Parchemins Instantanés

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samedi 12 septembre 2009

Mes photos me parlent

Un lien se fait sûrement entre les personnes que je photographie, leur image, et moi.

J'ai raconté ici comment des personnes de ma vie « avant les enfants » ont resurgi dans ma vie incidemment. Des secouristes, des danseurs/acteurs. Tous liés.

Comment j'ai lu le journal local par hasard chez mes parents (ce que je fais très très rarement) en juin, pour y apprendre le décès de la fille d'une amie secouriste.

Je l'ai revue la semaine dernière.

Elle m'a appris que la photo que je trouvais si belle lors de la cérémonie au crématorium, celle qui était au-dessus du cercueil, était de moi. Je ne me souvenais, et ne me souviens toujours pas que c'est moi qui l'ai prise.

Je prends davantage conscience de mon implication totale dans une façon de vivre, en oubliant toute une partie, tout un pan de ce qui faisait ma vie d'avant. Je laisse de côté. J'ai appris d'une situation, d'un événement, d'une activité, même longuement pratiquée, et puis lorsque je change de vie, j'occulte des moments entiers.

C'est ainsi que je me retrouve à regarder un portrait d'une jeune fille, que j'ai côtoyée, mais fort peu quand même, en me disant qu'elle semble familière et que son expression est à la fois secrète et un peu perdue, pas aussi bravache et souriante que sur d'autres photos ou expressions d'elle.

Et puis ce lien, qui, pour peu que je laisse parler un fluide interne/mon intuition/mes connexions, me mène de nouveau vers des personnes. C'est une étrange impression.

Je laisse faire, en me demandant ce que cela me réserve.

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En ce moment j'ai l'impression que plusieurs fils se déroulent et m'entrainent pour visiter des moments nouveaux, parfois trempés dans le passé, ou alors nourris d'émotions ou de promesses d'apprentissages nouveaux, peut-être espérés depuis longtemps.

Dans le même temps, je vois que je peux m'ouvrir vers des projets que je porte en germe depuis longtemps, qui peuvent commencer de se développer.

vendredi 28 août 2009

Sagesse qui avance

J'avais 27 ans. Toujours étudiante. Toujours en recherche de connaissances et d'expériences, surtout intellectuelles. Pas assez dans l'action. D'autant plus que l'action était souvent une fuite. Je n'habitais pas ma vie, n'en étais pas actrice complètement.

Je vivais une situation émotionnelle difficile, un choix arraché à mes tripes.

Et je me suis vue un matin telle que j'étais : avec mes premières rides visibles et marquées sur le front et autour des yeux.

Fini la première jeunesse

J'abordais la maturité sans avoir eu le temps de vivre entièrement (du moins c'est l'impression que j'en avais) une adolescence et une jeunesse.

Une page se tournait. Et j'étais dans un creux.

Remonter. Petit à petit. Mais toujours dans la difficulté. Pour moi jamais de réussite du premier coup dans mes entreprises, aussi bien intellectuelles que concrètes.

Contente d'avoir 30 ans cependant, de commencer à devenir celle que j'aspirais à être.

A 40 ans j'étais pleine de force et dans la réalisation de projets personnels, dans le travail aussi. J'ai aussi fabriqué deux petits garçons à 18 mois d'intervalle.

Je me sentais encore invincible.

Je voyais encore mon père dans une forme incroyable pour ses 70 ans.

Et puis il a été malade.

Et moi je m'en voulais d'être fatiguée alors que je venais de vivre 4 ans de stress, de bouleversements hormonaux et nerveux, et psychologiques.

J'ai maintenant 45 ans. Je me vois plus reposée, reprenant le cours de mes désirs et le cours de ma vie créatrice. Et en même temps je sens une fragilité, de ma peau, de mes muscles plus assez entrainés, une usure, des rides bien marquées. Des douleurs qui me marquent physiquement, qui sont le rappel psychologique de mes indécisions et questionnements.

Constat de sagesse qui avance.

lundi 24 août 2009

Je n'ai pas envie d'une vie de bureau

Ce que j'aime, c'est rouler dans mon camion, seule.

Prendre des photos en noir et blanc des paysages que je traverse.

Pour noter un point de vue différent, m'aider à REGARDER le paysage et pas seulement à le laisser défiler. Arrêter le temps alors que je ne fais qu'y passer.

Ecouter un enregistrement radio d'une émission sur Ella Maillart quand elle avait déjà 90 ans.

Sa voix. Sa précision. Ses souvenirs et le cheminement de sa vie.

