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vendredi 21 août 2009

Journal de bord 7 et 8/08

7/08

Musique festive, qui fait plaisir, qui fait rire, danser, taper dans les mains, chanter.

Je traduis ça en images en racontant l'histoire de ce concert, de la complicité entre les musiciens, de celle qui existe aussi avec le public. Je note les expressions et moments marquants des sets que l'on peut photographier.

Dans l'après midi à la salle de presse, échange avec une anthropologue qui voit mes photos et dit qu'elle reconnaît bien les photos de pro (elle voit passer beaucoup d'images). Ma légitimité n'étant pas probante, disons que je me sens confortée et que cela me donne de l'assurance intérieurement. Mais effectivement, toutes ces années de pratique se voient, même si moi je vois surtout ce qu'il faudrait que j'améliore.

Soirée trois concerts.

Daniel Humair. Le premier morceau est un peu grinçant et puis j'entre facilement dans son monde et je me régale.

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Je trouve que malgré (ou grâce à ?) la morosité ambiante la musique est plus gaie cette année, moins introvertie. Ou est-ce moi qui le ressent de cette manière ?

Changement de plateau et voilà Dave Douglas. Musique cette fois plus introvertie et moments intenses de solos de batterie, terminé très abruptement. Après le premier morceau je sors dans les coulisses.

C'est parfois difficile encore d'entrer dans les mondes de chaque groupe. Envie de garder l'énergie vibrante du premier groupe intacte.

Non pas que je n'apprécie pas le second.

Mais parfois j'ai besoin de temps, j'ai besoin de savourer encore avant de m'ouvrir à d'autres émotions.

Et puis je rencontre J., qui m'offre un mojito. Et cela m'éloigne encore de la musique, que j'observe un peu de loin.

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David Krakauer est en scène. Je suis curieuse. Je ne connais pas la musique klezmer. Et il a une guitariste et une bassiste. C'est rare ! Le son aigu de la clarinette heurte un peu mes oreilles. Mais je me fais prendre à cette joie, ces rythmes dansants. Le public est peu nombreux mais heureux.

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Cependant, passant par la place au retour, mes oreilles sont contentes d'entendre des percussions.

8/09

La fatigue se fait sentir. Les soirées trois concerts sont redoutables. Heureusement que les enfants et leur père me laissent dormir ce matin. En compagnie de ma chatte, toujours solidaire lorsqu'il s'agit de faire la sieste.

Entendu depuis la douche : deux femmes qui expliquent les comportements macho des hommes latins. En Espagne sept femmes par jour meurent sous les coups de leur compagnon. En France deux. Parfois les femmes font en sorte d'être frappées, c'est leur mode de communication pour se sentir vivante, c'est ce qu'elles ont connu petites.

Journée un peu ralentie. Errer et écouter. La fatigue des petits gars aussi.

Organiser le départ de demain.

J'ai besoin de trouver mon second souffle. Et le festival me semble comme en suspend. Gris et averses encore.

Encore une soirée trois concerts.

Belmondo et Milton Nascimento. Musique un peu laborieuse à mon goût. Pas de fluidité. De beaux morceaux parfois. Je suis surprise qu'une formation aussi nombreuse que l'orchestre du conservatoire national de Toulouse parvienne à produire une musique si douce cependant.

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Au contraire, Laurent Cugny et son Enormous Big band m'agressent les oreilles. Je ne trouve pas cette musique mélodieuse, à l'exception de quelques rares morceaux. J'attends l'intervention de David Linx, un chanteur que j'ai raté en 2006, car j'aime beaucoup sa voix. Je l'ai découvert il y a plus de 10 ans, un jour où, bénévole chauffeur, j'avais ramené quelqu'un à l'aéroport de Pau. J'avais ensuite un temps d'attente avant d'aller chercher un autre passager. Je l'avais occupé en allant à la librairie du Parvis. Le vendeur de la section jazz, inspiré, m'avait conseillé Up close , de David Linx et Diederik Wissels. J'avais écouté cette voix pendant le voyage de retour, subjuguée, sous le charme. Et j'attendais depuis lors de le voir sur scène.

