Parchemins Instantanés

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La vie avec des petits gars

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samedi 18 juin 2011

Tour Eiffel, hammam,etc

Hier journée partagée : mi aigre, mi enthousiaste.

J’ai délégué l’organisation et j’ai fini par me mettre en colère parce que c’était trop vague et en fait pas organisé. Le reste de la journée à l’avenant : du métro pour rien, des temps de repos pour les enfants, avant de repartir sous terre.

Mais enfin : la Tour Eiffel ! Tant demandée et attendue par Lumineux et que l’on a pu découvrir petit à petit, s’approchant d’elle pour mieux l’apprécier sous plusieurs angles.

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Et nous avons décidé de faire deux équipes : ceux qui prennent l’ascenseur, et les grimpeurs qui prennent l’escalier. Un bon moment pour Lumineux et moi, complices dans l’effort et dans la culture. Parce que l’escalier permettait de découvrir toute l’histoire de la Tour.

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Mais si au départ le tarif pour sportif était très correct, avec un prix enfant, à l’arrivée nous avons payé plus cher : pour pouvoir prendre l’ascenseur pour le sommet il fallait acheter un autre billet, sans tarif enfant, et qui arrivait à un total supérieur à celui du billet « par l’ascenseur ». Hormis cette réclamation nous avons été enchantés par la balade et la vue sur Paris. Si j’avais déjà vu 2 fois la Tour Eiffel en quelques 30 ans (blasée, et stressée par la foule), j’étais cette fois dans un autre état d’esprit. Apprécier le moment présent, m’émerveiller en voyant cela avec des yeux d’enfants, penser à l’échelle du monument et de la ville par rapport à ce qu’il connait. C’est géant ! Et le fait d’avoir pris l’escalier n’y est pas pour rien : je crois que l’ascenseur gâche le plaisir en ne montrant que peu de choses de la structure.

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Le retour malheureusement, avec enfants fatigués, fut encore grinçant et râlant.

Aujourd’hui journée entre filles. Hammam de la mosquée de Paris pour parler, et nous occuper de nos corps. Requinqués, poncés, huilés. Nous sommes toutes neuves ! Et balade seule pour fureter chez un bouquiniste, prendre quelques photos, et profiter, le nez au vent. J'ai même été chercher des chaussures, achetées dimanche sur internet et livrées aujourd'hui près de l'endroit où je loge pour ce temps de vacances. Un progrès appréciable !

Ce soir : spectacle au théâtre de Paris ! Nous avons embarqués 7 enfants pour voir Pan, d’Irina Brook. Un très bon moment, de rire et de joie, de malice et de références pour adultes, de numéros de chant, musique, danse et cirque. Tout le monde était enchanté et s’est couché bien fatigué.

Demain…. Est un autre jour.

mercredi 15 juin 2011

Traces et Histoire

En vacances citadines à Paris.

Le long voyage en train, la découverte du métro (pour les enfants), c’était hier.

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Aujourd’hui ils sont fatigués, après l’excitation des derniers jours de préparation, leur attente d’arriver. C’est toujours impressionnant comme les enfants sont différents : l’ainé impatient, projette et se demande, puis l’instant d’après vit, le cadet qui attend tranquillement que le temps passe, profitant du moment présent…

Alors, malgré les envies de bouger, de commencer à visiter, nous avons bien vu que la découverte du lieu de vie des copains, de leurs centres d’intérêts, suffiraient pour ce début.

Promenade dans le quartier. Nous sommes à Belleville. Direction le parc et sa structure de jeu en bois, son point de vue sur Paris et la Tour Eiffel !

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Seul Lumineux a voulu sortir. Solaire est resté avec les copains (même s’il aurait voulu être avec nous, il était trop fatigué pour décider et savoir ce qu’il voulait).

Après exploration, grimpe, visite, observation du paysage et photos, Lumineux voulait rentrer.

Sur le chemin nous nous sommes approchés du 94 rue J-P Timbaud : La maison de la métallurgie. Devant la plaque j’ai expliqué à mon garçon que cet homme avait été fusillé par les nazis en 1941 (en même temps que Guy Moquet). Ces nazis qui considéraient que certaines personnes étaient inférieures, et que d’autres avaient des idées qui leur déplaisaient.

Depuis quelques mois il s’intéresse à la 2ème guerre mondiale, et m’interroge. Nous avons donc relu un roman intitulé La guerre de Jules, qui met en scène un enfant de 9 ans envoyé chez ses grands-parents, dans un village en partie en zone libre ; les grands-parents sont résistants, cachent des juifs ou des aviateurs anglais, et les aident à passer de l’autre côté de la rivière. Un soir le grand-père se blesse à la cheville et ne peut pas assurer le passage, c’est Jules qui s’en charge, et sait être héroïque malgré son jeune âge.

