Parchemins Instantanés

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mardi 3 mai 2011

Le Castella

Tiens, aujourd’hui après un passage chez Gilsoub je me suis propulsée par curiosité chez le Dr CaSo pour voir des photos d’endroits partout dans le monde.

En fait ce sont des photos de « trucs qui nous rappellent des bons souvenirs ».

Voilà ce que c’est d’être addict à l’internet (et d’avoir un esprit en pelote de laine, on tire un fil qui nous entraine ailleurs, on dépose le morceau et on continue de dévider, ça peut durer longtemps !) : illico j’ai eu envie d’aller fouiller mes photos pour trouver un bon souvenir à montrer.

Du vert humide, une tour qui sonne toutes les heures, et aussi les demi heures (et qui diffusait les annonces quand j’étais enfant : décès, réclame chez le poissonnier, réunions diverses).

Je passais mes vacances d’été à Tarascon sur Ariège, chez ma tante, et je suivais mes cousins dans la montagne. Ou même derrière le Castella (c’est le nom de cette tour)

Castella_et_pic_3_seigneurs.JPG

Mes cousins partaient en ligne droite, c'est-à-dire descendaient de l’autre côté pour rejoindre la partie basse de la ville et aller à la piscine, et j’avais l’interdiction formelle de les suivre. Je devais faire le tour de la colline et eux devaient m’attendre en bas. Je me souviens parfaitement que mon choix était vite fait : prendre le risque qu’ils ne m’attendent pas en prenant un chemin plus long, contre celui de vivre aventureusement en descendant à leur suite cette pente très raide…

Depuis ce promontoire on voit des montagnes de chaque côté. Il est très facile de prendre les chemins et de grimper, pour vivre des aventures, pour être complètement dans la nature, avec les chèvres, grimper sur les rochers, glisser sur l’herbe, cueillir des fruits dans les jardins. Et le paysage dans lequel on se fond peut aussi être vu de loin : vivre et regarder l’endroit où l’on a été.

Au-delà du souvenir visuel, ce sont les sensations qui me reviennent, ce que ça me faisait dans le ventre, cet élan qui me portait. A l’idée d’y aller. Quand j’y étais. Quand je regardais de loin ces montagnes.

L’an dernier en mai, avec mon club d’escalade, nous sommes allés grimper dans les montagnes de Bédeilhac, que l’on voit depuis le Castella. J’ai profité d’un moment libre pour aller voir ma tante, et retourner saluer le Castella (et mon enfance).

vendredi 22 mai 2009

Un dimanche avec mon frère

Dimanche dernier j'ai revu mon frère en vrai. Mon nomade de frère, toujours dans un autre pays depuis des années. Par choix, pour son boulot, parce que c'est sa vie. Cosmopolite. Qui fut SDF (c'est ce qu'il disait) parce que, quand on fait des missions humanitaires on revient en France sans aucune attache, avec juste quelques sacs et photos, et la tête pleine, le coeur malmené, sans revenus et sans endroit où poser lesdits sacs.

Heureusement qu'il y a internet, qui nous permis de communiquer en temps réel pendant toutes ces années, après les premières missions où l'on s'écrivait en lettres « par avion », je ne sais pas si tout le monde se souvient de ces enveloppes et papiers légers, au liseré bleu, qui mettaient des semaines à parvenir à bon port quand même, et racontaient de vieilles histoires, nommaient des lieux où il n'était plus. A ce moment je regardais mon atlas pour me figurer son chemin. Puis j'ai eu des moments où j'étais plus attentive que d'autres quand j'écoutais la radio. En 1999 par exemple, lorsqu'il était au kosovo, il y a eu un moment où nous n'avons plus eu de nouvelles, où je savais qu'il était en transit, quelque part, prêt à être rapatrié, dans quelles conditions, dans quel état ? A d'autres moment, j'étais pleine de confiance en lui, mais il me racontait des horreurs, des risques, des moments de grand danger... l'aide humanitaire est parfois très risquée.