En 2006 j'ai acheté mon billet, mais mes garçons étaient tellement petits et tellement fatigués qu'ils s'étaient endormis dans la voiture et que je n'avais pas pu entrer sous le chapiteau. J'avais écouté à la radio en remontant vers le village où nous campions, la retransmission de l'émission de Julien Delli Fiori.

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Ce soir c'est fait, je l'ai entendu et vu sur scène, même si je conçois que c'est trop bref et qu'il n'est pas vraiment à son avantage. Sa grande liberté demande davantage d'espace et d'autres interlocuteurs.

Le troisième concert commence très tard, vers 1h. Et Avishai Cohen nous dit d'ailleurs que nous sommes le plus grand festival de France, et le meilleur public parce que nous restons tard.

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Musique d'influence arabo andalouse, gaie et complice.

Chant, oud, percussion et contrebasse. Il y a la profondeur historique.

Musique qui appelle des nuits chaudes et étoilées. L'ambiance du chapiteau est néanmoins encore très chaleureuse malgré la pluie qui tombe.

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Fin des pages écrites rapidement, souvent pendant les concerts, à la lampe de poche quand je ne pouvais bénéficier des lumières de la scène.

Nous avons levé le camp le 9.

J'ai raté des concerts que j'eusse aimé voir, entendre, photographier.

J'ai conscience d'avoir pu cependant replonger dans l'ambiance du village et du festival très rapidement, parce que je suis familière du lieu. Et c'était un plaisir de le faire pendant 8 jours.

Mais ma priorité depuis un peu plus de 5 ans ce sont mes garçons. Je n'ai donc plus le temps d'écouter de la musique et de me documenter pendant l'année, ni d'aller à des concerts ou d'autres festivals, comme je le faisais avant.

De même, pendant le festival, je consacrais un temps à mes petits, et mes nuits étaient souvent hachées par des besoins de calins nocturnes de petits garçons.

Bien heureuse cependant d'avoir pu participer, me sentir de nouveau dans cette atmosphère et en faire partie. Sentiment d'avancer.

Je suis retournée à Marciac le dernier week end, pour voir les deux derniers concerts, avec danseurs.

Mais si j'avais choisi ce n'est pas ceux-là que j'aurai vu.

Ma préférence allait à Emile Parisien (que j'ai vu encore collégien). Ou Joshua Redman. Monty Alexander. Ou Roberto Fonseca.

Pour écouter des fragments de concert et voir les vidéos, on peut aller sur Arte web.

Pour sentir l'ambiance et apprécier les réalisations originales créées à Marciac, vous pourrez aussi écouter le CD tout neuf From Billie Holiday to Edith Piaf, qui réunit Wynton Marsalis et Richard Galliano. Ce disque est paru à Marciac cette année et sera en vente publique dès le mois de novembre.

Edit du 23 : Enfin, et pour en faire l'épilogue, je vous renvoie à l'article de Fara C, qui a toujours le mot juste et qui connait tellement bien le festival.....

jeudi 20 août 2009

Journal de bord 6/08

Les petits gars sont toujours bien réveillés. A 10h ils demandent à aller au centre aéré.

On les amène et je passe à la journée à regarder les objets, les vêtements, à essayer, à discuter, à échanger. Marciac est transformée 15 jours en grand marché cosmopolite qui a ses modes. Cette année beaucoup de bijoux en graines et pierres. Dans les rues tous les jours on peut admirer les vêtements et chapeaux en vente dans telle ou telle échoppe. Il y a une très bonne ambiance entre les exposants qui s'entraident et se retrouvent avec plaisir pour les habitués. Dans la rue St Justin les habitants voisins pour le temps de JIM des vendeurs, les invitent parfois à boire un verre. C'est calme et bon enfant.

Les habitants de Marciac sont curieux et accueillants. Dans l'ensemble. Les autres, je pense, quittent le village pendant le remue-ménage. Je tombe amoureuse d'un ensemble en chanvre, j'essaie des babouches, une robe djellaba, j'admire le travail en pierres et macramé, d'une créatrice de bijoux, je parle du travail d'alphabétisation au Togo d'une autre...

