu des élèves tout à fait en accord, qui se sont sentis revivre à mes paroles.

De même, je n’ai jamais joué à celle qui sait tout. Quand je ne savais pas, je le disais, je cherchais, je revenais avec une réponse, j’étais prête à la confronter à celle de mes élèves. Je leur ai toujours dit que mon but dans la vie était de m’améliorer.

J’ai vraiment aimé sentir mes élèves réactifs, commencer à réfléchir, se poser des questions sur la société, le monde, leur vie, à travers le programme (et ce que j’en faisais). Alors oui, le programme était une contrainte, et je parvenais à l’utiliser pour faire réfléchir mes élèves. Mais j’aurais réussi aussi sans programme. Il était une justification de ma présence avec eux.

Pour moi, en tant qu’enseignante, le programme a été un moyen de me re approprier les méthodes, les notions, un moyen de les mettre en forme.

Pour les élèves c’était un passage obligé, mais un frein à leurs questions nombreuses sur ce que le programme évoquait en eux, sur les liens qu’ils faisaient entre mes cours et ce qu’ils apprenaient ailleurs.

Je préfère davantage être en marche, dehors, en véhicule roulant, pour laisser la pensée se dérouler, les idées fuser, les questions se poser. A moi ensuite de les ordonner, d’y répondre selon ce que je sais.

Après tout, ce que je sais vient, en partie, de mes études, mais surtout des questions que je me suis posées, des liens que j’ai fait. Daniel Tammet, dans Embrasser le ciel immense dit que son cerveau d’autiste asperger, comme le notre, fait des liens, en permanence, et que ce sont ces différents niveaux de connaissances qui fabriquent notre fond de savoir.

Et quand je vois comment réfléchit mon Lumineux de 6 ans 9 mois, je sais que les liens ne se font pas linéairement, comme tout l’apprentissage scolaire cherche à nous le faire croire.

Au contraire, selon Jeanne Siaud-Facchin, et Béatrice Millêtre, certaines personnes réfléchissent en faisceau, ne vont pas d’un point A à un point B pour comprendre, mais ont besoin de plusieurs pistes de réflexion concomitantes et simultanées pour qu’elles se nourrissent les unes les autres. Pour moi c’est évident. Mais il m’a fallu tellement d’années pour que j’en prenne conscience, que je me dise que ce n’était pas une très grande faute mais un fonctionnement personnel efficace bien que particulier ! Toute ma scolarité on m’a demandé de la rigueur, des plans et de recracher des bribes de savoirs sans contexte. Essentiellement lors des examens et concours, qui me mettaient en transe et ne m’ont jamais porté chance.

Alors que j’avais besoin qu’on me dise comment faire pour organiser ce que je savais, qu’on me montre concrètement pour que je me serve de cet exemple comme tremplin….

Je prends plaisir aujourd’hui à me dire, devant une difficulté, que si ça bloque il est urgent que j’aille faire autre chose, que j’y reviendrais après. Et ça marche toujours.

Le système scolaire ne permet pas ce temps de latence, pour mieux revenir au sujet. Il n’admet pas les particularités. Il demande de rentrer dans une case dans l’ordre imposé. Et c’est dommage.

Ce n’est pas neuf comme idée. Beaucoup d’artistes, de gens en ruptures, ont déjà pensé comme ça. Surréalistes compris.

Lire Nicolas Bouvier dans Le vide et le plein, p25 : « ils ont fait des études et comme ils ont ensuite pris la peine de les oublier entièrement, ce sont les gens dont il y a le plus à apprendre. Mais n’attendez rien d’un étudiant, je le répète : rien de plus amidonné qu’un étudiant. Leur maudit costume noir à boutons d’acier, ils sont tout entier là-dedans ! »

Bon, c’est un peu décousu tout ça, mais ça montre que je réfléchis à ce problème depuis très longtemps. Et que j’ai été très formatée à me mettre, à me plier aux contingences, pendant longtemps.

J’ai l’impression de me déplier un peu.

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