Revivre avec elle sa liberté de jeune fille qui n'avait pas envie « d'une vie de bureau » et qui part à 19 ans avec une amie pour naviguer en Méditerranée.

Après ces années d'apprentissage du rôle de mère je peux de nouveau retrouver la disponibilité d'esprit nécessaire pour entrer au-dedans de moi. De nouveau je me sens connectée à Ella Maillart, une femme qui me guide.

D'autant plus depuis que j'ai de nouveau parlé avec cette femme bengalie, toujours en sari, qui m'a demandé si j'avais été en Inde.

Non, jamais. Mais j'aimerais. Pourquoi ?

Parce que toi indienne, toi comme femmes indiennes.

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Ses yeux brillaient quand j'expliquais que mes enfants n'allaient pas à l'école et que je leur apprenais ce qu'ils voulaient savoir. Elle observait mon grand et le comparait à l'ainé de ses petits enfants : Eux pareils, bouger beaucoup, poser questions, parler tout le temps.

Voilà, les liens sont évidents : l'Inde, Ella Maillart (qui y a vécu avec sa chatte), qui a quitté l'école pour vivre une vie libre et se sentait reliée au monde et pas à un territoire. La photo. L'écriture. Me reste à m'organiser et à travailler pour réaliser un projet en direction de cette liberté, de ce pays peut-être ?

mardi 16 juin 2009

10 ans

1999

  • je décidais d'avoir un bébé
  • je me suis fait une méchante entorse à la cheville gauche (le côté de la mère, de la féminité) en réaction à une injustice faite par une femme
  • je découvre l'ostéopathie, avec le bon ostéopathe au bout de plusieurs mois d'essais d'autres praticiens
  • j'avais envie que quelque chose change dans ma vie
  • je cherchais davantage de réel et de concret
  • je voulais me frotter à la réalité
  • je commençais à faire de la photo : développement noir et blanc dans un labo, je montrais mes photos (couleur) et on me disait qu'il y avait de l'amour dans mes images
  • quelqu'un a été le déclencheur pour moi, pour trouver du travail

2009

  • j'atteins la limite que je me suis fixée pour ne plus avoir d'enfant
  • j'en ai 2
  • je me suis fait une méchante entorse à la cheville gauche, sur l'intérieur du pied cette fois
  • je sais quel ostéopathe pourrait me soulager, mais je ne peux avoir un rendez vous et j'attends 8 mois en voyant un autre praticien pas efficace
  • ma vie a bien changé : mes priorités et mes réflexions sont très différents
  • le concret et le réel m'ont rattrapé
  • je continue à faire de la photo : en numérique, en couleur, et en noir et blanc, mais je ne vais plus au labo, même si j'ai encore des pellicules à développer
  • je dois trouver comment et où montrer mes photos : j'ai vu cette semaine une expo de photos de jazz en noir et blanc.... et trouvé que les miennes étaient meilleures
  • je guide ma cousine qui a 10 ans de moins, dans les méandres de sa vie affective (elle a un désir d'enfant aussi)

En 1995

Jeannot est mort, il traversait une route sur un passage piéton en compagnie de sa petite fille de 7 ans, sa femme et la grande petite fille de 14 ans suivaient, un chauffeur alcoolique lui a foncé dessus, Jeannot a poussé la petite fille vers le trottoir, a fait face à la voiture, a été projeté dans les airs puis est retombé. Il saignait abondamment, un ou deux jeunes secouristes sont venus voir, impuissants, le SAMU est arrivé et n'a rien pu faire. C'était le 27 juillet.

Cette année-là, L, la fille de Danièle, avait tenté de se donner la mort en ingérant de la mort au rat. Sa mère l'avait trouvée au matin. Elle avait eu du mal à se remettre. Danièle aussi.

Vers la fin de l'automne, en rentrant de week end la nuit, fatiguée, j'ai vu sur le bord de la route un cerf immense qui nous regardait passer, qui n'a pas cherché à traverser.

Et j'ai su que c'était Jeannot qui veillait sur nous.

En 2005

Solaire est né. Petit garçon que j'ai senti très vite plein d'assurance en lui et de confiance, qui m'a soufflé son prénom alors qu'il était dans mon ventre. Ma divine surprise. La joie et la plénitude, la certitude et la simplicité. Solaire. Né le 27 juillet.

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En 2009, rompant le cycle des 10 ans, instaurant un cycle de 14 (ou 2 fois 7 ?)

L., la fille de Danièle, se donne la mort en juin, pendant une chaude semaine. L'équipe de secouristes entoure Danièle. Bien sûr, ce n'est pas suffisant.

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