Nous en profitons pour boire un verre sur la place en écoutant les élèves des classes jazz. Cette année l'écologie arrive au festival et il n'y a plus de gobelets jetables : on peut boire dans un gobelet plastique aux armes du festival et d'un célèbre fabriquant de bières, et le rendre ensuite, ou le garder contre 1 euro.

Autre occupation qui nous manquait : aller voir les expositions artistiques.

Il y a celle de la maison Guichard avec les belles photos de la région Midi Pyrénées, les sculptures et les dessins de musiciens. On va maintenant à la Grange d'Emile se régaler des peintures de Bruno Loire : l'arche de nos haies.

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Nous voyons aussi des patchworks, ou quilts, qui viennent de Louisiane. L'histoire de cet art est beaucoup moins anecdotique qu'un passe temps pour club du 3ème âge. C'est en Amérique un moyen d'expression et un art que pratiquaient les esclaves illettrées. Il y en a de réellement très beaux.

A l'espace Equart les sculptures sont dérangeantes : des têtes et des corps en terre et paille, qui ressemblent à des restes retrouvés par des archéologues, des momies, des têtes réduites.

Finissons par la chapelle.

Jolie promenade pour y aller. Photos et peintures sur la région de Marciac, peintures naïves de Gérard Brasseur, photos de Jean-Bernard Laffitte.

Exposition sur les matériaux de construction des bâtiments du pays : brique, pierre, terre, chaux, tuile. Histoire de Marciac.

Et photos des anciens du village à travers leurs jeux, sports et activités. Dans cette petite salle je suis une vieille dame (elle me parlera plus tard de son petit fils le plus âgé, né en 1964) qui reconnaît des personnes sur les photos. En compagnie de son fils elle commente et recherche des têtes connues, cites des personnes parfois disparues. Travail de mémoire. Avec plaisir, voyant que je m'intéresse, elle me parle des activités du village. La fête qui durait 8 jours et était attendue avec impatience, ses jeux et retrouvailles avec des natifs qui revenaient pour partager ce moment.

Le théâtre, avec ses pièces fort bien jouées. La fraicheur et la spontanéité des acteurs amateurs qui étaient meilleurs qu'une troupe de Paris. Elle me raconte que la troupe de Marciac a joué l'Arlésienne très bien. Un ami, sachant qu'elle avait beaucoup apprécié, l'avait invité à voir la même pièce jouée par une troupe parisienne, qu'elle a trouvé trop appliquée et récitative. Les arênes et l'ambiance qui y régnait, que l'on a pu vivre aux débuts du festival et que tout le monde regrette. Je confirme et raconte que nous venions dès 1992 faire la fête après les concerts au chapiteau dans ce lieu magique et festif.

Nous voyons la photo d'un groupe de filles d'environ 10 ans, toutes en robes blanches, devant un bâtiment que l'on reconnaît. Il s'agit de préfabriqués, montés pour accueillir les réfugiés espagnols, et qui sont toujours debout. Longtemps ils abritaient le centre de loisir, la salle de danse et la bibliothèque du village. Aux débuts de notre temps de bénévoles chauffeurs nous logions à cet endroit au centre du village, à côté de centre de secours. Il a, depuis, été rénové entièrement.

La vieille dame, devant les photos de classe d'enfants en culottes courtes me raconte qu'elle avait un vélo, pendant et juste après la guerre, qu'elle était jeune, et qu'il lui arrivait de ramener des enfants aux jambes glacées jusque devant chez eux. En ce temps-là tous étaient jambes nues et n'avaient qu'un bout de pain et la valeur d'un verre de vin comme repas. Elle se souvient aussi que certains avaient une comporte comme parc, et me dit que l'éveil n'était pas assuré avec un tel environnement. Certains s'en sont sortis, mais d'autres ont gardé d'étroits horizons.

