De retour de la bibliothèque, par un froid extrême pour la région, dans les rues de la ville désertées par les véhicules et encore enneigées par endroit…. J’ai traversé toute la cité pour aller chercher un DVD, sachant pertinemment que je reviendrais avec beaucoup d’autres trouvailles. J’avais pris soin de me munir de monnaie d’échanges, en l’espèce des livres et CD que l’on avait vu, lu, peu apprécié, que je pouvais ramener sans craindre de ne pas le regretter illico.
Alors, qui dit qu’il est un intégriste du bouquin ?
Il faut savoir que nous avons 4 cartes et qu’elles peuvent contenir 20 documents. Elles sont toujours pleines.
Mes enfants ont pris le virus. Et encore : ils ne savent même pas lire !
Et puis hier nous avons visité deux médiathèques pour faire le plein…
Or donc, j’ai lu, en rentrant, ce billet d’Agnès la mexicaine, qui me demande de raconter ma façon de lire…. J’en ai déjà parlé un peu ici, ou là.
A chaque plongée cela suscite d’autres mots, d’autres angles de prise de vue.
En ce moment beaucoup d’écrans, entrecoupés de romans. Je dévide des fils. J’ai d’abord attrapé celui d’Hélène Castel, préfacée par Nancy Huston. Et je me suis dit que j’allais quand même arrêter de l’éviter. Alors j’ai pris Lignes de faille, puis Infrarouge, La virevolte, Prodige. Dans le même temps je trouvais Frédérique Deghelt : La vie d’une autre, puis La grand-mère de Jade, et La nonne et le brigand. Je sillonne la ville pour dénicher les livres dans les médiathèques.
Ça, c’est pour les éditions Actes Sud, que j’aime décidemment beaucoup. Comme Agnès.
De la même manière je suis plutôt déçue par les auteurs français contemporains. Et ces deux-là me font un peu l’effet de l’exception qui confirme la règle. J’évite les Lévy, et autres Nothomb, Djian et Beigbeder. Même si j’ai lu les premiers d’Amélie Nothomb, distrayants, sans plus. Je n’en ai aucun souvenir. Pareil pour Philippe Djian, qui me plaisait bien quand je devais être in the mood avec cette façon d’être et de dire. Plus jeune, quoi. Quelques images me restent de ces livres. Mais il y a deux ans j’ai essayé de lire Impardonnables et je me suis fourvoyée, je l’ai fini en diagonale, pour vérifier que vraiment je ne perdais rien, et j’ai bien râlé d’avoir perdu mon temps.
C’est que j’ai décidé d’aller à l’essentiel : tant de livres à lire, de choses à vivre, à écrire, à faire !
J’ai moi aussi commencé à lire de façon boulimique, pour appréhender un monde, pour le découvrir, pour me rendre compte que les sentiments qui m’habitaient étaient partagés par d’autres, mais que l’on n’en parlait pas dans la vie, seulement dans les livres. J’avais 8 ans, mon institutrice, maline, nous faisait faire des exercices de math à l’ardoise, et une fois qu’on avait terminé, c'est-à-dire donné tous les résultats justes, on avait le droit d’aller lire au fond de la classe. Je crois qu’en milieu d’année j’ai fini de lire ce que contenait notre armoire, j’ai dû aller piocher dans la classe d’â côté (il n’y avait pas encore de BCD dans les écoles à ce moment-là, et encore moins la pléthore de livres pour enfants qui existe, fort heureusement et pour mon plus grand plaisir maintenant).
