Parchemins Instantanés

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mardi 10 mars 2009

Des gestes

Pendant que je couds, je me souviens, mon mental prend un chemin libre et ne se focalise nulle part, je suis dans un état d’équanimité que je peux quitter si je dois faire un effort de compréhension pour un geste nouveau.

Et puis je revois aussi des gestes, des mouvements de ma mère et de ma tante alors qu’elles cousaient. J’étais petite fille et j’observais, j’apprenais en regardant. Je posais quelques questions, mais je ne me souviens plus des réponses, qui ont dû à la fois me satisfaire, et me sembler parfois incompréhensibles parce que je n’avais pas fait le mouvement. Mais je sais que j’étais parfaitement capable de m’imprégner du geste et de le mémoriser, puisque je sais en faire certains aujourd’hui, alors que je n’ai jamais cousu.

Enfin si : recousu des boutons, appris dans la souffrance à coudre des étiquettes sur mes vêtements avant de partir en colonie de vacances, appris à faire un ourlet de pantalon, et aussi à remettre une braguette de pantalon. Pas par motivation. Par obligation ferme et arbitraire de ma mère qui m’empêchait ainsi de profiter du beau soleil de l’été, de l’extérieur, des mouvements, des courses dehors, du vélo, de la lecture au soleil, des arbres… Donc je n’ai rien retenu de tout ça, qu’une impression d’emmerdement maximum, parce que je n’avais pas l’énergie nécessaire à la couture, activité calme et tranquille et immobile : j’avais envie de bouger, ma nature était le mouvement, et le calme m’était juste nécessaire pour lire, encore et encore !

Je crois donc que j’ai davantage appris en observant, en écoutant, en touchant les tissus.

Mes aiguilles m’ont servi davantage à percer une ampoule ou enlever une écharde qu’à piquer du tissu.

Je me souviens même d’une fin de soirée dans un bal de village où, dans la voiture (une ami 6 break vert sapin) j’ai recousu la branche des lunettes de mon amoureux, qui devait nous ramener (je n’avais pas encore le permis) et venait de perdre une vis de ses lunettes.

Sinon, j’ai toujours un nécessaire de couture avec moi en camping, et il ne sert souvent qu’à recoudre un bouton, ou réparer un trou.

Je me souviens d’autres gestes aussi, que j’ai appris en les regardant, sans même m’en rendre compte.

Ceux de mon père mélangeant du béton : la pelle qui remet du sable vers le centre du puits, le geste précis et élégant, la juste dose d’eau et de sable, les mouvements naturels des épaules et des bras, des hanches et des yeux qui calculent.

J’ai dû apprendre ainsi comment arriver à finir en même temps le pain et le fromage, ainsi que la dernière gorgée de vin dans le verre. J’ai appris aussi à boire à la régalade dans la gourde en peau.

A utiliser mon couteau pour écorcer le bâton juste taillé, ou couper en deux le carambar qui reste (et m’entailler la cuisse par la même occasion : ouille !) J’ai appris à marcher dans les bois, en descente en plantant les talons, en montée en faisant des zigs et des zags.

C’est ainsi que j’ai su expliquer, sans même l’avoir fait jamais, comment vider une volaille. C’était lors d’une fête de fin d’année. Notre hôtesse était perplexe, au moment de préparer la volaille, parce que son fournisseur ne l’avait pas vidée. J’ai convoqué mes séjours dans la cuisine pendant que ma mère parlait et cuisinait, et j’ai vu comment elle faisait. J’ai donc su expliquer, à la fois les gestes et l’odeur, la méthode …

Je me souviens combien j’ai été contente, lorsque mon ainé avait moins d’un an, de lire qu’un enfant, dès ses débuts dans la vie, observe les gestes de sa mère et s’en imprègne. Ouf ! pas ceux de son père au début, hein ? Parce que dans la famille c’est moi qui bricole et suis adroite, et pas lui (il a d’autres qualités, évidemment).

Or donc, je pense que je vais remettre une session de bricolage en place, moi… ça fait longtemps que mes petits ne m’ont pas vu à l’œuvre et n’ont pas pu apprendre de nouveaux gestes !