J'apprends à cette occasion qu'il y avait un hippodrome à Marciac, dont on peut toujours voir le portail, près du lac, sur le chemin.

Enfin on voit une photographie panoramique des Pyrénées, prise côté français et la même côté espagnol. Quelle différence de paysages ! Enfin la géographie illustrée, embrassée, de nos montagnes préférées ;-).

Chercher les enfants, toujours en vélo.

Croiser la Garde Républicaine à cheval, des gendarmes à vélo. Ce matin j'en ai vu à pieds. Beaucoup trop de gendarmes me dit une exposante. Et pourquoi parlent-ils à ce touareg du Niger, bras croisés ou mains sur les hanches, à trois devant un homme seul ?

Nous décidons d'aller manger un sorbet coco à l'ancienne, sur le stand des fruits et fleurs des Caraïbes. Délicieux. Comment ça marche ? Demande Lumineux. Un récipient pour mettre le lait de coco, autour on pose les glaçons et le sel, on tourne la manivelle qui brasse le lait, jusqu'à ce que ça devienne du sorbet. Sain, frais, et très goûteux !

Au camping. Repas en compagnie des indiens et d'africains, sur les tables communes. Les enfants peuvent s'amuser, grimper aux arbres. Et puis prendre mes sacs, enfourcher le vélo et foncer vers le chapiteau par les chemins de traverse. Hop les barrières, les sens uniques qui font le tour de Marciac, et me garer, dire bonjour....

Vite, le ventre chaud producteur de musique, pour le concert de Marcus Roberts.

Ce pianiste aveugle était déjà avec Wynton Marsalis lors du 20ème festival, lors qu'ils ont crée et joué la Marciac Suite. Vingt morceaux spécialement pensés en l'honneur du 20ème anniversaire.

J'étais chauffeur alors, et lorsque nous avons été chercher les musiciens ils étaient tous très concentrés (ils répétaient depuis 2 jours sur place déjà), relisant leurs partitions dans la voiture. Marcus Roberts, lui, avait tantôt les écouteurs sur les oreilles, tantôt une sorte de tablette électronique qui lui permettait de rejouer. Il était tout à fait immobile et replié à l'intérieur de lui-même et de la musique.

Ce soir-là, au bout de quelques morceaux, un orage violent avait contraint Mr Guilhaumon à monter sur scène pour demander l'évacuation du chapiteau, devenu dangereux.

Wynton était tellement désolé qu'il a annoncé, promis, qu'il rejouerait ce concert dans les jours à venir. C'est ainsi que le lendemain, sur la place, sur la scène du off, dans un paysage de soleil lavé par les pluies de la veille, sont montés tous les musiciens. Et le concert à eu lieu entre 18 et 20h, en plein air, devant la foule de la place, ravie. Ensuite, Wynton Marsalis s'est prêté au jeu des signatures avec sa toujours grande gentillesse et sa non moins grande patience.

Ce soir, Marcus Roberts nous régale en compagnie de Roland Guérin à la contrebasse et Jason Marsalis à la batterie. Une musique vive et enlevée, avec la surprise du « special guest » : Wynton bien sûr !

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Pour son concert, ce dernier joue la musique de Sydney Bechet . Il est accompagné de ses musiciens habituels (Ali Jackson à la batterie, Dan Nimmer au piano, Wycliffe Gordon au trombone, Carlos Henriquez à la contrebasse, Victor Goines au saxophone) mais aussi de deux anciens musiciens de Sydney Bechet : Bob Wilber à la clarinette, et Olivier Franc au saxophone. Sydney Bechet fut le parrain d'Olivier Franc, et il joue ce soir d'un saxophone qui a appartenu à Sydney. C'est une musique festive, prohce des fanfares et band de la Nouvelle Orléans. Wynton est dans son élément. Ça casse l'aspect trop théoricien et froid de sa musique habituelle. C'est la première fois que je l'entends chanter, un chant de funérailles : « Someone tell me Joe Turner has been here but he's gone ».