Ado, j’ai lu pour me réfugier dans un monde dont je comprenais les règles, parce que les groupes de copains étaient décidemment trop bizarres pour moi (ou alors c’était moi ? ;-))
Comme le dit si bien Mario Vargas Llosa dans son discours du prix Nobel
« Mon salut fut de lire, lire les bons livres, me réfugier dans ces mondes où vivre était exaltant, intense, une aventure après l’autre, où je pouvais me sentir libre et être à nouveau heureux. Et d’écrire, en cachette, comme quelqu’un qui se livre à un vice inavouable, à une passion interdite. La littérature cessa d’être un jeu, pour devenir une façon de résister à l’adversité, de protester, de me révolter, d’échapper à l’intolérable : ma raison de vivre. Dès lors et jusqu’à présent, dans toutes les circonstances où je me suis senti abattu ou meurtri et au bord du désespoir, me livrer corps et âme à mon travail de fabulateur a été la lumière qui signale la sortie du tunnel, la planche de salut qui porte le naufragé jusqu’au rivage. »
Cela m’amène à parler des langues que je lis. Du français, essentiellement traduit puisque je lis peu de littérature française. Mais cette fois, et c’est valable pour tous les auteurs de langue espagnole, j’ai apprécié le rythme, le son, la voix de l’auteur. Comme s’il me parlait d’un coin très familier de ma tête. C’est que je reconnais dans cette langue traduite les intonations, les tournures de phrases, les respirations familières à mes oreilles. Car, si mes parents sont espagnols et ne nous ont jamais parlé dans cette langue, ils ont gardé certaines caractéristiques linguistiques que j’ai intégrées dès ma naissance. Ainsi par exemple, j’ai été bien surprise quand je me suis rendue compte que les copains allaient à la cafétéria (intonation qui descend à la fin du mot), alors que ma famille allait parfois à la cafeteriiiiia (avec un a chantant après le i appuyé). Très souvent mes enseignants me corrigeaient à cause métaphores, ou de tournures qui m’étaient très habituelles mais « ne se disaient pas », du moins à l’écrit.
Etudiante il m’est arrivé d’épurer ma bibliothèque pour aller vendre des sacs de bouquins, en retirer quelques espèces de manière à pouvoir en racheter, ou simplement pour financer un projet. A ce moment les livres se vendaient encore pas mal. Maintenant je fais un tri dans mes étagères pour faire de la place, et je me retrouve avec un grand sac de livres qui ne m’intéressent plus sans savoir quoi en faire. Parce que les vendre 10c à un bouquiniste ne m’intéresse pas davantage.
C’est ainsi qu’à Noël j’ai offert certains de ces livres à des personnes qui ont dit apprécier.
J’en ai acheté d’autres, pour offrir, notamment à un neveu qui manque de culture classique mais veut écrire (L’attrape cœur de Salinger, Les nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar).
Parfois j’achète neuf, souvent je glane des livres d’occasion.
Ce n’était pas le cas lorsque j’étais plus jeune et que j’étais encore inféodée aux dernières parutions, que j’avais envie de tester. Maintenant que je me connais davantage, et que le tapage médiatique m’indiffère, je me contente de garder une attention flottante et une oreille sélective. Ainsi une critique entendue pendant un court trajet en voiture (lieu ou je peux écouter la radio) va me rester si l’auteur ou le sujet m’a « parlé ». J’attends souvent confirmation : le livre vu dans une librairie, proposé à la médiathèque (j’ai une excellente mémoire et un nom peut m’interpeller plusieurs mois après).
Je lis beaucoup de livres pour enfants, à mes enfants. Parfois des romans pour adolescents. Pour savoir, parce qu’ils sont intéressants souvent, que la frontière avec les livres pour adultes est ténue.
Ainsi je recommande à des amis la trilogie de Philipp Pullman A la croisée des mondes. Les livres de Cornélia Funke Cœur d’encre, Sang d’encre, Mort d’encre.
Je serais bien en peine de dire ceux que j’amènerais sur une île déserte. Tellement mes goûts évoluent. Ça dépend du temps que j’aurais à y passer, je crois.
Et aussi parce que je ne lis pas les mêmes livres l’hiver que l’été, en montagne ou à la mer, chez moi ou en week end chez des amis, à la ville ou à la campagne. Cela dépend aussi de mes états d’esprit.