Dernièrement devant une statue d’un militaire qui citait le Général de Gaulle et un autre militaire résistant je lui avais expliqué la situation sur le territoire hexagonal : les Allemands qui avaient envahis une partie de la France et les résistants organisés depuis l’Angleterre. La volonté de certains de collaborer, celle d’autres de résister.

Aujourd’hui je continue d’expliquer.

On s’avance pour voir le théâtre. On parle du style art déco. Des éléments métalliques partout. On entre pour visiter et en apprendre davantage sur l’histoire du lieu. Et on fini par boire un coup à la buvette en observant des groupes d’enfants et leurs accompagnateurs qui viennent pour donner les spectacles qu’ils ont préparés durant de longs mois.

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De la terrasse j’avise une plaque en l’honneur des républicains espagnols.

Donc l’Histoire fait du lien, entre la mienne, celle d’Humain qui fut syndicaliste CGT, dont le père fut aussi syndicaliste, et métallurgiste, le mien parti d’Espagne en 1939.

Le bâtiment fut au départ un atelier de construction d’instruments de musiques : des cuivres. Métalliques donc.

Mais je ne peux m’empêcher de faire encore du lien avec le spectacle vu il y a 3 semaines : Le souffle des Marquises, qui raconte, par les yeux d’une jeune fille, la vie d’Adolphe Sax, avant et jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. Au début elle se fait passer pour un jeune homme, pour pouvoir travailler à l’atelier de fabrication des cuivres, et elle devient un très bon ouvrier, avant d’être démasquée. Elle gardera sa place grâce à ses qualités et à l’ouverture d’esprit de Mr Sax. Deviendra syndicaliste. Et continuera de faire et d’aimer la musique, de jazz surtout à la fin.

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Encore une fois, je me sens parfaitement à ma place. Au confluent de ce qui fait mon histoire, de l’Histoire de la France, de ce que j’aime comme musique, de mes centres d’intérêts, de la façon dont je peux apprendre tout ça, véritablement, c'est-à-dire sur le terrain, à mon garçon. Un très bon début de vacances !

jeudi 14 avril 2011

Correspondance

J’écris tous les jours un mot à mon grand (7ans) qui est à la montagne.

Aujourd’hui j’ai envoyé la dernière lettre.

A chacune j’ai changé de contenu et de contenant. Papier en couleur et enveloppe blanche normale. Papier blanc et enveloppe coloré faite maison. Dessin de son frère. Carte postale sympa. Aujourd’hui photos perso et citation.

Je sais bien qu’il ne sait pas lire. Alors j’ai essayé d’écrire le plus lisiblement possible pour que son lecteur soit à l’aise. Je n’ai pas fait de longs courriers pour qu’il puisse les mémoriser.

Je voulais qu’il sente notre présence et notre lien, pour que ce soit moins difficile. Et puis qu’il ait des choses à garder et regarder en cas de coup de blues.

Je voulais qu’il sente le lien qui nous uni.

Je voudrais qu’il garde un bon souvenir de ce séjour, y compris dans la séparation.

Et peut-être lui donner le goût d’écrire quand il saura le faire.

Comme un morceau de sa vie qu’il me donnerait, par-delà les kilomètres. A la manière des relations épistolaires célèbres comme celle de Montaigne et La Boétie.

Comme une sorte de journal, posé là et qu’on détache de soi pour l’offrir, avec la sensation de la route qui nous sépare.

Oui.

Même à l’époque des relations par courriel et iphone, instantanées et immédiatement reçues.

Même à l’époque des téléphones portables qui nous joignent jusque dans notre plus intime intimité.

Tant qu’il est trop jeune pour avoir téléphone portable et ordinateur, je souhaite qu’il fasse cette expérience.

lundi 11 avril 2011

De mes deux garçons

L’un est devenu grand.

L’autre est entravé dans sa course derrière son frère, parce qu’il est né 18 mois plus tard.

Lumineux a décidé de partir en camp de vacances (thème Education et Environnement) pendant une semaine. A ma surprise et mon admiration. Parce qu’il faut dire qu’il y a quelques mois il n’envisageait pas de dormir seul une nuit chez un copain. Alors quand je lui ai parlé de cette semaine en gite à la montagne, je n’attendais rien de sa part. Et lui m’a dit « ça m’intéresse ! Je veux y aller ! ».

J’ai laissé mûrir la décision et vu qu’elle était ferme et joyeuse, fière et calme. Il a été capable de me dire qu’il avait très envie de le faire mais que j’allais lui manquer. Il a pris son compte de câlins pendant une dizaine de jours avant la date, il a raconté qu’il allait partir, il a bien regardé comment je remplissais le sac et décidé de ce qu’il emportait, il s’est levé ce matin prêt à s’habiller pour ne pas être en retard, il a parlé pendant toute la route, il n’a pas mangé et très peu bu, il a demandé « quand est-ce qu’on arrive ? » et je crois qu’il était heureux que je l’accompagne, avec son frère, son papy et sa mamie.

