Parchemins Instantanés

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lundi 7 juin 2010

Diptyque 5.5 : soirée d'été

Un pique-nique de campagne, une couverture écossaise sur laquelle les grandes font semblant de dormir, rient des galipettes de la plus petite qui refuse de s’allonger, suce son pouce et rit aux éclats dans le cou de sa maman, ravie d’être rebelle. Derrière la caméra 8 millimètres, mon père, fantôme des films, omniprésent et invisible.

De ce texte de Traou il s'agissait de faire une image.....

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Il s'agit de copains qui nous avaient invités à les aider à monter une yourte, l'an dernier. Une fois la yourte montée nous avons fait un feu et mangé, puis discuté.

Aucun souvenir en image de pique nique familial, dans mon enfance. ou très rares photos chez mes parents. Il faudra que je pense à les emprunter pour les scanner. Et chez moi.... mes garçons restent si peu immobiles.... Seul point de connivence avec le texte : je suis le fantôme des photos, omniprésente et invisible.

Diptyque 5.5 : Roberto et Tichy

Comment raconter cette histoire dans l'histoire ?

Roberto, mon oncle, était un intellectuel, un homme qui avait tout misé sur son cerveau et qui en vivait. Il avait créé une fondation au sujet de recherches obscures qui n'intéressaient qu'un nombre très restreint de personnes dans le monde. Et même s'il en vivait bien et que son sujet de réflexion et son gagne pain le maintenaient toujours en alerte, il en avait assez de ne pas parvenir à expliquer à tous les citoyens lambdas qui le croisaient, en quoi consistaient ses fameuses recherches. Un jour, alors qu'il avait déjà plus de 40 ans, il a donc tout laissé tomber.

Pour devenir mécanicien auto. Une passion qui le tenait depuis son adolescence.

Finis les symposiums et les conférences, les propos obscurs et les termes abscons.

Il a mis les mains dans le cambouis et s'est appliqué à organiser ses explications et recherches au sujet des moteurs, comme il le faisait auparavant à ses confrères intellectuels, cette fois à ses clients en panne.

Il a troqué le costume gris et chemise claire pour le bleu de travail.

Et il est parti sur la route sixty six, à la recherche de vieilles bagnoles et de moteurs mécaniques sans technologie électronique.

Oui, je sais, pour l'instant il n'y a qu'une histoire et seulement Roberto.....

C'est que mon oncle est complexe : il s'est fait une réputation de mécanicien de vieux moteurs, en se déplaçant à la demande dans les 100 km aux alentours. Interventions rapides, recherches sur les pièces, faisaient son fond de commerce. C'est ainsi qu'il a fait connaissance un jour de cet homme hirsute et particulier, qui voulait se faire payer une réparation en photographies.

Tichy était un mécanicien aussi, dans son genre. Et leurs deux philosophies se rejoignaient.

L'un était un marcheur sous les étoiles, privilégiant les rencontres orales et verbales et réparant les moyens de transport. L'autre était un marcheur de la foule, privilégiant les rencontres visuelles un peu distantes. A cause de la pudeur.

Tichy se fabriquait ses propres appareils photos, avec du matériel de récupération. Et il exposait ses sténopés lui-même.

Tantôt il prenait pour modèles des femmes aux culs ronds. Dans des lieux assez déserts. Toujours en noir et blanc à l'aspect un peu crasseux, approximatif, un peu surexposé, à l'allure de vieux clichés. De la photographie brute, en somme.

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Tantôt il photographiait les pieds, très souvent nus, qui lui rappelaient le chemin de ses parents pour arriver en France, depuis son lointain pays d'origine.

L'arpenteur magnifique et prosaïque paya donc un jour Roberto, mon oncle, en photographies.

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Et c'est ainsi que celle-ci est arrivée en ma possession.

Enfant je m'imaginais que cette femme venait elle aussi de parcourir un long chemin pour rejoindre ses enfants, ou alors pour les sauver.

Parfois je pensais qu'elle avait marché des journées entières dans la montagne avant d'arriver à cet endroit, ce havre de paix, au bord d'un lac. Elle y avait trouvé une chaise longue au coussin rayé, comme ceux d'un bateau, et déposé là son foulard coloré. Sur la photo originale il était aussi en noir et blanc. Et ce n'est que récemment, grâce aux moyens modernes de traitement, que j'ai fait une version avec un foulard coloré.

Cette image me parle toujours d'une femme, que j'imagine comme ma grand-mère, fourbue d'avoir tant marché, et qui prend un repos mérité.