Le public est attentif et très réactif comme à l'habitude. Il demande 5 rappels qui sont exaucés. C'est l'anniversaire de Victor Goines, que l'on chante. Pour le dernier, Wynton nous souhaite bonne nuit et nous demande de faire attention.

Bon, ne reste plus qu'à aller se coucher alors....

mercredi 19 août 2009

Journal de bord 5/08

Presque la routine. Quand on commence à se dire que le rythme de vie est plus fluide, que je peux ménager du temps pour la lessive à la main et remonter le siège enfant sur mon VTT (Solaire a grossi et il touche la roue).

Chaleur lourde et écrasante.

Humain va à la piscine avec les enfants pendant que je retourne à la salle de presse pour me connecter, charger mes photos, écrire un peu. Les garçons ont vite froid dans l'eau et trop chaud dehors. Alors ils préfèrent aller à l'ombre, sous les arbres, avec les animateurs du Coin des gamins.

Je les rejoins.

Il fait vraiment très chaud.

Je prends une douche avant de filer sur mon vélo pour être à 21h sous le chapiteau.

En chemin je rencontre un copain et nous parlons de jazz, années 70, Stanley Clarke, Charles Lloyd... mais vite, je dois aller dans la fosse recommencer à transpirer. Nous avons le droit de photographier pendant les deux premiers morceaux seulement. Ensuite, nous n'avons plus envie d'écouter la musique puisque nous devons quitter les lieux. Ce soir, j'apprécie moins. Je trouve plus intéressant de parler, de dérouler une conversation intime et profonde, que me plonger dans la musique de Jacky Terrasson. C'est bon pourtant, mais je n'entre pas entièrement dedans. Peut-être un effet de saturation déjà, après 5 jours passés dans la musique au moins 5h/24.

Parfois on semble un peu blasé aussi, après avoir vu tant d'artistes.

Trouver le second souffle !

Et puis, en sortant prendre l'air, on voit les nuages noirs monter vers nous. Météo France promet un orage pour minuit.

Vent en rafales, rafraichissement de l'air, et enfin la pluie, juste au début du concert d'Ahmad Jamal.

Je n'ai pas pris ma veste de pluie. Bon, je suis prête à aller chercher un sac poubelle si besoin.

Je me laisse emporter par la musique et le bonheur d'être là d'Ahmad Jamal. Je l'ai déjà vu plusieurs fois mais ce soir il rayonne, sourit, salue, s'arrête en chemin vers le piano pour regarder le public. Et puis il nous régale et fait même deux rappels.

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Pendant ce temps l'orage qu'on a entendu gronder, bien à l'abri dans la musique, s'est éloigné. Je peux rentrer sans me mouiller, l'air n'est qu'à peine rafraichi.

Au camion, ma chatte sort profiter de la fraicheur.

Au matin elle nous ramènera une musaraigne.

mardi 18 août 2009

Journal de bord 4/08

Mardi déjà.

Impression d'être là depuis si longtemps !

Pas du tout envie de me connecter ni ne pense à internet.

Pourtant heureuse de mettre en ligne quelques pages sur mon blog.

Journée spéciale : ce soir nous allons tous les deux au concert. Une jeune fille gardera les garçons.

Hier Solaire était très fatigué et a pleuré quand je suis partie. J'ai dû revenir pour le coucher. Lumineux, lui, à fait pipi les deux premières nuits. Maintenant je leur dis : « n'oubliez pas que je pense à vous tout le temps, et que je viendrais vous faire un bisou en rentrant, pendant que vous dormirez ».

Les animateurs du « Coin des gamins » ont amené hier des instruments et mes deux gars ont produit des sons avec trompette et saxophone. A l'admiration des musiciens. Il semble que ce ne soit pas évident. C'est encore un signe qu'il faut qu'ils fassent quelque chose avec la musique.

Donc ce soir....

Jan Garbarek est bon. Trilok Gurtu est un phénomène, l'ingénieur du son réussit à faire entendre tous les instruments divinement. Il est bon de rester en coulisse un moment pour parler avec les amis. Les discussions ont une autre saveur, une autre teneur lorsqu'elles sont portées par cette musique, ces vibrations, ces émotions.

