Parchemins Instantanés

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jeudi 4 avril 2013

Adolescence 5 Entrer en contact

C'est le mot obsolète du jour qui me pousse à continuer dans le thème de l'adolescence...

Après mon été en Italie, j'ai cessé d'être prise en charge pour gagner de l'argent, et je suis partie faire la fille de service dans une colo sur l'île de Ré. Cette année-là (enfin, je crois), j'ai partagé une chambre avec une fille qui dodinait pour s'endormir. Elle m'a raconté qu'elle avait eu une enfance difficile et qu'elle avait gardé de ces moments cette habitude de se bercer pour se calmer. Bon. Elle avait aussi un doudou il me semble. Je me suis trouvée étonnamment mûre pour mes 18 ans, calme et sûre de moi, au moins dans mon corps. Sans histoires ni addictions. Juste les cigarettes, mais j'avais toujours dit que je m'arrêterais quand je voudrais, alors ça ne comptait que comme façon d'entrer en contact, de partager, d'être dans la convivialité. Evidemment j'avais d'autres failles, mais dans cette vie de colonie de vacances, le plus souvent dehors, j'étais à l'aise. Je ne savais toujours pas partager, entrer en contact. Mais comme d'autres se chargeaient de le faire, parce qu'ils avaient besoin de contact, ou bien qu'ils avaient senti un je-ne-sais-quoi chez moi qui leur plaisait, je me laissais faire. Le plus souvent je crois je me contentais d'acquiescer, d'observer, de rire aux plaisanteries et d'engranger des usages, des bribes d'humains. C'est ce que j'ai toujours fait. Et c'est en ça que je dis que je suis toujours cette adolescente interrogative qui ne comprend pas les manières simples d'entrer en contact.

Adolescence 4- Nature et culture

J'ai retrouvé cette fougue pendant mon camp d'ado itinérant en Italie. J'étais la plus vieille avec mes 17 ans, les animateurs incapables nous ont entraînés dans des plans foireux, ont perdu une partie de l'argent du voyage, oublié une fille sur une aire d'autoroute, rapatrié une autre en France après qu'elle se soit cassé la jambe en tombant d'une Vespa, mal accrochée à un napolitain. On a dormi par terre, dans des fossés, sous des arbres, dans une décharge publique à côté de l'hôpital en attendant des nouvelles de notre blessée. On a criés pour que le bus s'arrête en passant devant la mer parce qu'on voulait se baigner. J'ai quémandé des douches après 3 jours à rester salée de la dernière baignade, les cheveux poissés et emmêlés. J'ai monté les tentes et soigné le copain saôul qui s'est ouvert le pied sur une sardine une nuit. J'ai peu dormi, beaucoup parlé avec ma première amie, parisienne, à qui je racontais les fêtes du sud ouest, les bals, la sauvagerie et la tendresse bourrue, la rudesse et la tristesse de mon adolescence. Ça m'a permis de mettre de la distance avec ça. Elle me racontait Paris, les musées, la culture, la diversité de la ville et tout ce qu'on pouvait y trouver, les piles de revues à lire et les livres innombrables qui l'attendaient au retour car elle était en khâgne. On a correspondu plus de 10 ans. De longues lettres qui sont devant moi bien rangées. Les siennes argumentées, soignées, planifiées et organisées. Les miennes sauvages et brutes qui partaient dans tous les sens.

Un peu comme maintenant. Sans doute. Je suis toujours cette écorchée de 17 ans. Même si j'ai appris. À me connaître. À sembler davantage dans les clous. Mais je ne crois pas faire illusion. Juste que de plus en plus de gens sont sensibles à cette façon d'être hors norme, et que j'ai pris de l'assurance.

Je cherche à retrouver cette fille exaltée qui était la dernière à se coucher sous la tente pendant les trois jours que nous avons passés sur l'île de Lipari, dans le camping où nous n'avions de l'eau qu'une heure le matin et 2 le soir, et la première à se lever, attendant seule que les autres bougent, fumant sa première cigarette à jeûn au milieu des tentes, impatiente de vivre cette journée, incapable de comprendre que les autres ne soient pas aussi pénétrés qu'elle de la beauté du monde. Je sais que Lumineux ressent ça aussi. Je l'ai vu dès qu'il a eu 6 mois. C'est génial. Je voudrais leur donner ça tout le temps. Je crois que ce n'est possible que dans la nature. C'est pour ça qu'ils aiment tant camper, se lever le matin et partir en vélo, se promener, grimper aux arbres, découvrir, observer, aller vers les autres.

Mais j'aime la culture aussi. J'ai besoin de livres et de brassage d'idées, de complicité intellectuelle et de fulgurances. Mon amie Christine lisait Marguerite Yourcenar et j'ai ensuite passé plusieurs années à relire une fois par an L'oeuvre au noir. Ce temps de vacances en Italie a mélangé nature et culture, et complicité, vie pratique dehors, et j'ai su alors que j'étais adaptée à la vie nomade à l'extérieur.

