Parchemins Instantanés

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mercredi 2 mars 2016

Détermination exténuée : mélange sensible

Je suis exténuée.

Mais au fond ça va.

Ce que j’ai semé l’an dernier me permet d’avancer. Chaque nouvelle embûche sur ma route je peux y faire face, et comprendre comment la contourner, la surmonter, l’attraper pour la faire tournoyer.

Je peux me montrer droite et je regarde en face, les yeux clairs.

Je sais que je suis dans le vrai. Je le sens de mieux en mieux.

Et puis ce soir à l’escalade, après un mois sans grimper, surprise de voir que j’étais encore capable d’aller dans du 6 A+. Et surtout de me reposer, ne pas forcer sur mon coude blessé : ça m’oblige à ralentir, de me dire consciemment que je dois me reposer, m’arrêter. Dernière voie, que je découvre : des mouvements très spéciaux, je m’adapte, c’est intéressant, et sur la fin en dévers un passage où je dois tenir sur mon bras blessé, le corps dans le vide, les pieds surélevés sur la droite. Je vois bien que c’est de cette manière que ça passe, et en même temps, en bas, mon prof qui me dit « lève les pieds le plus haut possible », ce qui vient confirmer ce que j’ai amorcé. J’y vais, confiante, j’agrippe cette prise en biais en levant les pieds à droite et il dit « C’est exactement ça ». Une phrase qui résonne parfaitement, non seulement dans mon physique, qui répond, de façon fluide et détendue, mais aussi dans mon mental, qui a lâché, qui se laisse faire, qui avance sur son chemin. Enfin, pendant les étirements, je ne sais ce que je dégageais comme détermination, pour que mon binôme, face à moi, m’observe comme s’il avait senti le travail intérieur, la renaissance. Il y a deux mois déjà j’avais senti son regard souriant, admiratif de ce qu’il sentait. Sans poser de question je savais qu’il avait perçu de moi, non plus la femme blessée, déstabilisée, qui est tombée l’an dernier du haut d’une voie, parce qu’elle hésitait, dans sa vie, que son mental lui moulinait des trucs au lieu de la laisser faire ; celle qu’il a accompagné en Espagne et qui disait que cette période de transition était encore fertile en vulnérabilité et actions dangereuses, qui avait besoin d’être surveillée pour ne pas se mettre en péril. C’était une étape à passer. En ce moment j’ai l’assurance pleine de ce que je suis. Je me connais de mieux en mieux. Je vois dans ces regards que c’est palpable, et remarquable.

De l’escalade comme école de la vie.

De cette détermination qui naît quand on sait comment se faire respecter, et que l’on n’est plus perturbé par les contrordres, les coincements, les fâcheux. Accepter ce qui vient et savoir au fond de moi que je vais vers le mieux.

Me faire plaisir, m’écouter. Savoir les signaux de mon corps.

mardi 17 novembre 2015

Tonnerre de Jazz

C'est le nom d'une association dont je fais partie.

Voilà, on avait envie de voir et d'entendre du Jazz à Pau, il n'y en avait pas, alors on le fait venir. On a décidé de proposer un concert par mois dans la ville et l'agglomération. Du jazz, et de la musique improvisée.

Vendredi dernier, le 13, avait lieu le second concert. Toujours difficile de passer en second. D'autant plus qu'après le concert la joie d'avoir participé à ce bon moment de musique vivante a été ternie par l'annonce des attentats parisiens.

Nous sommes à la fois heureux de l'avoir fait, de prévoir les suivants, et tristes parce que plombés par tous ces deuils et les questionnements.

lundi 9 novembre 2015

Phrases à la volée

« Je suis venu te rejoindre dans ton lit parce que j’avais fini mon rêve, je n’avais plus d’idée, et j’avais peur de faire des cauchemars. Avec toi je sais que je ne fais pas de cauchemars »

Après questionnement : cet enfant programme ses rêves en s’endormant, et quand il a terminé les rêves sur les sujets qui l’intéressent, il sait que cela ouvre la porte à d’autres idées, parfois noires, qui provoquent des cauchemars.

