Parchemins Instantanés

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vendredi 18 avril 2014

Danse

Mesurer la qualité d'un spectacle à la dose d'énergie ressentie après.

La musique produit une énergie plus ample, qui se déroule et enveloppe, qui peut cristalliser et durcir, terminer abruptement aussi.

La danse laisse planer des questions, des traînées de brume. Quelque chose qu'on aurait sensiblement perçu sans pouvoir le nommer, des concepts mis en ondes, des thèmes ébauchés et déconstruits. Une perception dans le mouvement et le temps.

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Ensuite, c'est le rire d'après la concentration, les remerciements et la joie durable. Le son de la voix après les torsions et déploiements du corps.

Alors, dans la nuit de fatigue, le cerveau déconnecté du corps, je peux écrire sans barguigner tous les mots qui me viennent. Parce qu'ils sont dorénavant le prolongement, qui m'échappe à jamais, de sensations ressenties et nommées par d'autres, le chagrin et le cristal de sonorités implicites parfaitement inaudibles par d'autres que moi. Pourtant visibles par tous.

mardi 15 avril 2014

Femme en cheveux

Hier j'ai demandé à mes enfants si je refaisais un henné ou si je laissais mes cheveux devenir blancs.

J'ai toujours utilisé du henné, depuis mes 17 ans. Baba cool, hippie, et bio depuis plus de 20 ans. On ne se refait pas. Mes enfants m'ont donc toujours connue auburn. La couleur me plaît, elle adouci mes traits, mais surtout l'effet gainant et fortifiant.

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L'aîné (10 ans) a spontanément, et avec force, m'attirant vers lui pour m'embrasser, dit que je devais les laisser blancs. J'avais l'impression qu'il voyait mon statut d'ancienne et le louait.

Au contraire, le cadet et son père voulaient que je refasse un henné.

Sauf que le plus jeune a d'abord dit « blancs » avant de se raviser quand son père a parlé.

De toute manière ma décision était déjà prise.

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L'an dernier j'ai rêvé que mes cheveux étaient blancs des racines jusqu'à mi-longueur (je les porte sous les omoplates). C'était pour moi le signe que j'accédais au statut d'Ancienne. Je rejoignais mes amies. Même si certaines se teignent, ont encore besoin de cette carapace.

J'ai fait le dernier le 2 janvier, juste avant de rejoindre une bande de femmes pour fêter l'anniversaire d'une jeune de 45ans.

La veille, le 1er, j'avais fêté seule mes lunes , en peignant avec le sang. Je voulais profiter de cette matière, la toucher, la travailler, la célébrer. Parce que j'étais encore pleinement femme (et fertile) mais vraisemblablement une des dernières fois. Pour laisser partir. Car le moment est à la fois solennel, personnel, et particulièrement fort.

Je suis passée du statut de femme sans enfant, puis mère, et femme ménopausée, en 10 ans.

Si je me suis sentie à cheval sur les deux statuts il y a 4 ou 5 ans, je sens maintenant que j'entre dans le clan des Nopoko (les femmes ménopausées). Les Anciennes. Les grands-mères.

Pour faire le lien entre les vivants et les morts. Les pères et les fils. Relier un monde à l'autre.

Etre un pivot du temps ?

dimanche 6 avril 2014

Aller à l’essentiel

Dire ce que j’ai à dire sans fioritures. Quitte à sembler dure, sans cœur, chiante, intransigeante ou suffisante. Plus envie de prendre des gants et de perdre du temps. Plus envie de naviguer au pays des bisounours et dire sans y toucher des gentillesses qui cachent des vacheries. Je n’ai aucun ego : j’accepte absolument que l’on ne m’aime pas quand je parle franchement.

J’ai dit il y a 2 semaines à une amie (au sujet de quelqu’un d’autre) une formule qui me semble valable partout et pour tous « on ne peut pas être intelligent sans être chiant ». C’était au détour d’une conversation et cette fulgurance m’a surprise, parce qu’elle semblait m’habiter depuis longtemps.

J’accepte mon caractère cassant et féroce. Sans méchancetés, juste parce que ma formulation semble exacte au moment où je la prononce.

Je blesse parfois. Et sans m’en rendre compte.

Je suis plutôt imperméable à la CNV qui me fait penser à de la langue de bois, du moins quand elle est maniée comme une formule magique qui devrait ouvrir toutes les discussions. Parce que je sais lire entre les lignes les gros sabots et les enthousiasmes sans réflexion. J’apprécie les enthousiasmes et les blogs informatifs tout feu tout flamme qui rendent compte de leurs trouvailles. Ce qui ne m’empêche pas d’abhorrer l’inexactitude, de trouver pitoyable qu’on s’offusque d’une remarque parce que la forme dans laquelle on la formule est trop rentre dedans. Cela n’excuse rien. Si je commets une erreur je suis tout à fait à même de l’accepter et de la rectifier. Il me semblait que c’était de cette manière que j’avançais : en faisant des essais, et des erreurs. J’apprends en permanence. Et parfois grâce à des remarques. Il me semblait que chacun avançait ainsi, en s’exposant, en essayant, en fautant, en rectifiant.

En aïkido, si je me positionne mal mon geste n’aura pas d’effet. En écrivant, si je ne donne pas la bonne définition, le bon nom, on ne pourra pas comprendre. De même si j’écris trop petit et trop serré les myopes ne pourront voir. Les résultats sont immédiatement visibles. J’en prends acte et je recommence.

Cela ne me rend ni heureuse ni malheureuse. Je constate seulement l’effet que je fais. Je constate que ma recherche de vérité, de justesse et de justice, peut sembler maladroite. Parce que je vais trop vite, que mes phrases recèlent toujours d’autres sens. Et que simplement je suis trop complexe pour qu’on puisse me comprendre même après plusieurs mois. Alors voilà, j’assume. Je vais à l’essentiel sans mettre de gants. Je n’ai plus le temps de chercher à faire plaisir pour dire une vacherie.

samedi 5 avril 2014

Expressions

La gestuelle des fumeurs est celle de la nostalgie. Cette méditation environnée de fumée qui les retire du monde pour se noyer en eux. On ne peut faire autre chose que fumer lorsqu'on décide de sortir pour en griller une. La pleine conscience. Ou la pensée rapide à mesure que l'air vicié pénètre dans les poumons.

C'est pour ça que je n'ai jamais été une vraie fumeuse. Je n'ai jamais su apprécier de ne faire que ça. Je préfère bien davantage me laisser pénétrer par les rayons du soleil, aussi léthargique qu'un chat. C'est ma méditation. Celle qui sait la vitesse de ma pensée et de mes gestes une fois étirée. Et j’ai besoin de sentir la nature sans pollution pour me sentir connectée.

Les danseurs dessinent dans l'air les sentiments qu'ils veulent montrer. Comme les musiciens traduisent en sons leurs émotions. La forme prend l'aspect particulier de leur fond personnel. Au service d'une histoire, porté par un public.

Rien ne sert d'écrire ou de dire si on ne le fait pas avec ses tripes. Parler, pleurer, tisser, montrer. Juste les sensations. Qui guident.

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