Rien d'autre n'a changé dans ma vie. La réparation des dégâts causés par l'école, le formatage, les contraintes qui n'ont pas abolis les bienfaits de ce que j'ai appris. Je suis toujours celle-là et les périples adultes ont été à l'avenant. Il fallait que j'ai des enfants pour revivre avec eux ces chemins et leur en inventer d'autres, des hors normes. Je vis en ville pour me fondre dans la masse anonyme et aussi pour l'accès facile à la culture, qui m'a tant manqué dans mon adolescence dans un bled, à relire toujours les mêmes bouquins, à chercher sans arrêt de quoi lire, dans une famille d'ouvriers ou seul le père travaille et donc sans argent pour acheter des livres, à supplier ma mère pour acheter un poche chez le bouquiniste du marché, livre terminé dès le lendemain, ou bien relu. J'ai ainsi relu Les enfants du capitaine Grant de Jules Verne, 4 ou 5 fois, parce que c'était le plus gros de ma bibliothèque et qu'il me faisait quelques jours.

J'ai été, à 15 ans, éblouie par Nadja d'André Breton, que j'ai terminé à 2h du matin, posé sur ma table de nuit, sous la lampe sculptée ramenée par mon père de Madagascar, et recommencé dès le lendemain 7h, n'en croyant pas mes yeux, n'ayant pas mis le pied à terre.

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mercredi 3 avril 2013

Adolescence 3- Etudier

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Je cherchais comment vivre ensemble et quel sens donner à cette société, cette vie à cet endroit. Je lisais Margaret Mead et William Reich en même temps qu'Aristote et Platon, Descartes, je ne comprenais rien à Nietzche, je m'intéressais à l'humain dans les sociétés anciennes, j'aimais la philo et mon prof me voyait bien faire khâgne tandis que mes parents m'envoyaient en BTS de secrétariat de direction (j'ai tenu 15 jours), j'ai raté le bac 3 fois et chaque fois j'ai été au repéchage. Malgré l'avis favorable. Je l’ai obtenu à l’oral de la 3ème fois. Je n'étais pas adaptée aux examens. J'ai toujours été hors norme et hors moule. Je ne fais pas semblant longtemps. J'aime apprendre, surtout ce qui n'est pas au programme, ce qui est autour, ce qui me renvoie au sujet par la bande, en spirale, en étoile. En humanité. J'ai besoin d'un coach aimant pour avancer. Pas d'un garde chiourme.

Alors oui, j'ai toujours aimé l'anthropologie, les récits de voyage, l'humanité sincère et pas celle qui est dévoyée par notre société de consommation. J'ai passé d'extraordinaires vacances dans une bicoque à Siguer, avec un robinet d'eau froide et les wc au fond du jardin plein d'orties, à ramasser des escargots après la pluie, m'enivrer des odeurs et des couleurs, d'observations et de marche au soleil, des craquements du plancher. Je ne sais plus ce que nous avons fait du tout, mais c'était sauvage et j'étais excitée de me lever le matin, impatiente d'enfiler mon pantalon ou mon short, mon tee shirt pour courir la montagne avec mon cousin, dans une liberté que je revois totale. Tout en entendant ma mère se plaindre que ce n'étais pas facile la lessive à la main, les repas et le manque de confort. On s'en moquait. Tout était bon. L'important était ailleurs, dans l'extérieur et les sensations. La maison était à mon oncle d'ailleurs.

lundi 1 avril 2013

Adolescence 2. Les copains

Je n'avais pas encore compris ni accepté que je ne ressemblais à personne et que j'étais seule. Que je pouvais juste singer, faire comme, me fondre dans la masse, mais que les codes ne me seraient jamais évidents parce que pour moi ne signifiaient rien.

J'avais besoin de complexité, de connivence et de complicité. Celle-ci n'était pas complète, jamais. Je n'ai jamais eu d'amis adolescents. Juste des copains. Personne à qui donner mon cœur. Pas au sens où je l'entendais. Pas au sens où quelqu'un m'aurait comprise. Je me souviens de copains, tous lancés dans leur propre recherche. Riants ensemble de blagues qui me semblaient mièvres ou incompréhensibles.

A 13 ans j'avais déjà vu l'adolescence de mes cousins, et dansé les slows avec leurs copains en jeans moulants, cheveux longs, senti leur désir et leur respect de ma jeunesse. J'avais tout intégré et c'était sans surprise à 15 ans. Je cherchais juste des plus vieux qui auraient dépassé cet âge de recherche pour trouver un esprit stable. Je me souviens de cet âge comme d'un moment d'instabilité, de recherche et d'errance. De fuite dans la culture et les cours, de pulsions assouvies seule ou bien dans le sport, de rage contre mes parents qui ne comprenaient rien à moi. De ma solitude extrême.

Je me souviens de mon oncle, sympa, qui m'a permis de goûter mon premier verre de vin lors d'un repas de famille quand j'avais 14 ans. De notre complicité, de ce qu'il sentait de ma sensibilité. Je viens d'apprendre qu'il est gravement malade, va mourir bientôt. Il est à peine de l'âge de ma mère. Sa fille va se marier en juin. Encore des mélanges détonnants. La vie, la mort, l'espoir, la joie, et la tristesse.

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