J’ai 8 ans. Je mords la vie. Je parcours les rues du quartier avec mon mini vélo jaune Peugeot. Je cours avec mes copains dans le bois derrière chez nous. Je grimpe aux arbres et je fais des cabanes dans les bois. Je suis amoureuse de Jean-Yves, qui est premier de la classe, surtout parce qu’il est bon en math. Justement notre maitresse organise très vite des concours : il s’agit de réussir à trouver la solution aux opérations, aux problèmes, et au bout de trois réponses justes on a le droit d’aller lire au fond de la classe.
A ce rythme je finis vite la bibliothèque de la classe et je dois aller chercher de nouveaux ouvrages dans les classes suivantes. Je suis logiquement la première en rédaction. Mes textes sont souvent lus à voix haute et affichés sur les murs.
C’est décidé : je serai écrivain quand je serais grande. Je n’arrête ni de lire ni d’écrire. Mais pas de fiction. Ce qui m’intéresse c’est ce qui se passe dans ma tête, et donc dans la tête des autres. La compréhension, l’explication, la description de sentiments. Je veux savoir, je suis curieuse de toutes ces façons d’appréhender le monde et de la manière de vivre des autres. Pourquoi ? C’est mon leitmotiv. Mon vocabulaire est précis, depuis longtemps. Je suis l’intello de la classe. Mon institutrice, que j’adore, dit que j’écris très bien, malgré mes pattes de mouche difficiles à déchiffrer.
Pendant toute cette année j’y crois. Je sais que c’est une année exceptionnelle : je ne m’ennuie pas à l’école, je profite de tout, j’ai un regard sur ma vie. Je me souviens de ce moment exact, en vélo, dans une rue derrière chez moi, dans la lumière de fin de journée, pendant lequel je me suis dit : « j’adore mes huit ans, c’est une année exceptionnelle ». Indéfinissable. Huit est toujours resté mon chiffre fétiche. L’infini redressé. La rondeur en double.
Je me souviens de mon regard farouche, de mes tresses brunes, de mes yeux rieurs et curieux.
Cet hiver-là j’ai appris à skier, je me suis perdue dans les vastes étendues blanches, j’ai eu mal aux pieds tous les mercredis dans mes chaussures en cuir à lacets bien trop larges pour moi. Mais j’ai aimé me dépasser. Mon moniteur de ski était aussi mon moniteur de judo. J’aimais les bois. Je lisais le Manuel des castors junior. Quand l’été est arrivé nous avons passé nos vacances dans un village perdu de la haute Ariège, dans une maison spartiate : un seul lavabo avec eau froide, les wc au fond du jardin. Mais la montagne, le vert, les lézards, les ânes, le sentiment de liberté et la communion avec la nature.
Plus que jamais je voulais être écrivain et vivre dans une maison de bois, dans une forêt. Je savais déjà que je devais d’abord vivre des tas d’expériences, lire beaucoup de livres. Mais un jour, je serai écrivain.
ooo
Ceci est ma participation au jeu de chez Virginie B. Je l'ai découvert en me promenant chez la bouseuse, et le thème m'a plu.