Peut-être que j’en profiterais pour relire tout Marguerite Yourcenar, seul livre en Pléiade que j’ai. Et puis Nicolas Bouvier en collection Quarto. Je prendrais peut-être une liseuse avec un chargeur solaire pour venir à bout de tous les livres que je lui aurais mis dans le cerveau. C’est un instrument qui me tente juste pour cet usage : ne pas avoir besoin de faire de choix, pouvoir lire quelques pages d’un roman, puis d’un essai, d’un journal, un document personnel à annoter, avoir à disposition des romans à lire à mes enfants.
Entendons que j’aime la matière papier, que je ne me sépare ni des livres ni des carnets, ni des stylos. D’ailleurs j’en ai dans tous les pièces de l’appartement. Y compris une partie de la bibliothèque dans les toilettes.

Mais j’aime la facilité d’utilisation et de relecture de l’écriture sur écran, la compacité des documents embarqués.
Je n’ai pas dit où je lisais. Parce que je lis partout. Dans ma chambre d’ado je lisais sur un fauteuil. Dans le bus, en marchant, en cours, au café. Dans mon lit. Longtemps ce fut mon rituel avant de m’endormir. Puis j’ai eu des enfants avec lesquels j’ai dormi, et plus simplement j’étais tellement fatiguée que je n’avais plus ni le temps, ni l’envie de lire. Maintenant je leur lis des livres dans le futon, un de chaque côté (mais comment font les parents de 3 et davantage ?), ou dans le lit. Et pour moi je lis dans le futon, ou dans le hamac siège, sur une chaise, à la bibliothèque dans un fauteuil, aux toilettes, dans la salle de bain après ma douche chaude, devant le chauffage soufflant, l’hiver avant d’aller me coucher. J’aime aussi lire dans le camion, en attendant mes garçons, ou bien voler du temps : aller faire une course, ou à un rendez-vous, et puis prendre le temps de m’arrêter sur un parking pour lire, mon thermos de thé ou de tisane à côté, comme si j’étais dans mon salon, chez moi. J’oublie le temps, je rentre dans l’histoire. J’aime aussi emporter un livre dans mon sac à dos. M’arrêter pour manger et lire au soleil, parfois juste quelques pages : les livres sont magnifiés alors. Et j’en garde une saveur spéciale. Là je loue la solidité du papier par rapport à l’objet liseuse qui doit être beaucoup plus fragile.
Je prête des livres. Parfois on ne me les rend pas. Je me détache de l’objet en empruntant en médiathèque, mais je ne peux m’empêcher d’en racheter, pour en avoir d’avance. J’aime savoir que j’ai le choix, que je peux en conseiller. J’aime le geste, en parlant d’un sujet, d’aller piocher dans la bibliothèque pour trouver un passage. J’aime me poser une question et savoir que je peux tirer un livre de son étagère pour le consulter, en prendre un ou deux autres pour croiser les informations.
Je crois que je suis tellement visuelle que mes objets doivent être toujours en vue pour que je ne les oublie pas. Je ne supporterais pas d’avoir des livres enfermés derrière une porte. J’aurais l’impression de ne pas en avoir. Une maison sans livres me semble vide.

J’aime me pencher pour lire les titres, faire des comparaisons chez des amis et retrouver des livres que j’ai chez moi. J'aime lire chez Agnès des titres que j'aime et que j'ai lu.

En ce moment je lis La nonne et le brigand, de Frédérique Deghelt, mais d'autres aussi.... Les classiques je les ai lu entre 15 et 20 ans, et je n'y ai plus touché depuis, sauf Marguerite Yourcenar.
Sinon mes auteurs préférés : Irving, Haruki Murakami, Ella Maillart, Yourcenar, Nicolas Bouvier, Clarissa Pinkola Estès pour Femmes qui courent avec les loups, j’ai beaucoup aimé Seul le silence de Roger Jon Ellory, et les livres de Tarun J. Tejpal.
