En réponse à des commentaires de Planeth et Floh.
Je suis dubitative au sujet des règles qui seraient une guidance pour mieux
se libérer.
Il faut avoir beaucoup vécu déjà pour vivre les contraintes de cette
manière. Et bien peu d’enfants en sont capables.
Un peu de rythme dans une journée d’accord, mais les contraintes scolaires
me semblent vraiment trop : pipi à heure fixe, repas à heure fixe, sport à
heure fixe, assis quasiment toute la journée, etc. Comment ensuite penser que
ces enfants peuvent et savent écouter leur corps, se faire confiance ?
A moins que tu ne veuilles parler des contraintes simples inhérentes à la
vie en collectivité ou même simplement des routines familiales qui peuvent en
effet rassurer certains. Pas forcément les enfants d’ailleurs, souvent
davantage les adultes.
Je veux parler de cette peur du non contrôle qui transparait dans beaucoup
de comportements adultes. Ceux qui pensent que les parents sont là pour
interdire/frustrer/contrôler toutes les actions de leurs enfants.
On en rencontre par exemple en ville, dans les parcs ou sur les places
publiques, quand mes garçons mettent les pieds dans l’eau, ou jouent dans les
jets d’eau, que nous les regardons s’éclater avec bienveillance (un change dans
le sac) tandis que les autres parents sont atterrés, inquiets, ou bien même
chuchotent tout bas en nous regardant d’un sale œil.
Je veux parler de ces personnes qui regardent Solaire et lui disent qu’il
est une fille, même quand il leur répond avec assurance « non, je suis un
garçon » et qui persistent et insistent « non tu es une fille !
». Dans ce cas nous laissons Lumineux régler son compte à l’inconvenante (c’est
du vécu) en lui disant « il le sait mieux que vous ! ».
Notre société est simplement fermée aux enfants. Elle a coupé les ponts avec
eux. Elle les parque dans des écoles et ne veut pas les voir, ni les entendre,
dans les lieux publics, les magasins, les rues, s’il n’est pas 17h ou si nous
ne sommes pas mercredi, samedi et dimanche. Ces jours-là les enfants peuvent
sortir, mais ils doivent parler à voix basse, ne pas courir et crier parce que
ça dérange les adultes. Ils doivent dire bonjour à la dame et merci beaucoup,
mais ne doivent pas attendre qu’on leur réponde si c’est eux qui disent bonjour
à un adulte (expérimenté à maintes reprises). Un enfant n’existe pas si on ne
lui a pas adressé la parole. Et les adultes sont décontenancés (s’ils ne sont
pas un peu ouverts) si l’enfant les regarde dans les yeux, leur parle comme à
un égal et affirme des positions et idées, surtout quand elles sont un peu hors
normes.
Et les autres enfants, leurs pairs, rencontrés sur des lieux de jeux, qui
n’ont connu que ces rapports avec des adultes, sont dans la violence à priori,
ou l’incompréhension totale lorsqu’ils insistent lourdement : non, tu es
une fille !
Bon, d’accord, ce n’est pas la norme. Nous sommes hors norme.
Mais il reste qu’en général les adultes n’aiment pas voir les enfants libres
dans la rue alors qu’ils devraient être parqués, enfermés dans une école, tenus
par un professeur.
Bon, c’est aussi un peu un coup de gueule, une façon de dire que c’est
parfois usant d’expliquer tout le temps mes choix et de sentir que ce n’est ni
compris ni permis dans l’esprit de beaucoup de personnes à l’esprit obtus.
J’entends bien que vous êtes toutes les 2 ouvertes, bien que pas encore
convaincues.
C’est vrai que c’est un pari, pour une personne de ma génération, qui a été
à l’école, sans chercher à la remettre en question, de l’âge de 2 ans ½ à l’âge
de…. 40 ans en comptant mes années d’enseignante. En fait, oui, j’ai remis en
question, en pensant que de l’intérieur je pouvais aussi avoir une action sur
mes élèves. Et jusqu’à présent ceux que j’ai rencontré depuis gardent
heureusement un bon souvenir de moi, me parlent toujours avec plaisir….
Je me souviens par exemple de mes élèves de 6ème, certains épouvantés que je
réponde à leurs questions existentielles : je peux écrire de quelle
couleur ? je fais une marge de combien ? De quel côté ? je
prends une feuille de quel format ? est-ce que je peux utiliser un cahier
au lieu du classeur ? donc je leur disais : « c’est comme vous
voulez, c’est votre matériel, il faut que ce soit pratique pour vous, et
lisible par moi parfois, c’est tout. On a autre chose de bien plus important à
discuter.. »
J’ai aussi, avant d’avoir des enfants, été animatrice de longues années,
avec toute la morgue que ça sous-tend : des horaires fixes, des rituels de
lavage de main et de mise en rang, mais aussi des moments libres et d’ennuie,
pour contrebalancer les horaires fixes et les activités prémâchées et
obligatoires du système scolaire en primaire.
Bref, ces diverses expériences ne m’avaient pas préparée au raisonnement que
je tiens aujourd’hui. Au point que, mon ainé ayant 4 mois, j’ai repris mon
poste d’enseignante (6h/sem seulement, heureusement), pour aider mes élèves à
passer leur examen, parce que mon remplaçant n’avait pas assuré pendant mon
absence.
C’est venu ensuite : en observant mon premier garçon, en écoutant ce
qu’il me disait, en répondant à sa sensibilité.
Il faut dire que j’avais aussi vu l’ambiance des classes de maternelle quand
j’y ai fait des stages.