En jouant à Dessinez c’est gagné avec une fillette de 9ans. Le 3ème joueur dessine un rectangle, 2 personnages dedans, 2 traits verticaux devant. La fillette, très vite : « c’est une prison ? » Non « une école ? » Non Il dessine des flèches au-dessus. C’est un ascenseur.

J’ai trouvé vrillant qu’elle fasse l’analogie entre prison et école, dans le même élan. Cela vient en accord parfait avec cet article

Prise avec Lumia Selfie

lundi 5 octobre 2015

Une semaine qui dépote

Toujours épuisée. Difficulté à se mettre en branle le matin, à commencer une tâche et même à la terminer sans avoir besoin de m’arrêter plusieurs fois. Même et y compris si je note dans mon bullet journal les tâches que je m’assigne : ça m’indiffère qu’elles ne soient pas effectuées, à peine si je note que je fais (enfin) ce que j’avais prévu il y a 2 ou 3 semaines.

Je me laisse dériver.

Mais ma boussole est toujours opérationnelle.

Juste, mais dans le brouillard.

Je vais lentement, et je m’agite davantage vers la fin d’après midi.

Le lundi : je dois exposer mes photos dans 2 jours, mais je m’en fous, aucune pression ni envie. Je n’y crois pas.

Le mardi : j’organise en joignant l’utile à l’agréable. On part en ville en vélo pour virée à la médiathèque, au magasin d’électronique et chez le bouquiniste. En effet j’ai envie de retrouver une nouvelle ou un court roman d’Ursula Le Guin, lue il y a 20 ou 30 ans, et dans laquelle les personnages traversent une forêt. L’un d’eux est un jeune garçon en surpoids qui comprend à la fin qu’il peut vivre sur ses réserves. Je pense qu’il y a un déclic, une info, qui pourrait m’être utile pour aider mon Solaire. Un copain m’a suggéré d’aller lire Ceux qui partent d’Omelas, et j’ai repéré cette nouvelle dans un livre chez le bouquiniste. Donc, je vais d’abord poser des questions sur les rubans led à mettre derrière mes photos imprimées sur plexiglas, puis lire cette nouvelle. Ce n’est pas ça. Je rentre pour repartir à l’escalade. Les enfants vont à la piscine avec leur père.

Le mercredi j’amène Lumineux au Tir à l’arc, et je file à la médiathèque pour exposer mes photos et mes textes. La pièce est très lumineuse. Les gens vont voir les photos le jour. Mon installation avec guirlandes de noël est inopérante. Il et urgent de mettre des leds et repenser tout ça. Néanmoins l’installation est cohérente.

Le jeudi je traîne le matin et démarre l’après midi par une séance chez la dentiste. Heureusement c’est terminé après ça : je sors avec ma couronne impeccable. Pendant que Solaire part au cirque avec une amie (on se relaie pour emmener 3 enfants), je file en ville avec Lumineux pour trouver une autre histoire d’Ursula Le Guin à la Médiathèque. Je passe avec un tableau au magasin d’électronique pour trouver le bon ruban led et le transformateur. Sans oublier le passage à la boulangerie pour contenter un Lumineux qui a faim et envie de sucré (lui, il brûle tout ce qu’il mange). Pour finir je dépose Lumineux chez son père, et je pars à l’aïkido avec mes potes. Sauf que la séance ne se passe pas si bien que prévu. Je suis la seule femme depuis le début d’année et les gars trouvent chaque jeudi une ou plusieurs remarques à faire. Remarques sexistes sur le ton de la plaisanterie. La semaine précédente j’en ai remis un en place. Cette fois, dès le premier quart d’heure, j’essuie deux remarques. Lorsque M, d’un air goguenard, après m’avoir mis au sol, dit que je suis une femme soumise, mon sang ne fait qu’un tour. Je me lève, il répète sa phrase avec le sourire confiant du prédateur qui a le dessus, et je lui colle une baffe. J observe que je suis impulsive. C’est possible. Faut pas me provoquer. On continue de travailler. En aïkido on change de partenaire à chaque nouveau mouvement. Vient le moment où je dois travailler de nouveau avec M. je commence par lui expliquer que ça ne peut pas se passer comme ça. Il minimise, dit que c’est moi qui monte tout en épingle, que c’est juste pour s’amuser et que ça fait 3 ans qu’il fait le même genre de plaisanterie. Ben voilà : il a peut-être envie de rester sur cet humour bas, mais ma situation a changé. Je ne suis plus prête à tout accepter parce que la société est ainsi faite. Il prend pour tous les autres, qui m’ont humilié et maltraitée, il arrive en fin de journée, de semaine, de mois, d’années et même de décennies, où j’ai accepté sans rien dire. Cette fois ça ne passe plus. Je veux à tout prix qu’il comprenne que le respect ce n’est pas se sentir impuni en disant des conneries sexistes.