Plus tard, à l'ère d'internet, je me souviens de soirées où nous nous écrivions en direct, lui au Kazakhstan, moi à Pau, lui devant une bière à minuit, prêt à partir dans la steppe, moi simplement ravie d'avoir de ses nouvelles, de retour chez moi à 19h. Cette année-là il a rencontré sa compagne, italo-anglaise. Le début d'une histoire de famille métissée et polyglotte. Avant ça je me souviens d'avoir été présente un soir vers 22h alors qu'il était au Honduras, s'apprêtait à partir au Guatemala.... et avait oublié le code de sa carte bleue. Dans la minute j'ai appelé ma mère, qui s'occupe de ses papiers, pour qu'elle me donne le précieux sésame, et j'ai écrit à mon frère. Ouf ! Sauvé ! A l'ère du courrier par avion il ne valait mieux pas oublier ce genre de numéro...

Bref. Ça faisait 3 ans que je le voyais seulement par écran interposé.

Il s'est échappé 2 jours, entre Toronto et Amsterdam, pour une visite familiale : la mamma aux petits oignons, les repas à son goût, les dernières nouvelles de la politique française dont il n'a, hélas, aucune idée depuis le Canada et qui l'ont secoué... les contacts précieux avec ses neveux qui grandissent. Il restera encore 3 ans là-bas, avant de changer d'endroit. Mes parents retourneront passer plus d'un mois chez lui en septembre/octobre. Il a appris à aimer sa famille en la voyant depuis un point de vue extérieur au pays.

Et puis un passage au grenier pour revoir ses affaires, se souvenir de ce qu'il a, repenser le passé pour aller de nouveau vers l'avenir. Mon père en a profité pour nous entreprendre sur le thème : tous ces cartons, là, il faudrait penser à les vider, je veux savoir quoi en faire, ça m'encombre !

Et me voilà assise sur une vieille chaise de cuisine poussiéreuse, nantie d'un tas de cahiers trouvés dans un carton : tiens, c'est à toi ! J'ai pu remettre les yeux sur mes oeuvres de CP, jusqu'en 3ème. Je me souvenais que j'avais écrit à la plume et à l'encre violette, celle qu'on piochait dans l'encrier de porcelaine encastré en haut à droite sur nos pupitres d'écoliers, qu'il fallait remplir à tour de rôle. Mais j'avais oublié que j'avais utilisé cet outil jusqu'à mes 8 ans, en CE2. Le cahier de CM1 montre une écriture à l'encre turquoise et au stylo encre : le progrès était arrivé dans le sud ouest profond, et surtout avait été agrée par nos instituteurs !

J'ai retrouvé certains livres que j'avais lu enfant, en collection Hachette. J'ai gardé quelques volumes dont je me souvenais, que je pensais être intéressants pour mes garçons quand ils auront l'âge de les lire. Des Hitchcock, un Enid Blyton, un Bennett et Mortimer J'ai même retrouvé le mémoire de fin de stage que j'avais fait en 1999, et dont je ne me souvenais plus du tout l'avoir rangé dans le grenier de mes parents. Je ne me souvenais d'ailleurs pas beaucoup de son contenu... qui ne m'a pas été utile outre mesure d'ailleurs.

C'est que, depuis cette date, ma vie a pris une autre tournure, d'autres chemins.

samedi 28 février 2009

Parfums

Je me souviens de Vent Vert de Balmain, que ma tante m'avait donné. Un fond de flacon qui me transportait, me permettait d'imaginer un monde spécial. Juste au moment où mon monde à moi s'échappait de la sauvagerie de l'enfance pour entrer dans l'entre deux de l'adolescence, le non défini, l'étape transitoire de transformation.

Ce n'était pas ma première expérience d'un parfum, parce que je sentais mon père qui, après s'être rasé, toujours au rasoir mécanique et au blaireau, et coupé la moustache certains jours, se tapait virilement les joues de ses mains imprégnées d'eau de toilette. Cérémonie fascinante de l'enfance que l'observation de ce rituel, les fesses en équilibre sur le rebord de la baignoire, occasion de parler, d'échanger.

Entre les odeurs de foin coupé dans les granges, les maïs que j'allais castrer dans les champs détrempés du Béarn toujours humide, je suis restée encore longtemps dans les odeurs naturelles.