Quoique : j’ai quand même débouché le lavabo pas plus tard que la semaine dernière, pendant qu’ils exploraient ma caisse à outils et plantaient des pointes dans un bout de bois avec le marteau…

Je veux dire : je n’ai pas poncé, gratté, rebouché des trous (qu’ils refont plus vite que moi je les bouche) et peint depuis longtemps. Et je sens que l’envie me reprend.

dimanche 8 mars 2009

Un défi. Première partie

Il y a plus de 10 ans mon frère m'a ramené d'un de ses voyages un sac Karen. Le sac simplissime en coton tissé, fait de 2 morceaux de tissus assemblés, à la lanière assez large pour qu'elle ne scie pas l'épaule. Le sac d'appoint parfait que je garde dans mon sac à main, dans ma voiture, qui sert à prendre une chemise 3 rabats et un calepin pour aller à une réunion, à transporter le bouquin et les lunettes de soleil quand on va à la plage, une pomme, une étole, les médicaments à la pharmacie au lieu d'accepter la poche plastique. Ces dernières années il sert aussi à transporter des petites voitures, un carnet de santé, un pantalon et un tee shirt de rechange pour petits garçons, une gourde.

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Le sac indispensable et évident. Lavable facilement, qui ne tient aucune place quand il est vide. Ecologique, mais est-ce besoin de le dire ?

C'est donc un cadeau superbe et utile, sans trop de sophistication, mais plutôt ethnique. Juste ce que j'aime. Un accessoire à la fois évident, simple, bien pensé, aux dimensions parfaites, et qu'on peut refaire à la main, sans beaucoup d'outils, avec plein d'idées possibles de décoration. Mais voilà, mon sac karen, je l'ai déjà recousu à plusieurs endroits, il se fait vieux.

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J'avais acheté il y a 4 ou 5 ans du tissu chez Ikea. Rayon ameublement, des coupons de lin qui m'ont attiré. Je pensais en faire plusieurs sacs du même type. J'aime les tissus, les couleurs, les belles matières : un héritage des années passées au contact de ma tante couturière et de ces tissus qu'elle nous faisait toucher, de ces fabrications qu'elle nous montrait. Adolescente il m'est arrivé d'acheter des vêtements et d'entendre comme verdict que ce n'était pas un joli tissu (la matière), que la confection n'était pas bonne, les coutures approximatives, la coupe pas équilibrée. J'ai donc appris à faire attention à ça.

Sauf que je ne couds pas.....

Mais ce sac ce n'est pas de la couture. C'est de l'artisanat. C'est un défi, c'est pour fabriquer quelque chose qui m'intéresse, me sera utile, et a une connotation ethnique.

Après plusieurs soirées plongée dans le livre de Catherine Legrand, dans lequel je retrouve ces sacs, je me suis lancée.

Transition/explication annexe. En début de semaine j'avais eu du mal à couper la frange de Solaire, qui est remuant, certes, n'aime pas se faire couper les cheveux, soit, mais mon matériel était vieux et pas très performant. La seule paire de ciseaux correcte a disparu de la circulation dans les mois qui précèdent : sans doute un lutin facétieux qui les a subrepticement glissés dans un endroit incongru....

Donc, toujours prise d'une impulsion subite, il y a 4 jours, j'ai acheté des ciseaux alors que j'étais partie pour trouver des récipients.... Fin de la transition. Ce soir j'ai sorti mes ciseaux neufs, mes coupons, ai tout mesuré, bien observé (et encore raccommodé) mon vieux sac. J'ai sorti ma boite d'Armagnac en bois au couvercle à glissière qui me sert de boite à couture. Et cherché mon bout de craie de couturière bleu. Oui, en partant de chez mes parents, il y a maintenant plus de 24 ans, j'avais piqué à ma mère ce bout de craie, un mètre de couturière, quelques aiguilles, des bobines de fil et un dé à coudre. Inutile de dire que je ne m'en suis pas beaucoup servi. Je suis conservatrice.

Et j'ai taillé. Surfilé.... enfin, je ne sais même pas si c'est bien le bon verbe pour ce que j'ai fait : j'ai empêché le tissu de s'effilocher en le repliant et en faisant un point de couture rapide. Le tout en invoquant l'esprit de ma tante qui est couturière, en revoyant ses gestes quand elle coupait du tissu.

Elle a dû m'aider.

Pour l'instant tout est facile.

A suivre