Ensuite se plonger dans le chapiteau, dans le coeur, rejoindre les 5000 autres pour vibrer à l'unisson dans l'odeur d'herbe et de terre propre au terrain de rugby. Sentir quand même l'air frais de la nuit nous caresser. Etre avec les autres dans le tout, partager les émotions et les transmettre aux musiciens qui absorbe et rayonne et nous renvoie des notes spécialement créées. A Marciac je suis totalement dans le village. Je veux dire que j'ai le sentiment palpable d'être dans l'atmosphère... je sais où je suis et je peux me situer géographiquement, j'ai la conscience de mon environnement et des bonnes vibrations qui le constituent. Je sens, je sais qu'il y a le cimetière tout contre le chapiteau, les champs de maïs, le chemin qui en fait le tour, les routes étroites à angle droit de la bastide qui mènent vers l'église ou la place, le chemin de ronde qui encercle le village. Je suis consciente de l'Histoire du lieu et je sens que l'air y est porteur d'énergies positives. Et tout cela est présent dans mes sensations quand j'écoute un concert sous le chapiteau.

Et puis Charles Lloyd. Une révélation il y a 6 ou 7 ans, ici-même.

Je me souviens de cette sensation. Assise dans la fosse, les yeux écarquillés, suivant du regard ce qui se jouait entre les musiciens, entendant la qualité du silence qui produisent 5000 personnes sous le charme, en attente, vibrantes. On a laissé se dérouler la vague. Le saxophone poétique et méditatif, Charles Lloyd avait su nous emporter dans son histoire, en nous racontant la notre. Il avait su toucher si profond que mon estomac s'était noué, mes larmes coulaient, alors que je ne pouvais mettre en mots ce qu'il me disait. Puissance de la musique en public. Et je veux croire, parce que les musiciens aussi le disent, que c'est CE public et CET endroit qui sont magiques.

Le jazz est une musique exigeante, qui demande du temps pour être comprise. Ou alors c'est à moi qu'il a fallu du temps pour me départir de tout ce fatras cérébral occidental et laisser parler mes émotions, mon coeur, les laisser s'exprimer et comprendre ce que la musique me disait. Je me souviens des premiers concerts où j'aimais sans connaître, où j'écoutais et ne pouvais voir en même temps la scène. Mes deux perceptions étaient trop différentes et ne savaient pas cohabiter, je ne parvenais pas à les mêler pour comprendre le tout ensemble.

Ensuite j'ai photographié. Et il m'a fallu apprendre la technique et aussi à voir et entendre, à sentir les liens subtils qui existent entre ces deux perceptions pour les exprimer en images.

Une phrase importante dans une interview d'un musicien dans le journal quotidien du festival « Jazz Au Coeur ». A la question « quel instrument auriez-vous aimé être ? », il répond : un appareil photo, c'est avec ça qu'on capte le meilleur d'un concert.

C'est exactement ça. J'ai beaucoup de mal à écouter un concert de loin, sans voir les musiciens et lire sur leurs visages et dans leurs silhouettes et mouvements ce qu'ils sont.

A peine vu Charles Lloyd il y a 6 ans, j'étais conquise et émue par son humanité. Je le reconnaissais pour un homme tel que mon coeur les aime. Et son humanité s'est révélée encore bien davantage dans sa musique. Visible en photo, écoutée et comprise sans avoir besoin de parler.

Ce soir il nous présente une formation plus extravertie. Beaucoup de place pour la batterie, un piano presque latin par sa vélocité. Des émotions qui ont envie d'aller de l'avant, de pousser à agir.

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Le public ne s'y trompe pas, qui rythme et applaudit, scande et se réjouit. Tam tam et balancement lancinant, danse et douceur ensorceleuse de la flûte traversière. Je souris. Charles Lloyd, dans la nuit étoilée, nous promet des rêves heureux.

En sortant du chapiteau une dame blanche nous survole, elle va vers le clocher de l'église, à notre droite.

Tout est bien.

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