Je sais bien, par ailleurs, que tout est question de personnes, qu’il existe
des classes intéressantes parce que l’enseignant est intéressant, parce que la
pédagogie met réellement l’enfant au centre des apprentissages (selon l’adage
assené mais pas suivi d’effets, ou si rarement !). J’ai même des amis
enseignants, et je compatis tout à fait à leurs difficultés, le métier change
tellement vite, et pas en bien !
Enfin, c’est réellement une voie difficile que j’ai choisie, parce que hors
norme, hors société, mais je l’assume.
Et, comme j’ai choisi un mode de vie alternatif : bio, baba,
allaitement long, cododo, expériences de nourriture diverses (sans gluten
parfois, sans lait animal parfois, cure de raisin, etc) C’est une remise en
question d’un ordre que certains pensent acquis de toujours et pour toujours,
une réflexion permanente sur ce qui est bien ou non pour moi (je ne cherche pas
ici à convertir, à faire du prosélytisme) et ma famille, une ouverture d’esprit
qui est née et a grandi petit à petit.
Mais quand même, cette réflexion sur l’école, sur l’enfermement qui semble
nécessaire à certains, est un peu ambivalente. Je veux dire que nos parents,
nés dans l’après guerre, pensaient que les professeurs détenaient un savoir et
une aura de culture, que leur avis avait force de loi. Et c’est de bon droit
qu’ils nous envoyaient à l’école, pensant que ces spécialistes de la pédagogie
étaient les plus capables de faire de nous des bons citoyens aptes à s’insérer
dans la société, et acquérir un savoir supérieur au leur. Maintenant le pli est
pris : les parents des enfants d’aujourd’hui ne considèrent plus les
enseignants comme des sortes de personnes « au-dessus » d’eux,
n’hésitent plus à les conspuer s’ils pensent que leurs petits sont malmenés,
mais ne peuvent plus prendre ce pouvoir qui est le leur (je parle des parents)
d’apprendre ce qu’ils savent à leurs enfants. Je veux dire que, comme on se
décharge de sa santé sur le personnel médical, on se décharge de l’enseignement
sur le personnel de l’Education Nationale. Sans réfléchir. Sans se dire que
l’on pourrait faire autrement.
Une autre comparaison : la naissance. Qui est capable de se dire que
c’est un acte naturel, qui peut être vécu hors du milieu médical (en dehors de
tout problème de santé connu, bien évidemment), sans davantage de risque ?
Moi-même je n’ai accédé à cette réflexion qu’enceinte de mon ainé, et pu mettre
en œuvre certaines de mes idées seulement pour mon cadet. Beaucoup de femmes,
sans y réfléchir, pensent que « les professionnels » (obstétriciens,
puéricultrices, etc) sont les personnes de la situation quand elles sont
enceintes. Leur premier mouvement est de se décharger de leur état sur le
médecin, de devenir patientes. Au lieu de sentir dans leur corps ce dont elles
ont besoin, de se connecter à leur bébé et de vivre, simplement.
De la même façon donc, une fois le bébé au monde, on se décharge de son
alimentation en donnant un biberon, ou en pensant qu’il faut nourrir au sein à
heures fixes. Et tout naturellement, de retour à la maison on utilise tous les
gadgets vendus en magasin spécialisés : lit à barreaux, mobile lumineux,
table à langer, talkie walkie qui permet d’exiler l’enfant dans la chambre du
fond, de se sentir célibataire au salon, et parent en accourant aux premiers
pleurs. Le bébé est ensuite mis dans un youpala pour qu’il apprenne à marcher,
dans un parc pour qu’on ne l’ait pas dans les pattes ni ses doigts sur la
vitrine du salon. Il sera promené et montré dans le landau et la poussette
derniers cris (tout coordonné s’il vous plait) et donc mis à distance de
l’adulte qui sort avec lui. Tout naturellement on dira que d’avoir un enfant
coute cher. Alors qu’un bébé a besoin de l’amour de ses parents, de présence
constante de sa maman pour au moins 9 mois voire 18, d’être porté, de vivre
dans la maison organisée de manière à ce qu’elle soit sûre pour lui. Dans cette
même mouvance on confiera le bambin à l’école maternelle à 2 ans ½, parce qu’on
ne sait pas comment faire, ni quoi faire, avec lui, et qu’il faut le
socialiser ! C’est ainsi que sans se poser de questions les parents
pensant que c’est l’école qui est obligatoire (alors que c’est l’instruction !)
ils se déchargent de leur responsabilité, y perdent en confiance en eux, y
gagnent en aigreur vis-à-vis du système. Et que personne n’est content.
Sauf que. On peut se donner les moyens de faire autrement. Voilà.


A la question du savoir et des apprentissages : comment les acquérir,
faut-il une méthode, un savoir, une pédagogie particulière ? On peut
trouver des réponses dans
cet article et cette vidéo
On peut consulter aussi les
lettres de l’Education Authentiques et les vidéos
de Jean-Pierre Lepri.
Lire le livre de Catherine Baker : Insoumission à l’école obligatoire
(disponible en téléchargement gratuit en bas de cet article par exemple)
Ou celui d’Ivan
Illitch : Une société sans école.
Rencontrer des enfants, adolescents, adultes non scolarisés, et parler avec
eux, comparer avec les attitudes, regards, questions, façons d’être d’autres
personnes scolarisées.
Se faire une opinion, trouver (ou non) un moyen de faire coïncider ses idées
et son attitude au monde, ses priorités. Chacun fait comme il peut, sur son
chemin, au moment où c’est bien pour lui.