J’ai plongé dans l’ambiance de Marciac comme dans une vague, mais en pensant toujours à ma vie habituelle.
Je savais ce que j’allais trouver. Je ne faisais que reprendre mes marques, laissant libre le champ des possibles rencontres et des personnes nouvelles. Et surtout le cœur ouvert à la musique.
Il s’est empli de courants, d’énergies, de vibrations nouvelles. De conversations reprises et de présents très purs.
Mais j’étais comme en transition. Entre deux mondes.
Rattrapée dès le 30 par la nouvelle de la mort de Beb. Présente néanmoins dans la musique dès ce même soir lorsque John Mc Laughlin a chanté
a love supreme
a love supreme
supreme supreme

Le temps suspendu et le cœur soulevé, au sens d’élevé. La gorge nouée mais la joie du moment.
J’ai donc passé une journée entre deux : retour pour la crémation et des lessives chez moi. Récupération d’un copain des garçons pour le ramener à Marciac, lui faire connaître cette ambiance.
Et puis des discussions, des remous et tremblements. Des projets à voir, à mettre en branle, à vouloir … avec diverses personnes, dans diverses disciplines.
Vivre l’instant présent : la photo, les humains, le champ de tournesol devant le camion, le froid la nuit, la piscine quand il a fait très chaud, la joie des rues calmes quand je traverse devant les jardins en vélo, la nuit et les gendarmes trop présents, l’Armagnac à l’Atelier, le punch coco sur la place tandis que les autres boivent du Champagne.




Vouloir être là, l’être, le faire.

Dans un présent teinté, voilé, de présence et d’absence, de ceux qui sont là et qui repartent. Les amis de passage et les discussions qui vont à l’essentiel.
Et le retour dans la vie habituelle.
Une année décidemment dans l’encaissement, le questionnement, le travail sur moi. Enfin, je veux dire : je sens que beaucoup sont dans cette mouvance d’un questionnement personnel et d’une incertitude sur l’avenir, d’un monde qui vit une faille de plus en plus grande.
Et la coupure du festival de Jazz, l’assurance de tout ce plaisir, de cette joie à être ensemble, n’a pu occulter entièrement ce sentiment de fêlure. Oscillation entre la quête de l’essentiel, la vie dans le présent, et le sentiment que le monde est sur le fil.
Impression encore aggravée par le film de J-Marie et Arnaud Larrieu Les derniers jours du monde Dont les images me hantent, et le parcours du héros me semble très cohérent.
Mais j’ai continué d’écrire, comme chaque soir quasiment devant la scène, plongée dans la musique et ses vibrations, directement sous influence.
Je continue d’ailleurs avec mon casque sur les oreilles.
J’explore en ce moment la musique indienne et le jazz. Et je trouve ce concert fabuleux (c’est long de 41’25)
Pour faire le pendant du saxophone impressionnant de Yusef Lateef … j’en parlerais un autre jour…
Et puis je me suis remise à savonner. Et c’est très bon de reprendre mes réflexes, de calculer et de créer et transformer des matières et des couleurs. La vertu des savons n’est pas seulement de laver (quoi que…) mais aussi de soigner, de pouvoir être donnés, plus tard, après leur cure, d’être faits avec une intention.