Parce que, sans voiture, j’ai fait appel à mes parents pour le voyage.

Il n’a que 7 ans, c’est son premier séjour long hors de la maison, je pensais qu’il serait bon que je sois avec lui jusqu’à son lieu d’hébergement, que je vois moi aussi sa chambre et que j’y porte son sac. Ce que j’ai fait.

Il est le plus jeune et sera vraisemblablement la mascotte du groupe des 7-11. Et le plus bavard sans doute.

Pendant que je remplissais un papier dans la salle commune il était autour du feu en train de siroter son jus d’orange, son frère à ses côtés, envieux et déçu de ne pas rester, lorsque j’ai vu arriver deux jeunes garçons que je connais. E. 13 ans, avec lequel je participe à l’atelier d’écriture. M. 10 ans, dont la mère est une amie. Ils sont venus m’embrasser et j’ai pu ainsi montrer à mon Lumineux que je connaissais ces garçons plus grands que lui. En quelques sortes le confier à ces grands.

Et puis nous sommes partis après un dernier câlin, laissant le groupe à sa vie.

Avec le second, mon Solaire déçu, mes parents ont proposé un repas en Espagne, dans une venta.

Pour ce gourmand c’était une motivation intéressante. Et il en a profité. Cabotin, rentre dedans, mon cadet est là, pleinement là, il prend sa place. Doux et calme, il est toutefois capable de taper, fort, si sa volonté n’est pas exaucée. Du genre « je veux une crêpe au chocolat, maintenant. » Moi : « non » Lui : « si, j’en veux une ! Il n’y a pas de non ! » tout en me donnant coups de poings et coups de pieds. Physiquement présent, sûr de lui. Un peu de mal avec les décisions qui ne lui plaisent pas. Y compris lorsqu’elles sont argumentées, explicitées, et qu’il sait que (par exemple) ladite crêpe au chocolat va lui faire mal au ventre pour cause de sucre blanc et additifs.

Alors je vais au charbon. Je donne de ma personne. Je me bats physiquement. Il ne fait pas encore mon poids, même s’il fait le sien (du lourd). Il se heurte à un os. Il a besoin de confrontation physique pour garder sa place de petit garçon. C’est souvent quand il est fatigué, en fin de journée, qu’il a ce comportement. Parfois il faut qu’il aille jusqu’au bout pour pouvoir pleurer, crier, laisser sortir ce qui coince. Ensuite je peux lui dire « alors, ta journée a été dure ? » et il raconte, il se libère. Avant de passer à autre chose, calmé. Parfois non. Mais il a alors besoin de dormir.

Il est facile à comprendre dans ses comportements. Depuis sa naissance. C’était impressionnant par rapport à son frère, complexe et tourmenté. Avec Solaire tout était simple. Pas parce qu’il était le second et que j’avais déjà mes galons de « maman ». Non. Parce qu’il montrait ce qu’il voulait, qu’il montrait ce qu’il ne voulait plus, tranquillement, simplement, avec évidence. Et qu’il avait (a toujours) des moments de calme et de contemplation (alors que son frère est toujours à fond, avec mille idées à la minute, et parle et bouge sans arrêt).

D’ailleurs, Solaire a eu du mal à faire sa place verbale dans la maison. Il a fallu de ma part une prise de conscience de cet état de fait : Lumineux parle comme un livre, explique tout, se parle dans sa tête, a un esprit en étoile et fait des liens qui semblent lointains pour l’observateur qui n’a pas le contexte de ses intérêts multiples ; il coupe la parole parce qu’il a peur que ses idées s’échappent, il prend toute la place verbale possible. En bref il peut être saoûlant, parce que ça ne s’arrête jamais. Mais cette logorrhée est au service de leurs jeux, de leurs délires de frères, de leurs batailles et de leurs complicités. C’est ainsi que Solaire a développé sa tactique favorite : si tu n’es pas d’accord avec moi je te mets un pain, et ensuite on voit…

Donc j’ai commencé par écouter davantage mon cadet, lui donner de la place dans les discussions, montrer à tous que même si on le comprenait à demi mot il fallait lui donner le temps de dire ses mots.

Maintenant il a appris à dire « mais laisses moi finir ! ne me coupes pas la parole ! » à son frère.

Et aujourd’hui, alors qu’il était seul enfant à table au restau, mon père faisait la réflexion qu’il parlait mieux, qu’il s’exprimait davantage.

Alors voilà : cette semaine nous allons vivre une configuration inédite, avec un ainé qui fait sa vie sans ses parents et son frère, et un cadet seul avec ses parents.

Et c’est ainsi que mes garçons grandissent.

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