Mais je sentais sur les copines tous ces parfums de supermarché faits pour les adolescents, ces senteurs acidulées et piquantes, légères et entêtantes, que l'on retrouvait sur toutes les filles un peu modes dont les mères travaillaient.

Je ne sais même pas si j'ai émis le désir d'avoir un tel parfum. Au lycée peut-être. Mais je restais dans le naturel : pataugas, henné, encens et patchouli étaient ma marque de fabrique, tandis que je sillonnais le pays sur ma mobylette, mon sac US en bandoulière.

Arrivée dans la grande ville pour mes études j'ai eu un passage bizarre, j'ai voulu me fondre dans la masse et devenir aussi bourgeoise que les autres... C'est ainsi que, contre nature, j'ai cédé aux sirènes du tailleur et des talons, de la permanente et de Poison de Dior. Une bouffée de délire, un peu méphistofélique et quand même enivrante. C'est à ce moment que j'ai commencé de porter des lunettes. Apprivoiser ma myopie et les us et coutumes de l'université. Se sentir bizarre et néanmoins reconnue parce qu'on change de silhouette et de regard ?

Il m'a fallu du temps, mais je suis revenue à mon naturel. Sans parfum cependant, car Poison devenait petit à petit une entité étrangère à moi. Alors j'ai eu une période plus douce, où je sentais Eau d'Issey, d'Issey Miyake. Mais il a vite fini par me sortir par le nez : tout le monde sentait pareil ! Ce parfum avait la particularité d'avoir la même odeur sur une rousse, une blonde ou une brune, et son sillage était toujours le même. Des clones à l'infini. Bouarf !

Dans le même temps, j'aimais beaucoup sentir les garçons bruns qui se parfumaient avec Fahrenheit. Je trouvais cette odeur puissante et veloutée, très animale et attractive. Mais sur mon blond/roux Ricci Bambou était fleuri et doux, plus facile à apprivoiser.

Cependant je restais quand même Patchouli et monoï l'été, en sortant de la douche, à 2h du matin. Comme l'été où j'étais co-directrice de ce camp de vacances. Comme toujours quand je campais. Du monoï en guise de crème sur le visage, sur les mains, le corps, et comme parfum. C'était mon odeur d'été.

Le camping c'est une sensation et des odeurs mêlées qui sont en moi, depuis l'enfance. La sensation de sentir le ciel au-dessus de moi, juste protégée par une toile, ou même pas quand j'ai dormi dehors en Italie. Et les odeurs, les bruits de la nature comme faisant partie de moi.

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Jusqu'au jour où j'ai senti Premier Figuier de l'Artisan Parfumeur. J'ai attendu longtemps et j'ai fini par pouvoir me l'acheter, tant pis, c'est très cher, mais c'est tellement bon, ça transporte tellement ! Comme un morceau d'enfance que l'on peut retrouver à volonté ! Terriblement régressif, mais en même temps si fort et riche, si évocateur !

C'est à ce moment que j'ai cherché, que je me suis documentée. Et j'ai trouvé plus tard un autre parfum pour l'hiver. Je me souvenais des bouffées profondes, de la chaleur dégagée par Poison, alors je voulais retrouver ces sensations dans une odeur moins sophistiquée, plus proche de moi.

J'ai lu des descriptions, et j'ai choisi Féminité du bois de Shiseido. Du cèdre, des fleurs puissantes, lourdes et sucrées, des replis qui se forment et me prennent par surprise dans la journée.

Mais rapidement j'ai été enceinte et j'ai cessé de me parfumer. L'effet des hormones était tel que je sentais tout très très fort et que mes parfums m'incommodaient.

C'est là que je me suis rendue compte que toutes ces odeurs étaient chimiques, nocives autant que les cosmétiques pour une future maman et le bébé qu'elle fabriquait.

Prise de conscience.

Et retour au naturel après un passage sans aucun parfum.

C'est par les huiles essentielles que je retourne au parfum. Je les ai utilisées pour me soigner, et maintenant je m'en fait, aussi , des parfums.

Aparté : tiens, c'est mon billet n°100 ! Qu'est-ce que ça file vite !

Guidée par mon nez

L'odeur était celle de l'enfance d'abord.

Naturelle comme celle des bouses des vaches qui passaient devant la maison.

