Dimanche dernier j'ai revu mon frère en vrai. Mon nomade de frère, toujours dans un autre pays depuis des années. Par choix, pour son boulot, parce que c'est sa vie. Cosmopolite. Qui fut SDF (c'est ce qu'il disait) parce que, quand on fait des missions humanitaires on revient en France sans aucune attache, avec juste quelques sacs et photos, et la tête pleine, le coeur malmené, sans revenus et sans endroit où poser lesdits sacs.
Heureusement qu'il y a internet, qui nous permis de communiquer en temps réel pendant toutes ces années, après les premières missions où l'on s'écrivait en lettres « par avion », je ne sais pas si tout le monde se souvient de ces enveloppes et papiers légers, au liseré bleu, qui mettaient des semaines à parvenir à bon port quand même, et racontaient de vieilles histoires, nommaient des lieux où il n'était plus. A ce moment je regardais mon atlas pour me figurer son chemin. Puis j'ai eu des moments où j'étais plus attentive que d'autres quand j'écoutais la radio. En 1999 par exemple, lorsqu'il était au kosovo, il y a eu un moment où nous n'avons plus eu de nouvelles, où je savais qu'il était en transit, quelque part, prêt à être rapatrié, dans quelles conditions, dans quel état ? A d'autres moment, j'étais pleine de confiance en lui, mais il me racontait des horreurs, des risques, des moments de grand danger... l'aide humanitaire est parfois très risquée.
Plus tard, à l'ère d'internet, je me souviens de soirées où nous nous écrivions en direct, lui au Kazakhstan, moi à Pau, lui devant une bière à minuit, prêt à partir dans la steppe, moi simplement ravie d'avoir de ses nouvelles, de retour chez moi à 19h. Cette année-là il a rencontré sa compagne, italo-anglaise. Le début d'une histoire de famille métissée et polyglotte. Avant ça je me souviens d'avoir été présente un soir vers 22h alors qu'il était au Honduras, s'apprêtait à partir au Guatemala.... et avait oublié le code de sa carte bleue. Dans la minute j'ai appelé ma mère, qui s'occupe de ses papiers, pour qu'elle me donne le précieux sésame, et j'ai écrit à mon frère. Ouf ! Sauvé ! A l'ère du courrier par avion il ne valait mieux pas oublier ce genre de numéro...
Bref. Ça faisait 3 ans que je le voyais seulement par écran interposé.
Il s'est échappé 2 jours, entre Toronto et Amsterdam, pour une visite familiale : la mamma aux petits oignons, les repas à son goût, les dernières nouvelles de la politique française dont il n'a, hélas, aucune idée depuis le Canada et qui l'ont secoué... les contacts précieux avec ses neveux qui grandissent. Il restera encore 3 ans là-bas, avant de changer d'endroit. Mes parents retourneront passer plus d'un mois chez lui en septembre/octobre. Il a appris à aimer sa famille en la voyant depuis un point de vue extérieur au pays.
Et puis un passage au grenier pour revoir ses affaires, se souvenir de ce qu'il a, repenser le passé pour aller de nouveau vers l'avenir. Mon père en a profité pour nous entreprendre sur le thème : tous ces cartons, là, il faudrait penser à les vider, je veux savoir quoi en faire, ça m'encombre !
Et me voilà assise sur une vieille chaise de cuisine poussiéreuse, nantie d'un tas de cahiers trouvés dans un carton : tiens, c'est à toi ! J'ai pu remettre les yeux sur mes oeuvres de CP, jusqu'en 3ème. Je me souvenais que j'avais écrit à la plume et à l'encre violette, celle qu'on piochait dans l'encrier de porcelaine encastré en haut à droite sur nos pupitres d'écoliers, qu'il fallait remplir à tour de rôle. Mais j'avais oublié que j'avais utilisé cet outil jusqu'à mes 8 ans, en CE2. Le cahier de CM1 montre une écriture à l'encre turquoise et au stylo encre : le progrès était arrivé dans le sud ouest profond, et surtout avait été agrée par nos instituteurs !
J'ai retrouvé certains livres que j'avais lu enfant, en collection Hachette. J'ai gardé quelques volumes dont je me souvenais, que je pensais être intéressants pour mes garçons quand ils auront l'âge de les lire. Des Hitchcock, un Enid Blyton, un Bennett et Mortimer J'ai même retrouvé le mémoire de fin de stage que j'avais fait en 1999, et dont je ne me souvenais plus du tout l'avoir rangé dans le grenier de mes parents. Je ne me souvenais d'ailleurs pas beaucoup de son contenu... qui ne m'a pas été utile outre mesure d'ailleurs.
C'est que, depuis cette date, ma vie a pris une autre tournure, d'autres chemins.