Elle exerçait aussi une fascination sur Roberto, mon oncle devenu mécanicien, qui croyait reconnaître ici le pied d'une de ses nombreuses maîtresses.

Et c'est sur ses instructions que j'ai redonné de la couleur aux tissus....

ooo

Ce texte est ma participation au diptyque, 5ème saison, 5ème production, organisé par Akynou. Je vous engage à aller lire les textes et voir les photos des autres participants, y compris les séries précédentes.

Note 1 : la première photo est effectivement de Miroslav Tichy. Celle du pied est d'Akynou. La semaine dernière une amie m'a parlé de Tichy.

Note 2 : le personnage de Roberto m'a été inspiré par cette chronique entendue sur France Inter mardi 1er juin, au sujet de ce livre Eloge du carburateur : essai sur le sens et la valeur du travail, de Mattew B. Crawford

dimanche 30 mai 2010

Diptyque 5.4 : bord du gave

Cette fois il s'agit d'illustrer un texte de Samantdi :

Dans mon jardinvague, il n’y a rien de tout cela : la terre est basse et l’herbe pousse à une vitesse folle. Et puis, je vais vous dire un secret : je crois bien que je n’aime pas jardiner ! C’est fatigant et pas aussi drôle que dans mes souvenirs d’enfant. Ce que j’aime surtout, c’est m’amuser dans mon jardin, me coucher dans l’herbe, regarder les coquelicots et les boutons d’or pousser dans les herbes hautes et m’imaginer des histoires le nez au ras des taupinières. Vues de là, Nini et Minette sont de gros félins et nous sommes des aventurières dans la jungle.

Au jardin, je ne suis plus du tout sûre d’être devenue une adulte.

ooo

Ici en appartement, point de jardin, mais un jardinvague au bout du parking. Mes garçons le voient comme ça :

Mais ils jouent surtout au bord du gave où nous allons assez souvent :

ça peut être aussi une promenade dans les bois et les jeux dans les lianes :

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samedi 29 mai 2010

Diptyque 5.4 : Rendez-vous

James et Ilona, pendant cet hiver-là, ont pris plaisir à se retrouver dans la ville. Comme s'ils revivaient des moments précieux de leur jeunesse.

J'ai déjà dit leurs yeux de stupre et leurs doigts fébriles, lorsqu'ils ont renoué.

Rien en commun. Trop de séparation. Trente ans, ce n'est pas rien. Mais le souvenir d'heures douces et intenses, de plaisir de la chair libre et inventif.

Ce qui suffisait à les combler d'aise. Pour l'instant.

Quelques fois ils se sont vus à l'hôtel.

Mais par une fenêtre météo clémente exceptionnelle en ce mois de janvier ils se sont donnés rendez vous dans le bois de sapin vers 14h. Il faisait chaud, le versant était ensoleillé, le tapis d'aiguilles n'était pas confortable. La longue veste en laine d'Ilona posée au sol a servi d'amortisseurs à leurs genoux lorsqu'ils ont décidé de faire l'amour par derrière.

James avait gardé son chapeau aux larges bords et sa veste de cowboy en toile épaisse. Ilona avait juste remonté sa longue jupe.

La marche vers ce coin tranquille, l'idée qu'ils allaient faire l'amour, avaient suffi à les échauffer.

Ils s'étaient embrassés goulument, léchés un peu, frottés contre les arbres. En accord avec la nature. Tous leurs sens en éveil, sensibles à la douceur inespérée de l'air, aux odeurs de résine et d'humus, aux bruits du bois.

James, n'y tenant plus, avait collé la belle Ilona contre le tronc d'un pin, lui avait d'abord enfilé un doigt pour la surprendre, avant de l'empaler de son vit.

La position, quoique délicieusement prometteuse, l'avait vite fatigué.

C'est ainsi qu'il s'étaient retrouvés sur la longue veste dans les aiguilles de pin.

Pour être de nouveau remplie, Ilona avait demandé le quatre pattes. Et les voilà feulant et s'activant, tout à la concentration des sensations en eux, dans le rythme.

Ils avaient d'abord été surpris par la course d'un écureuil.

Puis, à l'acmé, une détonation.

James était tombé. Visage extatique.

Ilona l'avait recouvert de son chapeau. Avait croisé ses mains sur son torse. Tel un cowboy endormi.

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Au loin on entendait le train.

Ilona est redescendue seule.

Toutes les histoires sont vraies. Surtout celle-là. Ainsi va la vie.

ooo

Ceci est ma participation au diptyque organisé par Akynou dont les racontars sont célèbres. La photo est de Michel Clair dont une précédente photo, utilisée déjà dans un diptyque, m'avait inspiré ce texte.

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