Parchemins Instantanés

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mercredi 13 octobre 2010

Quand je serai grande

J’ai 8 ans. Je mords la vie. Je parcours les rues du quartier avec mon mini vélo jaune Peugeot. Je cours avec mes copains dans le bois derrière chez nous. Je grimpe aux arbres et je fais des cabanes dans les bois. Je suis amoureuse de Jean-Yves, qui est premier de la classe, surtout parce qu’il est bon en math. Justement notre maitresse organise très vite des concours : il s’agit de réussir à trouver la solution aux opérations, aux problèmes, et au bout de trois réponses justes on a le droit d’aller lire au fond de la classe.

A ce rythme je finis vite la bibliothèque de la classe et je dois aller chercher de nouveaux ouvrages dans les classes suivantes. Je suis logiquement la première en rédaction. Mes textes sont souvent lus à voix haute et affichés sur les murs.

C’est décidé : je serai écrivain quand je serais grande. Je n’arrête ni de lire ni d’écrire. Mais pas de fiction. Ce qui m’intéresse c’est ce qui se passe dans ma tête, et donc dans la tête des autres. La compréhension, l’explication, la description de sentiments. Je veux savoir, je suis curieuse de toutes ces façons d’appréhender le monde et de la manière de vivre des autres. Pourquoi ? C’est mon leitmotiv. Mon vocabulaire est précis, depuis longtemps. Je suis l’intello de la classe. Mon institutrice, que j’adore, dit que j’écris très bien, malgré mes pattes de mouche difficiles à déchiffrer.

Pendant toute cette année j’y crois. Je sais que c’est une année exceptionnelle : je ne m’ennuie pas à l’école, je profite de tout, j’ai un regard sur ma vie. Je me souviens de ce moment exact, en vélo, dans une rue derrière chez moi, dans la lumière de fin de journée, pendant lequel je me suis dit : « j’adore mes huit ans, c’est une année exceptionnelle ». Indéfinissable. Huit est toujours resté mon chiffre fétiche. L’infini redressé. La rondeur en double.

Je me souviens de mon regard farouche, de mes tresses brunes, de mes yeux rieurs et curieux.

Cet hiver-là j’ai appris à skier, je me suis perdue dans les vastes étendues blanches, j’ai eu mal aux pieds tous les mercredis dans mes chaussures en cuir à lacets bien trop larges pour moi. Mais j’ai aimé me dépasser. Mon moniteur de ski était aussi mon moniteur de judo. J’aimais les bois. Je lisais le Manuel des castors junior. Quand l’été est arrivé nous avons passé nos vacances dans un village perdu de la haute Ariège, dans une maison spartiate : un seul lavabo avec eau froide, les wc au fond du jardin. Mais la montagne, le vert, les lézards, les ânes, le sentiment de liberté et la communion avec la nature.

Plus que jamais je voulais être écrivain et vivre dans une maison de bois, dans une forêt. Je savais déjà que je devais d’abord vivre des tas d’expériences, lire beaucoup de livres. Mais un jour, je serai écrivain.

ooo

Ceci est ma participation au jeu de chez Virginie B. Je l'ai découvert en me promenant chez la bouseuse, et le thème m'a plu.

samedi 11 septembre 2010

LE GENIE DU DEPART

Le manuscrit s'ouvrait sur les lions cramoisis. Mes yeux ensuite se posèrent sur un grillon, sous un arbre. La rosée imprégnait les draps qui séchaient depuis le matin précédent sur le rebord du mur de pierres.

C'est que je ne m'étais pas couchée depuis deux jours. Tout juste si j'avais somnolé dans le hamac à cet endroit. Mon visage d'ailleurs montrait au miroir combien je fatiguais : yeux cernés, air un peu hagard. Ma mémoire s'en ressentait. Pourtant je ne pouvais abandonner ma tâche. Mon travail d'écriture devait continuer, vaille que vaille, car ce voyage me tenait : j'entendais encore la vie bruire dans le coquillage...

La machine volante ressemblait à un dirigeable dont le bas aurait été une coque de bateau au fond plat, et la partie ballon un parachute. Elle était propulsée par une machinerie qui envoyait l'air chaud par une cheminée, à moins que le génie des lieux n'ait eu l'heur de garder le tout en l'air.

Dans la profondeur de la nuit une mince ligne de lumière sortait de sous une porte des cabines. Je m'approchais, curieuse de savoir lequel d'entre les passagers était encore éveillé. C'est à ce moment-là qu'un éclair dans l'azur foncé zébra le ciel. Un vieil homme barbu lisait sous la lune. Son chapeau gisait à ses côtés, abandonné pour l'heure. Il en aurait eu besoin dans le désert que son histoire parcourait. Ses pieds étaient bien à plat sur un tabouret, et la lumière de sa bougie formait comme un brouillard tout autour de lui. Levant les yeux, il me regarda, me caressa la tête comme à un chat familier. J'ai soufflé la bougie avant de sauter de la table. Vers une autre aventure.

ooo

Atelier 2 d'Hubert Haddad.

Ou comment créer des textes oniriques. Même si l'on ne rêve pas...

Imbrication étroite d'images et de mots qui font surgir des phrases, des histoires.

Le nouveau nouveau magasin d'écriture me tente bien.

Emmenez-moi, tout au bout de la nuit

Le squelette dormait dans le coussin, sans ses souliers. Cela n'avait pas empêché Judith de s'endormir en face, tout son corps détendu et abandonné. Il semblait être le pêcheur d'enfer dont elle nous avait parlé. Ou alors c'était Benjamin? Le gars qui nous avait retrouvés grâce à son GPS.

Pendant mon insomnie je rêvais que j'étais un tyran. Un qui triture les os.... je rêvais aussi que je rencontrais une pas encore orpheline, mais presque.

Chacun était plongé dans sa lecture : livre de voyage pour l'une, dictionnaire pour l'autre. Ils préparaient un voyage qui passerait par des coins de terre boisés, on ne savait pas encore où (parce qu'on était à l'extérieur de l'histoire, nous), et pour cela lisaient avec un crayon en main.

Depuis mon poste d'observation il me semblait que c'était un tableau, dont les nuages étaient près de crever. Je pouvais aussi imaginer un arbre qui ressemblait à un sapin, là, dans le coin, derrière le personnage, ou alors un arbre à gomme, comme un hévéa.

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Il s'agit de l'atelier 1 d'Hubert Haddad. C'est un jeu littéraire en ligne qui est différent à chaque passage.

Je livre mon premier jet sans changement. A titre d'expérience.

lundi 7 juin 2010

Diptyque 5.5 : soirée d'été

Un pique-nique de campagne, une couverture écossaise sur laquelle les grandes font semblant de dormir, rient des galipettes de la plus petite qui refuse de s’allonger, suce son pouce et rit aux éclats dans le cou de sa maman, ravie d’être rebelle. Derrière la caméra 8 millimètres, mon père, fantôme des films, omniprésent et invisible.

De ce texte de Traou il s'agissait de faire une image.....

IMGP1060.JPG

Il s'agit de copains qui nous avaient invités à les aider à monter une yourte, l'an dernier. Une fois la yourte montée nous avons fait un feu et mangé, puis discuté.

Aucun souvenir en image de pique nique familial, dans mon enfance. ou très rares photos chez mes parents. Il faudra que je pense à les emprunter pour les scanner. Et chez moi.... mes garçons restent si peu immobiles.... Seul point de connivence avec le texte : je suis le fantôme des photos, omniprésente et invisible.

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