Parchemins Instantanés

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samedi 1 octobre 2011

Petits moments

Ce que j’aime, c’est écouter le silence dans la nuit

Sentir l’haleine de mon fils quand il vient m’embrasser : savoir qu’il va bien parce qu’il sent cette délicate odeur poivrée, à nulle autre pareille, qui est une réminiscence de l’odeur qu’il avait lorsqu’il est sorti de moi, et que je n’oublierais jamais

Regarder devant moi et voir la lumière, les montagnes toujours changeantes

M’arrêter et sentir que je suis en vie, l’air qui me touche et fait le tour de mon bras nu

Etre réjouie par la discussion avec un copain qui passait tout à l’heure dans la rue

Sentir les liens qui me tiennent à lui, aux autres

Etre présente aux autres et aussi à moi, à l’intérieur, tout au fond

Pédaler et sentir mes muscles tirer

Porter et voir mon biceps se contracter

Grimper et sentir comment je dois positionner mon corps pour être plus efficace

Redescendre et entendre une débutante me dire que ça a l’air facile

Profiter du ciel bleu pour m’y perdre

Contempler la mer et les rochers, sentir l'iode emplir mes poumons, être dans ce paysage, en faire partie et le graver dans mes yeux

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Aller marcher et sentir mon souffle s’amplifier sans douleur, facilement dans la montée

Regarder ma chatte au soleil plisser les yeux et admirer son profil, son aptitude à vivre l’instant présent

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jeudi 25 août 2011

Intuition

De blog.

Hier matin j’ai décidé de lire quelques blogs que je suis régulièrement.

C’est ainsi que je me suis délectée de ce billet sensible chez la bouseuse.

Sans savoir aucunement qui était la blogueuse dont elle parlait. En comprenant néanmoins sa peine. Mon cerveau pensait comme à l’habitude à plusieurs choses en même temps, et mes enfants passaient dans la pièce en me questionnant. J’avais déjà exploré la blogoliste de la bouseuse, mais j’ai été attirée par un nom : la fille aux craies. Son dernier billet avait un ton qui me plaisait bien. La fille avait l’air chouette, j’ai mis en favori. Le soir, je vais lire le blog de Samantdi et je découvre google + que je ne connais pas. Et je lis de nouveau quelque chose au sujet d’une blogueuse décédée. Cette fois il y a un lien. Et je m’aperçois avec stupeur que l’on parle de la fille aux craies.

Je crois bien que nous sommes tous connectés, les vivants et les morts, pour peu que l’on soit attentifs à laisser notre esprit divaguer, être sensible et perméable aux signes.

Parce que je ne vais pas lire tous les jours les mêmes blogs, que je ne connais aucune de ces personnes « en vrai », que je ne savais même pas qu’il y avait des liens entre Zelda et Samantdi, donc encore moins avec une autre fille dont je découvre en même temps la présence sur la toile, et l’absence récente pour sa famille et ses amis.

Je deviens plus réceptive à l’immatériel.

mercredi 24 août 2011

Beb n'est pas partie elle est partout

Beb Kabahn n’est plus de ce monde

Elle est d’ailleurs

Elle a choisi de s’en aller et de nous laisser continuer notre route

Si on garde au cœur une légère douleur,

A l’esprit une interrogation

Nous restons vigilants à se tenir les coudes

Pour elle

Pour eux, qu’elle laisse à notre garde

Elle connaissait tant de gens

Elle a semé tant de graines d’écriture et de questions

Elle a laissé tant de signes

Que cela donne envie de chercher, de décoder

A posteriori, ce qu’elle entrevoyait

Bien entendu c’est faux : ce n’est pas Elle

Seulement des traces

Mais j’entrevois dans ce travail d’archéologue de la pensée écrite

Des bribes, des lambeaux

Une reconstruction que je pense être utile à ses enfants

Je revois sans arrêt ces moments passés avec elle

Je suis heureuse de ces personnes rencontrées par elle

Et qui me sont chers

Non seulement par son truchement

Mais parce qu’ils sont vrais et authentiques

Comme je le suis

Et en perpétuel questionnement

Dans une force ouverte à l’étrange, à l’indicible

Son esprit est là

Notre peine présente au fond de nous

Mais transmutée lorsque nous sommes ensembles et avec ses enfants

Elle ressemble alors à la puissance de la vie et de la transmission

mercredi 10 août 2011

Beb Kabahn n'est plus

Je suis la louve prisonnière des mille impasses de la forêt

Je suis la louve solitaire devant les portes verrouillées

Je suis la louve téméraire qui marcha bien loin des sentiers

Je suis les yeux de la hulotte et le chuintement des cours d'eau

Je suis la hutte dans la grotte et le charabia des oiseaux

Je suis la lune dans la mousse et la couleur du renardeau

Je suis une femme dans la brousse, je suis un homme sur un bateau

Je suis soleil blanc des hivers et canicules de minuit

Je suis la nuit et ses mystères, je suis l'arc-en-ciel et la pluie

Je suis l'esclave et la maître, mais dans la paume de vos mains

Je suis la vie de ma fenêtre, et réinvente mes lendemains

Je suis la tombe de Jean-Le-Blanc, je suis son sang sur le bitume

Je suis le sifflet des milans qui s'élève au-delà des brumes

Je suis les crocs du chien sauvage, et la boue séchée de tes bottes

Je suis le désert, les mirages, je suis ton désir quand il flotte

Je suis une ombre dans la ville, et la poussière sur ta vitrine

Je suis l'oubli d'un vieux goupil et le parfum de vos latrines

Je suis la bruine sur ta joue, et la rosée dessus tes cils

Je suis le crime commis par vous, car tous les miens sont en exil

Beb Kabhan - "Les sucettes aux grillons" - 2008,

éditions soleil et cendres, collection les solicendristes "C'est comme ça qu'on écrit ?"

Beb Kabahn n’est plus de ce monde

Elle est d’ailleurs

Elle a choisi de s’en aller et de nous laisser continuer notre route.

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