Comme celle des pierres chauffées au soleil de l'été, dans l'Ariège.

Comme celle des figuiers dans l'Aude ou les Pyrénées Orientales, chez mon grand-père ou quand on partait camper en famille.

J'aimais aussi me souvenir de l'odeur du goudron qui fondait au soleil, quand on remontait de la piscine, frais encore et sentant le chlore, le goût du pain et du chocolat fondu encore sur la langue, en faisant attention à nos pieds, chaussés de sandales minces ou d'espadrilles.

L'odeur des buis, d'abord en colonie, dans lesquels on se cachait, on discutait, on rêvait. Des bosquets entiers de buis hauts et tourmentés qui cachaient des creux, des recoins et des branches sur lesquelles on pouvait grimper. Plus tard j'ai associé l'odeur du buis à celle que je sentais devant cette maison où l'on m'a dit un jour : le couple de vieux qui habitait là est mort. Le buis est ainsi associé à la mort, et à la vie intérieure pour moi.

L'odeur des prunes dans les chemins de chèvres au-dessus de Tarascon, et celle des poires vertes que l'on volait dans les jardins au bord de la rivière. Un qui faisait le guet sur le mur du château et qui devait siffler si quelqu'un arrivait, l'autre qui remplissait ses poches rapidement.

Et puis l'odeur des mûres de septembre, dans les buissons épineux, et puis sur nos doigts violets. Transformées par ma mère en confiture qui embaumait la maison. Celle que je préférais c'était celle de la confiture de framboises néanmoins, qui me transportait et me laissait errante dans le couloir et toujours un peu déçue par le goût, juste un rien en-dessous de l'idée que m'avait donnée la profondeur et la richesse décelées par mon nez.

L'odeur des soupirails, des caves et des garages de petites rues étroites et toujours à l'ombre, comme chez mon grand père, qui avait une caisse pleine d'escargots qu'il laissait dégorger avant de les cuire en sauce tomate, à l'espagnole.

Et aussi l'odeur sèche des bois de pins, du sable et des pignons, des petits murets de pierres.

Celle du puits en pierre dans lequel on mettait à rafraichir la bouteille d'eau, quand tout le monde passait du soleil à l'ombre, dans ce jardin en-dehors du village, qui contenait un grenadier qui m'attirait et me fascinait.

De vieilles odeurs d'enfance. Imprimées dans mes narines et mon cerveau comme des photos, car elles contiennent l'image aussi, en mouvement, avec la troisième dimension, et même la quatrième qui est celle qui m'appartient à moi.

Et puis il y avait les odeurs spéciales, que je sentais peu chez moi : le maquillage et les parfums de ma tante, coquette, qui aimait les bijoux, se parer et se parfumer.

Vers mes douze ans elle m'a offert les fonds de ses rouges à lèvres, de ses vernis à ongles, de ses parfums lorsqu'elle jugeait qu'ils pourraient m'aller.

J'étais une sauvageonne, garçonne aux cheveux courts toujours en pantalons, et ces cadeaux inhabituels et exotiques que j'utilisais comme des talismans personnels et jamais pour sortir, me disaient qu'en moi il y avait autre chose, que d'autres avaient su voir, que j'allais découvrir aussi...

C'était aussi une part du mystère qui faisait que les garçons s'intéressaient désormais à moi pour autre chose que nos jeux habituels : foot, cabanes, vélo, jeux dans les bois.

Et il y a eu l'odeur de la sueur du tatami : odeur de promiscuité avec des règles strictes et respectées, associée à des sensations, des touchers, des rires et de la camaraderie.

L'odeur de la rentrée : encre, bois et craie.

Celle des marrons grillés.

Celle du bout de la rue, la nuit, quand l'hiver on rentrait du judo et qu'il fallait passer le long de cette haie de ronces, qui contenait un trou dans lequel souvent un garçon se glissait, pour me surprendre et essayer de toucher mes seins, me voler un baiser sur la bouche. La course pour se débattre, tenter quelque chose sans lui faire mal, sans le laisser me faire mal. Et puis rentrer, un peu excitée par cette sensation qui était à la fois curiosité et agacement.

A suivre...IMGP2482.JPG

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