Dans la même journée j’ai subi l’humiliation de mon statut de bénéficiaire du RSA : vous devez rendre compte de vos revenus sinon on supprime, vous devez aller à un rendez vous obligatoire avec une assistante sociale. Tout est fait pour qu’on se sente tellement mal en demandant ce à quoi on a droit, qu’il arrive un moment où l’on ne demande plus rien. Pour ne pas entendre pour la énième fois « vous êtes sûre que vous n’avez pas d’autres revenus ? » ou encore « je vous appelle pour vous savoir pourquoi vous n’avez pas renvoyé cette demande, qui vous permettrait de bénéficier de la couverture CMU totale »

J’ai subi l’humiliation de ce père qui veut que je fasse du chantage, à sa place, à son fils auquel il ne sait pas parler autrement. Sachant que ledit père ne comprend pas encore ce qui entre dans le domaine du sucre, du féculent, aliments interdits à son fils, surtout le soir. Sachant que je calcule les repas en fonction, et que chez son père il mange sucre et féculents, foutant en l’air l’équilibre que je maintiens. Rocher de Sisyphe.

Bref : un trop plein, que je vide à l’aïkido. Faut pas me chercher. On me trouve.

Le vendredi je vais chercher mes garçons chez leur père pour un rendez vous chez le médecin : suivi du poids et du cahier d’alimentation. C’est moi qui m’occupe de ça. Et du suivi psychologique, des fringues, des inscriptions, des transports, de la culture, des apprentissages, de l’autonomie. Leur père joue avec eux, va à la piscine et fait des sorties, en s’étonnant qu’il faille nettoyer les chiottes tous les soirs quand ils sont là. J’ai souri intérieurement en le regardant en face lorsqu’il m’a dit ça. Et j’ai rétorqué : ah ? je fais ça depuis dix ans ! Voilà : il vient de se rendre compte que les enfants ça salit les toilettes. Le divorce c’est formateur !

Le soir, en partant au tir à l’arc, la route est mouillée mais il ne pleut plus. La voiture est vieille mais j’ai changé 2 pneus. En sortant d’un rond point sur la rocade je fais un tête à queue. Olé ! je rétablis l’assiette comme une pro, évitant le tonneau. La voiture précédente est assez loin pour qu’il n’y ait pas de choc frontal, elle me laisse faire demi tour, puis je refais le tour du rond point pour en ressortir avec précaution. Rétrospectivement je pense que je n’aurais pas du tout aimé faire mal à mes enfants. J’ai géré avec un grand sang froid, mais j’ai eu chaud. 30mn après ils me disent que leur cœur bat de droite à gauche dans leur poitrine, comme la drôle de sensation qu’ils ont eu, et qu’ils sentent encore à l’intérieur de leur corps. Ouais, c’est un peu la même chose pour moi…

Il me faut un moment de concentration dans la médiathèque pour calculer comment améliorer mes photos, un arrêt dans un magasin pour acheter du tissu (noir pour garder la lumière derrière les photos), et un atelier d’écriture pour que ma trouille soit canalisée et évacuée.

En espérant que cette péripétie soit le couronnement de la semaine, et que les suivantes soient plus calmes.

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